‹ La longévité à travers les âgesChapitre 18 sur 88 · Gustave le Bon, loc. cit, p · texte numérisé non relu

Gustave le Bon, loc. cit, p

LA LONGEVITE DANS LA PHEHISTOIRE

brides, de la Nouvelle-Calédonie, ne représentaiénlils point partout, il y a cinquante ans, ne représentent-ils point encore, sur quelques points de leurs territoires, des spécimens remarquablement fidèles de l'humanité à l'âge de la pierre polie? Tels, du moins, ils nous sont apparus il y a vingt ans^. La comparaison des armes, de certains ustensiles canaques, avec les spécimens recueillis en énorme quantité, en Europe et ailleurs, lors des fouilles de dolmens et de tumuH, ne peut laisser, à ce sujet, aucun doute.

On trouve encore des habitations lacustres, chez les Battaks de Sumatra, et à la Nouvelle-Guinée, entout semblables aux préhistoriques maisons sur pilotis des lacs suisses. Il existe toujours chez les Khâs du Tonkin. les Hadègues, les Douiris de la Tunisie, de véritables troglodytes, habitant les cavernes, comme les premiers occupants de l'Europe.

Plus primitifs encore, les Aïnos du Japon septentrional, qui voient dans l'ours un ancêtre, les Sakaïs des montagnes de la Malaisie, qui bondissent d'arbre en arbre comme les écureuils et les singes^ les Birmans velus de Mandalev, les malheureux Fuégiens de la Terre de Feu, tiennent plus, par leur physionomie et par leur genre d'existence, de l'animal que de l'homme.

Or, il n'apparaît nullement que chez ces véritables fossiles, témoignage vivant de ce que fut partout autrefois l'humanité, la durée de la vie soit pro-

1- Voir l'ouvrage : Au pays des Canaques. La Nouvelle-Calédonie et ses habitants en 1890. Paris, Baudoin éditeur, 1893.

longée et la longévité fréquente. Chez tous, au contraire, la vieillesse vient vite ; elle achève de bonne heure une vie pénible et misérable. Ceux que nous prenons quelquefois pour des longévités chez les sauvages, ne seraient pas toujours des vieillards chez nous ; chez les femmes surtout, cette décrépitude anticipée est souvent remarquable.

Partout où il nous a été donné d'observer, d'étudier sur place, en Océanie, à Formose, parmi les Tsïams de Cochinchine, nous avons pu faire les mêmes constatations : un nombre médiocrement élevé d'adultes robustes bien portants, peu d'hommes âgés, une quantité d'enfants en grand nombn» malingres et rachi tiques.

D'où la pensée que les adultes, les hommes surtout, sont les produits d'une sélection fort restreinte, que peu d'entre eux parviennent à la maturité, que moins encore la dépassent. En un mot, ces races, ou mieux débris de races, de plus en plus appelées à disparaître, manqueraient de longévités, comme ont dû en manquer, de tout temps, leurs ancêtres...

Car la longévité d'une race, d'un peuple, d'un groupement humain, se montre toujours fonction de sa prospérité y de son bien-être matériel, de sa supériorité intellectuelle et morale, sans lesquels il ne saurait y avoir d'hygiène publique et privée^. Telle est du moins la leçon de l'histoire, dont la préhistoire, à nos yeux, ne peut être que le premier chapitre.

Page 1