CHAPITRE XVIII Précocité et Longévité
I Natura non facil,3altus ■. — Jeunes phëDomË Enfants -sublimes et adolescents-prodiges. — Un pi H BU msillot •. — Mathématicien s -nés. — Artistes I savoir. — Illogisme de l'inslructlon trop tiâlive.
La nature est une mère prudente. Df r narclie si bien calculée, jamais de h&te, | ' secousses ; pas de saut, ni de heurt, naiur facil salius. Elle fait éclore le bouton avant Is le fruit vient en dernier lieu ; elle suboi volontiers la qualité du produit à la lenteur développement. D'ordinaire, les espèces pr sont naines, seules les tardives appartienne races gigantesques. Car rien n'abaisse la tai trop hâtant le développement reproductif, c la précocité des générations ; et pour avoir p saveur, jamais les primeurs ne possèdent le priétés alimentaires des espèces parvenues sar à maturité.
Donc normalement, l'homme naît, son s'accroît lentement, avant d'atteindre à son ap pour décroître dès lors, plus ou moins M. de plus ou moins rapide. En général, les ètrei
robustes de bonne heure, chez qui la barbe pousse trop tôt, ne vivraient, dit-on, pas vieux.
Devcns-nous en conclure que les mêmes règ^Ies s'imposent, alors qu'il s'agit du développennent des facultés intellectuelles? Uue penser des légendes? Celle qui attribue aux personnages parvenus plus tard ^ la célébrité, aux génies puissants, une enfance extraordinaire; cette autre d'opinion plus courante encore, qui ferait vivre et mourir les esprits précoces sous un même soleil ? ,
Un développement trop hâtif des facultés cérébrales chez l'enfant, une mise en valeur trop prématurée de dons naturels, nuisent-ils à l'individu au point de venir abréger son existence ? Peuventils au contraire se concilier avec l'aptitude à la longévité? Toutes questions curieuses à résoudre, dont nous allons, comme d'habitude, demander la solution à l'histoire et aux faits.
Parmi les lettrés, les poètes, on le sait déjà *y seraient assez peu favorisés, sous le rapport de la durée de la vie.
Ovide versifie dès l'enfance ; n'est-ce point là le lot de tous les poètes, et de ceux qui ne le seroni jamais ? Chez Ovide, la versification est involontaire ; il parle en vers, comme les autres parlent en prose. Aux reproches de son père, le menaçant du fouet (excellent moyen pour dompter Pégase), il répond en langage rythmé. Poète précoce, Ovide n'en atteindra pas moins le seuil de la vieillesse.
1 Voir chapitre XV.
FBÉCOCI'Cè ET LONGÉVITÉ
Quand il meurl à 59 ans, c'est plutôt de se voir exilé, que pour avoir trop tôt Muse.
Brassicanus, poète, orateur, philoso Wittemberg en 1500, est encore un pré ronné dans sa ville natale à 18 ans, il r
Dante rime à 9 ans, en l'honneur de c immortalisera la mémoire dans la « OU die » ; il meurt à 56.
Précoce encore, le tasse. Enfant, il lit Virgile dans le texte ; adolescent, il c petites pièces. Son premier poème, /(ma/ sa 18* année. Abreuvé de chagrin, après séquestration dans un hôpital de fous meurt à 51 ans, au moment où Clément l au Capitole, pour lui décerner la palme i Les infortunes du Tasse suffisent an expliquer la brièveté relative de sa ^ie.
Gœthe a 15 ans ; déjà il donne au tl ques actes en français. A 16 ans, il musicien, mathématicien, philologue ; huitième printemps s'achève à peine, qu lui doit déjà deux comédies. Poète, comme il le fera toute sa vie, avec tar que sa santé en est compromise. En ISlï 66 ans), il devient homme d'Élat, minisf Weimar, sans rien abandonner de ses > littéraires ; il le demeure près de 13 ans.
mort, il s'adonne tout entier à son ceuvr Quand, le 22 mars 1832, la dernière h enfin, pour ce prodigieux travailleur, en fut, il est âgé de 85 ans.
