‹ La longévité à travers les âgesChapitre 29 sur 88 · Voir chap. XIII · texte numérisé non relu

Voir chap. XIII

Ainsi donc, au Moyen- Age, presque partout, on vit à peine, tant la vie se présente misérable et peu désirable pour tous. Du vi* au vin" siècle, c^est sur toute la France, comme sur toute l'Europe, la nuit la plus obscure et la plus profonde, une nuit qui va s'étendre et s'épaissir encore, une ère de ténèbres qui ne se dissipera point sous les règnes suivants^ au temps des Robert et des Hugues Capet.

Vers Tan 1000, après la guerre, la misère, la maladie, la famine régnent partout en maîtresses ; dans l'espace de 70 ans, on ne compte pas moins de 48 années de disette et d'épidémies. Alors, en plein jour, on tue le voyageur égaré dans la campagne, pour se repaître de sa chair, et dans l'ombre de la nuit, les affamés déterrent les cadavres pour les dévorer. Partout, les peuples agonisent et l'espèce humaine tout entière semble appelée à bientôt disparaître. Nous sommes loin des splendeurs de la Grèce et de la Rome antiques ; loin du Forum et du Gapitole, loin de l'Acropole et du Parthénon. Plus loin, encore des Pyramides et des jardins de Sémiramis; aux âges heureux « où l'Inde avait Bouddah, la Chine Confucius, la Chaldée sa Babylone, et l'Egypte ses Pharaons ! »

11 ne pouvait être facile, on en conviendra, de trouver, parmi les personnages du Moyen-Age, un nombre élevé de sujets remplissant les conditions désirables pour pouvoir figurer dans les relevés statistiques. (Voir aux Annexes le tableau I). D'où l'indigence des unités considérées au cours d'une aussi longue suite de siècles, unités qui, pour la plupart, vécurent dans la seconde moitié de la

période médiévale. L'indication qu'elles fournissent de la faible longévité relative de l'homme, n'en demeure pas moins tout entière, en tant qu'indication. Qu'il y ait eu, à ce point de vue, un recul sérieux parmi les représentants des nations redevenues à l'état de demi-sauvagerie, après avoir été antérieurement civilisées ; que les longévités, dans presque toutes les classes sociales, soient devenus des exceptions, alors qu'ils avaient été si nombreux aux siècles précédents, ouest plus qu'autorisé à le croire. Tout permet même de le supposer ; ce n'est pas une moyenne de 62 ans 4 qui s'appliquerait, chez les adultes, à l'élite des populations, aux époques les plus sombres de la période, mais sans doute un chiffre notablement inférieur. Peut-être celui-ci s'estil abaissé à 50 ans tout au plus pour les personnes ayant vécu au moins 25 ans.

Néanmoins, cette moyenne de 62 ans 4, va désormais nous servir de base. Il devient en effet possible de la suivre de siècle en siècle, pour juger de son perpétuel accroissement jusqu'à nos jours.

Car il serait souverainement injuste de ne point signaler, à partir des xii^ et xiii* siècles, un progrès très réel, dans la France de Louis IX en particulier.

Au moment où, sous l'impulsion du saint roi, la société tend à sortir de l'ère ténébreuse, pour s'organiser de plus en plus dans le monde occidental, le bien-être matériel, précurseur d'un grand progrès intellectuel et moral, semble vouloir pénétrer partout. Les classes moyennes nées chez nous de la veille, possèdent dès lors des logis moins primitifs,

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