CHAPITRE II
De la longévité dans l'espèce humaine.
Ce qu'elle est. — Son accroissement constant chez les peuples civilisés. — Des différents moyens d'apprécier la longévité.
— Statistiques officielles. — La confusion des chiffres. — Le travail des « Égyptiens ». — Centenaires-réclames.
— Comment établir des statistiques de la longévité.
Les exemples remarquables et avérés de longévité chez rhomme ne dépassent guère 120 à 125 ans. Encore sont-ils tout à fait exceptionnels, si on en retrouve mentionnés, de temps à autre, dans les feuilles publiques.
En novembre 1909, les journaux annonçaient la mort d'une dame hongroise décédée à 120 ans, deux mois plus tard, celle d'une autre femme de la même contrée ayant dépassé sa 115® année. M™* Poggy Mac Gurk, morte en avril 1910, avait officiellement 110 ans; elle passait pour être la doyenne des femmes en Angleterre. En mai 1910, la presse affirmait, à nouveau, l'existence d'un centenaire russe Kniarzkoff, âgé de 119 ans. Ce dernier aurait assisté à l'entrée de Napoléon à Moscou en 1812. L'État-Major général de l'armée voulut même connaître de sa bouche le récit fidèle de cet événement historique. Les plus
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vieilles femmes du monde, à la même époque, auraient été M"® Durkiewitz, de Posen, et M°** Baba Zasilka, de Bavelsko (Bulgarie). La première, née le 21 février 1785, aurait dépassé sa 125* année; la seconde aurait eu, en mai 1910, 126 ans *.
On a pourtant signalé, à toutes les époques, des personnes des deux sexes décédées à des âges bien plus avancés ; nous aurons à y revenir à propos de l'étude consacrée à ces véritables phénomènes. (Voir chapitre vingtième.)
D'une façon générale, d'après des observations faites depuis des siècles, l'être humain ne dépasse que rarement sa centième année. 11 n'atteint même pas souvent la période comprise entre 90 et 100 ans. Flourens voulait la lui assigner comme limite normale de son existence. Elle correspondrait pour les animaux, à cinq fois la durée du temps nécessaire à leur accroissement. Or,, l'accroissement est achevé, quand les os sont définitivement soudés aux épiphyses osseuses, soit à 20 ans environ chez l'homme. Si Flourens a raison, l'homme devrait vivre, en effet, 100 ans au plus.
La plupart des auteurs qui se sont occupés de longévité ont voulu voir, comme Flourens, une corrélation entre la durée totale de la vie des êtres et celle de leur développement variable pour chacun d'eux. S'il n'apparaît guère que celte loi soit toujours respectée par la nature, c'est (|ue, de tout temps, l'homme a fait son possible pour mourir avant d'avoir terminé sa vie. En réalité, il vivrait
l.MoritzWeiss, mort en octobre 1910, avait 109 ans ; Kathatina Ludwig, décédée le même mois, avait dépassé 113 ans.
en moyenne, de 70 à 80 ans, comme il semble avoir toujours vécu.
Dans cet ordre d'idées, conformément à ce qui a été dit au premier chapitre, les longévités seront tous ceux qui dépassent cette limite, qui vivent plus dé 80 ans. A ceux qui franchissent le cap de la centième année, nous réserverons dans cet ouvrage le qualificatif de longévités exceptionnels.
Faut-il ajouter que la période comprise entre 70 et 80 ans est loin d'être toujours atteinte ? Il s'en faut que ce soit là la limite de la vie pour la moyenne, nul n'ignore pourquoi ; et combien l'extrême morla* lité infantile, celle du premier âge ^ et de l'âge adultfl abaissent partout la durée moyenne de l'existence.
En Europe, celle-ci ne dépasserait guère, de no jours, la quarantième ou la quarante-cinquièm année, suivant les pays, en progrès considérable constant depuis un siècle ; en progrès véritable mais beaucoup plus lent, depuis que la civilisatioi s'est fait jour dans nos contrées. Du moins espé rons-nous l'établir ; mais n'anticipons pas.
En remontant seulement à cent ou cent vingt ans on trouve par exemple ceci : la durée moyenne d la vie qui était en France, de 28 à 29 ans, av^iï 1789, s'est élevée à 32 ans de 1800 à 1825, à 37 aa vers 1850, à 40 ans en 1881. Elle n'a cessé de s'ao croître non seulement chez nous où elle dépass 46 ans, mais chez tous les civilisés. Elle serait d 55 ans en Amérique, de 50 en Angleterre, de 51 an en Suède, de 28 seulement en Russie.
1. En France, il meurt encore, chaque année, plus de cei mille enfants de moins d'un an.
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Il semblerait, dès lors, que ces chiffres soient l'indice d'une longévité croissante ; les longévités seraient plus nombreux partout qu'autrefois. C'est probable ; ne nous hâtons pas, toutefois, d'en tirer des conclusions trop optimistes, pour plusieurs raisons.
S'il n'est pas douteux que la mortalité ait partout diminué ; si cette mortalité a pu progressivement tomber, dans le courant du dernier siècle, de 28,2 à 20 pour l.OOO vivants à l'année, en France*, la natalité elle aussi a considérablement baissé, surtout chez les Français ; au point que le nombre des naissances a pu s'y trouver inférieur à celui des décès, en 1900 et en 1907.
Or, à natalité faible répond toujours une mortalité totale moins élevée, puisque c'est dans le bas âge que la mortalité est de beaucoup la plus considérable. En second lieu, la diminution croissante de la mortalité a surtout porté sur les décès par les maladies infectieuses. Et celles-ci atteignent principalement l'enfance, la jeunesse, plus rarement l'âge mûr, exceptionnellement les vieillards vaccinés par des atteintes légères antérieures (fièvre typhoïde, fièvres éruptives, etc.). Enfin, les grandes épidémies de fièvre putride (typhoïde), de variole, de peste, de typhus, de choléra, qui ne respectaient il est vrai, aucun âge, qui enlevèrent, à 65 ans, Louis XV ; à 70 ans, Périclès à Athènes, et la Catalani chez nous ; à 72 ans, le duc de Gharost, à 81 ans, l'inventeur Jouffroy d'Abbans; à 99 ans, le Titien, sont