Victor Hugo, « Teûfant sublime », rime à 13 ans, bien mal, nous dit-il lui-même. C'est néanmoins un prématuré que notre grand poète national, géant de la pensée dont la fécondité de production tient du prodige. Pendant plus de 50 années, il brillera au firmament des lettres du plus pur éclat.
Nascuntur poetœ^ fiunt oratores; nombreux ceux qui firent mentir le proverbe.
Au dire de Plutarque, Cicéron encore enfant, harangue ses camarades, pour tomber à 63 ans, sous le glaive d'un assassin. Fénelon prêche à 15 ans, Bossuet à 12. Le premier sermon de« l'Aigle de Meaux » prononcé à l'hôtel de Rambouillet, à minuit, fait dire à Voiture, qu'il n'a jamais entendu prêcher « ni si tôt, ni si lard ». Fénelon meurt à 67 ans, Bossuet à 77 ans exténué d'ailleurs par des excès de travail, prenant à peine le temps de manger, n'accordant au sommeil que de trop rares instants, alors qu'il souffre cruellement de la pierre.
L'exemple de Mirabeau est encore plus remarquable. Venu au monde « pied bot », la langue nouée, avec deux dents, par compensation ; n'a-t-on pas dit de ce phénomène qu'il prêchait à trois ans? Son père le marquis, son oncle le bailli, en présence de dispositions aussi extraordinaires « lui bourrent le fourneau » à le faire éclater, suivant sa propre expression.
Pourtant, ce difforme, ce taré, de complexion vigoureuse, résiste. Il résistera jusqu'à 52 ans. Un demi-siècle de travail surhumain, de débauches sans nom, aura seul raison de ce robuste, chez qui une
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précocité inouïe 3'alliait àun prodigieux déTelo ment des facultés mentales.
Montaigne parle latin avant de savoir le franc Sa vie comme sa jeunesse est des plus laboriet Il lui faut néanmoins toutes les soutTrances d gravelle qui l'attend vers 15&4 ou 1585, pour le mourir à 59 ans.
Hermogène, rhéteur, né en Cilicie, vers l'an de notre ère, est encore un précoce. Avant sa huitième année, il aura produit des œuvres di; d'être citées. Prodige de mémoire, faculté qu'il un jour subitement encore jeune, Hermogène i près d'un siècle.
Le grand Condé, bon latiniste à 8 ans, m à ^; Métastase compose une tragédie à 13 il meurt à 84 ; Stuart Mill enseigne le latin ( grec à ses frères el sœurs, à l'âge de 7 ans ; i vivra 67,
En revanche, Henri de Heineken, qui aurait [ plusieurs langues avant d'être sevré, serait mt 5 ans. Une aussi rapide disparition permet d'él quelques doutes sur les aptitudes linguistiques ce polyglotte x au maillot ».
Baratier, né à Schwalback, en 1721, fait pan à 9 ans, un dictionnaire hébreu. A 17, il est magi de l'Université de Hall. Lui aussi meurt jeun 19 ans; mais un de ses rivaux, Jérâme Bigi jurisconsulte et bibliothécaire du roi , après a publié à 10 ans, une chorographie de la T Sainte, vivra 67 ans.
François de Neufchâteau, lettré, poète, hon
d'État, fait partie de diverses sociétés savantes a'
. Rien n'y manque ; jusqu'à ,1a fixité du lu jeune artiste contemplant son image dans )ir pour la reproduire; il meurt à 57 ans.
l de Vinci se voit chargé, à IH ans, d'achetableau de son maître Verocchio. Une tète !st tellement supérieure à celle qu'il devait que le maître, vaincu par l'élève, déclare r pour toujours à la peinture. Léonard de teint sa 67° année.
ssible de citer la foule d'artistes jeunes et lëbres ; Jacques Callot, Caries Vernet, père e, qui vécut 78 ans ; et cet infortuné Henri It, tué à Buzenval, en 1870, à 28 ans, après mné, dès sa treizième année, des gages non ues d'un talent qui devait être hors de pair.
