‹ La longévité à travers les âgesChapitre 13 sur 88 · J. FmoT, loc. cit., p · texte numérisé non relu

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sont en désaccord complet avec les données qu'il a recueillies. Ainsi, on trouvait en Italie 302 centenaires ; en Autriche-Hongrie, 662 ; en Angleterre, 239, de 1869 à 1871. Une autre statistique de 1905, assigne à la Serbie et à la Roumanie réunies, 1.607 centenaires ; à la Bulgarie, 3.000; à l'Espagne, 401 ; à la France, 213; à l'Angleterre, 146 ; à l'Allemagne, 78 ; aux Pays Scandinaves, 35. Doublez, triplez, quadruplez ces chiffres et vous restez toujours loin de ceux de Solaville. Est-ce tout? A quelques années d'intervalle, les relevés des différents observateurs offrent, pour les mêmes pays, des écarts tellement considérables, qu'on ne peut véritablement pas se baser sur leurs recherches pour se faire une opinion. Ainsi, pour la seule Bulgarie, et dans la même année 1906, les uns trouvent 3.000, d'autres 3.800 centenaires ; soit une différence de 800 suivant les observateurs, pour une population globale de 3.745.000 âmes. D'autres, encore, à la même époque, relevant 1.676 centenaires en Roumanie et en Serbie, en attribuent 576 à la Serbie, dont la population est de 2.784.000 habitants, et 1.100 à la Roumanie, qui en compte 5.912.000. Or, ces chiffres sont ailleurs contestés; déclarés trop élevés pour le premier pays, trop faibles pour le second. En définitive, qui croire? Si les statisticiens éprouvent d'aussi grandes difficultés pour recenser les centenaires, comment espérer qu'ils puissent mieux réussir dans le dénombrement des simples longévités autrement nombreux?

Les éléments statistiques recueillis en France à cet égard ne sont point faits pour inspirer plus de

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confiance. Celui qui a pu assister aux opérations du recensement parisien a le droit d'éprouver des doutes sérieux, sinon sur l'ensemble d'opérations admirablement conduites, au moins sur la sincérité des relevés d'âge, dans les grandes villes principalement. Non que les chiffres de six centenaires, de six cent trente nonagénaires, de 10.509 octogénaires trouvés à Paris en 1906, soient de ceux qu'il faille rejeter à prime vue, loin de là; mais étant donnée la façon dont ils ont été obtenus par les « Egyptiens »...

Les «Égyptiens», dispns-le en passant, sont les employés qui viennent «à Paris, et sans doute ailleurs, grossir, au moment voulu, l'effectif trop restreint des agents officiels. Les « Égyptiens » sont payés aux pièces; ils reçoivent trois centimes pour chaque bulletin établi par leurs soins. Dur métier, s'ils le font en conscience! Que de fois leur faut-il, pour compléter certains renseignements, retourner dans la même maison, grimper des étages, interroger concierges et voisins, à défaut des locataires absents au moment de la visite.

D'ailleurs, les recenseurs, si consciencieux soientils, peuvent se tromper, ou être induits en erreur. Quoi de plus délicat que de contrôler l'âge d'une personne âgée? D'autant plus que, s'il y a des âges qu'on n'avoue pas, il en est d'autres dont on se fait plutôt gloire, sinon pour soi, au moins pour l'un des siens. A notre époque avide de réclame, la présence d'un centenaire ou d'un nonagénaire très avancé constitue, dans une famille, dans une maison, dans une localité, un vrai présent de la fortune. Aussi, beaucoup ne doivent-ils rien négliger pour se mena-

ger Taubaine, au prix de quelques années de supplément libéralement accordées au longévité peu enclin à protester d'ordinaire.

D'une façon ou d'une autre, il doit se glisser de nombreuses erreurs dans les relevés d'âge. On ne peut expliquer autrement certaines anomalies.

En 1901, sur une population de 40 millions d'âmes (39.961.945), il y aurait eu en France d'après* les données officielles, et centenaires à part, 313 personnes ayant dépassé leur 98® année, soit 7,8 par million. Or, en 1850, on p.urait déjà compté 334 vieillards des deux sexes ayant, non pas 98, mais 99 ans. La population n'étant à l'époque que de 36.000.000 d'habitants, cela donnait une proportion de 9,2 par million, et certainement une proportion autrement élevée de vieillards de 98 ans. Il faudrait donc admettre, qu'en cinquante ans, la longévité aurait singulièrement baissé chez nous, alors que tout annonce le contraire, le prouve même d'irréfutable façon.

On voit donc, par ces exemples et par les contradictions des statistiques officielles, combien il est difficile de s'en rapporter aux déclarations des intéressés dans l'établissement des relevés d'âge ; on comprend mieux l'impossibilité de déduire la longévité moyenne d'une collectivité, d'après des données aussi peu sûres.

Le second moyen pour y parvenir consiste à relever Tâge, au décès, de tous les sujets qui la composent. Ainsi ont opéré quelques auteurs qui se sont occupés de la question. On évite certainement, en

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grande partie, les difficultés signalées plus haut. Mais, en procédant de la sorte, obtient-on réellement rindice de la longévité, ou simplement celui de la durée moyenne de la vie ? Dans un groupement de sujets ayant vécu plus de 25 ans, le calcul aura donné une moyenne d'âge de 60^ 67, 68 ou 69 ans au décès. On en déduit que le nombre des longévités doit être d'autant plus considérable dans le groupe, que la moyenne d'âge y est plus élevée. Or ce n'est là qu'une supposition, nullement une certitude. Car il n'y a point entre les deux termes une corrélation forcée ; il peut arriver, ainsi qu'il a été expliqué plus haut, qu'avec une moyenne d'âge très satisfaisante, il se trouve un groupe ayant relativement peu de longévités et réciproquement. (Consulter à ce sujet, aux Annexes, les différents tableaux.)

