CHAPITRE V
La longévité au Moyen-Age
(Du IV*' au XV» siècle.)
Retour. à la barbarie primitive. — Terre de désolation. — Les rois fainéants. — Les Moines. — Du vi« au viii» siècle. — Guerres, épidémies, famines. — Organisation nouvelle de la société au xii^ siècle. — La Peste.
Impossible de le nier, le Moyen-Age fut une période de recul pour Thumanité, que jamais n'eussent pu prévoir et décrire Horace, Sénèque, Gicéron, Tite-Live, et Tacite lui-même.
Telle est, du moins, l'impression que laisse à l'observateur une rapide incursion à travers l'histoire de l'Europe occidentale, durant les années les plus sombres de cette longue période (elle va du IV* au XV* siècle, 395 à 1453), particulièrement de l'an 500 à l'an 1000.
En ces temps de trouble, d'épouvante, des hordes ennemies s'entre-déchirent sans cesse, dans des luttes continuelles, sur toute l'étendue des territoires perpétuellement contestés. Plus de bien-être, plus de sécurité individuelle ; nul travail régulier possible pour les populations misérables constamment molestées et opprimées. Plus de cultures, plus de commerce ; aucun échange, aucune relation entre les provinces et les villes, faute de ponts sur les fleuves
et sur les rivières, de routes à travers les forêts et les plaines marécageuses. Partout les Barbares ont passé, ne laissant après eux que la ruine et la désolation, le désespoir et la mort î
A combien la durée de la vie s'abaissa-t-elle alors? La moyenne qui ne dépassait point, en France, 28 ans avant la Révolution pour l'ensemble de la population, tomba-t-elle à 20? Y avait-il encore à l'époque, dans quelques classes, des longévités ? Comment vieillir sur une terre où il fait si difficile à vivre? «Les périodes d'abattement moral, a dit justement Michelet, sont celles de grande mortalité. Cela doit être, et c'est la gloire de l'homme qu'il en soit ainsi ; il laisse la vie s'en aller, dès qu'elle cesse de lui paraître grande et divine*. »
Ce ne sont pas uniquement les gens du peuple, les petits, les malheureux qui souffrent ; comme eux, les grands sont victimes, non de la misère, mais de la barbarie dans laquelle ils sont plongés. Les pasteurs des peuples et leurs familles, les seuls avec les moines, dont l'histoire du temps n'ait point perdu le souvenir, ne ressemblent guère aux monarques de la vieille Egypte, ni aux sages de l'antiquité. Ils n'ont rien des Lycurgue, des Thaïes de Milet, des Selon et des Périclès, rien de Socrate ni du «divin» Platon. Encore moins ressemblent-ils aux chrétiens des catacombes, ou aux anachorètes de la Thébaïde. Ce sont presque tous, et dans toute l'acception du mot, des barbares, des brutes farouches et cruelles, ayant la guerre et la chasse pour unique passe-