Lulli, petit marmiton, fait e ses premiers concerts à 12 ans, il meurt à Mozart est plus précoce encore ; à quatre oue du clavecin et retient les soli d'un con— . 5 ans, il compose ; à 13, il reproduit de e, au courant de la plume, le Miserere d'Aile— 6s l'avoir entendu, une seule fois, à la Chaizline. Mozart meurt à 3& ans, comme •t, 8 31. Mais Vieuxtemp, Lesueur, Rameau, iple des précédents, et à celui de Wesley, lit écrit un oratorio à 3 ans (?J, sont aussi coces qui vivront, Vieuxtemp meurt à 61 ans, ■, à 74, et Rameau, à 85.
nt de faits dissemblables opposés les uns aux une seule conclusion reste à tirer.
La précocité, la mise en valeur de dons naturels et innés chez Tenfant ne semble avoir, sur la longévité possible et sur la durée de Fexistence des individus, aucune influence, quand ils ont une bonne constitution, une santé parfaite.
Mais y a-t-il réellement des génies précoces.
Y a-t-il même des enfants de réel talent ? Car il serait vraiment puéril de vouloir qualifier d'œuvres géniales des productions d'enfance, quelquefois même de première enfance, auxquelles nul n'eût prêté attention, si leur auteur n'était point parvenu ultérieurement à la célébrité.
Une mémoire exceptionnelle, le don du rythme, de la mesure, une grande facilité d'élocution, d'imitation, une puissance énorme d'assimilation ; voilà ce qui domine chez l'enfant phénomène ; chez le poète comme chez le mathématicien, chez le musicien comme chez l'artiste peintre ou sculpteur. Or, ces qualités n'ont rien à voir avec le génie créateur.
Existe-t-il en effet, en un genre quelconque, des œuvres d'enfants ou d'adolescents, qu'on puisse qualifier de maîtresses ? Pascal trouve, à 12 ans, la 32'' proposition d'Euclide ; il en a plus de trente quand il écrit les Provinciales. Goethe débute à 15 ans, mais il travaillera à son Faust toute sa vie. Il donne, à 40 ans, la première partie d'Hermann et Dorothée; la seconde, à 50. Victor Hugo a 28 ans lors de la représentation d'/Iernani qui consacre sa renommée, il est loin de ses débuts; il aura 49 ans quand paraîtront les Châtiments,
Les travaux les plus remarquables, les découvertes les plus retentissantes des savants, des Pasteur, des
Chevreul, des Edison, des Berthelot ; les chefsd'œuvre des maîtres, des Corot, des Ingres, des Titien, des Greuze, etc., sont enfants de leur maturité, et souvent de leur vieillesse*. «Car le génie n'est qu'une longue patience ». Il s'accommode mal des tâtonnements, des hésitations du débutant, et n'apparaît, dans tout son éclat, que lorsqu'il a trouvé sa voie.
D'autre part, s'il est naturel, le développement hàtif de certaines facultés, au début de la vie, ne saurait avoir, pour l'avenir, les inconvénients que certains théoriciens voudraient y trouver. Il n'y a rien de forcé, chez ces privilégiés, faisant usage normal, facile, de leurs facultés prématurément développées, mais nullement abus. Point de surproduction, de surcroît d'efforts imposés à leur intelligence, à une époque ou l'un et l'autre leur seraient préjudiciables. C'est dans ce dernier cas seulement que la précocité mal exploitée, ou exploitée trop tôt, devient un danger, avec toutes ses conséquences fâcheuses pour la santé et la durée de la vie.
Vouloir faire trop produire à un terrain, fût-il excellent, est le plus sûr moyen de l'appauvrir avant l'heure, de le réduire trop tôt à la stérilité ; alors qu'on lui laissera sa vigueur et sa fertilité entières, si on se contente de récolter à son heure Tample moisson qu'il fait chaque année germer sans efforts. Il en sera de même chez l'enfant ; le résultat sera d'autant plus désastreux qu'on demandera à celui-ci davantage. N'est- ce point d'ailleurs ce qui s'observe