A notre avis, l'indication de la moyenne de la durée de la vie n'est pas suffisante. Elle doit se compléter de deux autres données, que nous avons adoptées pour chacun de nos groupements.

1") Le pour 1.000 des sujets parvenus à la vieillesse (60 ans) ;

2°) Le pour 1.000 des sujets parvenus à la longévité (80 ans).

En vue de posséder un nombre suffisant d'élé- . ments indicateurs se rapportant à toutes les époques pour pouvoir dresser des statistiques comparatives, voici comment nous crûmes devoir procéder.

Nous avons d'abord relevé aux meilleures sources la biographie sommaire des personnages remarquables dont l'histoire a pu conserver le souvenir : année de naissance, année de décès, nationalité,

situations occupées, professions, etc., soit un ensemble de près de 20.000 fiches. Après élimination des très nombreux sujets pour lesquels les renseignements étaient trop incomplets ou trop imprécis ; autant que possible de ceux encore plus nombreux dont la mort n'avait pas eu une cause naturelle, il a été possible de conserver plus de neuf mille de ces fiches. Elles ont été réparties, soit par époques, soit par nationalités, soit par professions ou situations, et divisées par âge, dans chaque groupement, de la façon suivante :

Personnages morts de 25 à 60 ans. . . .

de 60 à 70 ....

de 70 à 80 ....

— — de 80 à 90 — ... .

™ — de 90 à 100 — ... .

— — au-dessus de 100 ans.

D'où possibilité d'obtenir, pour chaque groupe :

1°) la moyenne d'âge atteint par ses représentants.

(D'après les tables de Deparcieux (1746)5 de Duvll-J lard (1806), et celle plus récente de « Y Equitable », \ l'être humain parvenu à 25 ans, doit atteindre 53 ans 3, ou 62 ans 1, ou 63 ans 1, suivant la table à laquelle on se rapporte).

2°) La proportion des sujets ayant atteint la vieillesse (60 ans) ;

r>«) La proportion de ceux parvenus à la longévité (80 ans).

1. Tous les centenaires figurent dans les calculs, pour cent ans seulement, dans l'impossibilité où on se trouve de connaître exactement l'âge auquel ils sont parvenus.

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Voici un exemple de ces données appliquées à la population parisienne, de 1855 à 1866. Défalcation des décès d'inconnus, il y a eu, pendant cette décade, 183,667 décès d'adultes et de vieillards hommes et femmes.

Sont morts entre 25 et 60 ans 76.169

— de 60 à 70 — 50.396

— de 70 à 80 ~ 40.266

— de 80 à 90 — 15.315

— de 90 à 100 — 1.505

— au-dessus de 100 — 16

Total. . . 183.667

Moyenne d'âge atteinte 60 ans, 8.

Proportion (pour 1000) des sujets parvenus :

lo A la vieillesse 584

20 A la longévité 92*

C'est de cette façon qu'ont été dressés tous les tableaux réunis aux Annexes,

Peut-être va-t-on objecter, s*il est possible d'obtenir ainsi assez exactement l'indice de la longévité moyenne d'un fort groupement comme celui de la population parisienne, quelques milliers de fiches, s'appliquant d'ailleurs à une élite, sont insuffisants pour fixer la longévité de l'homme à travers les âges. L'objection a sa valeur, on ne peut le nier. Mais il ne s'agit pas, ici, d'établir des lois. Celles-ci sont connues, pour l'ensemble, d'une façon générale, et basées, depuis 150 ans, sur des tables de

1. 11 y a peu de vieillards à Paris, relativement aux adultes. A l'âge de la retraite, beaucoup de personnes âgées quittent définitivement la capitale.

ri.

mortalité calculées* d'après un nombre considérable de décès. Chercher à pénétrer les variations subies par ces lois générales, avant et après qu'elles eussent été proclamées, posséder, à ce point de vue, des indications sérieuses, tel a été notre unique objectif. Est-il admissible, d'ailleurs, que des modifications notables aient pu se produire sous ce rapport dans quelques milieux, aux diverses périodes considérées, sans répercussion immédiate dans toutes les classes sociales soumises, au même moment, à des conditions générales identiques ?

Dans ces conditions, s'adresser à tout ce que le monde a compté d'illustre à tous égards, dans la suite des siècles, n'était-ce point faire le meilleur choix ?

Où trouver des témoins susceptibles d'avoir mieux subi les influences ambiantes de leur époque et de leur milieu, d'avoir su mieux profiter des progrès de la civilisation, des découvertes de la Science, pour améliorer sans cesse leurs conditions d'existence, par cela même prolonger leur vie ?

C'était encore le seul moyen d'éviter la statistique anonyme, que nul ne peut contrôler, de montrer, chemin faisant, par de nombreux exemples, combien serait profltable, pour l'humanité entière, la multiplication croissante des vertes vieillesses, des longévités robustes, eu égard à ce que lui ont trop souvent fait perdre les morts précoces, et les disparitions prématurées.

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