‹ La LoretteChapitre 2 sur 5 · MONSIEUR MILORD · texte numérisé non relu

MONSIEUR MILORD

Monsieur Milord est passé sur le

continent, pour étudier les dessins de Gavarni sur les originaux. Monsieur Milord prend du même coup une maîtresse et un cornac. La Lorette doit être, c\ le fou de son spleen, et le cicérone de ses études dans le Guide du voyageur. Il s'en rapporte à elle pour choisir le restaurant; et c'est elle qu'il charge de lui expliquer, au musée de Cluny, certaine serrurerie de chasteté.

En mettant le pied sur la terre de France, Monsieur Milord a boutonné son habit comme un bourgeois se préparant à traverser la rue Vide-Gousset. Monsieur Milord est aujourd'hui un homme comme un autre, discutant les vins, refaisant les additions, vérifiant la carte chez la Lorette comme chez

Vei'dicr, marchandant ses plaisirs et redemandant sa monnaie. Il n'exige plus qu'on lui enveloppe ses sous dans du papier. Le premier mot de français qu'il sait prononcer est : «Trop cher. » Il vit sur sa réputation, se prétend toujours mis au pillage, et rabat, sur ce qu'il donne aujourd'hui à la Lorelte, tout ce que son père a donné, en 181o, aux sirènes du Palais-Royal.

« Monsieur Milord! vous qui faisiez mettre les demoisillons aux fenêtres, et les aubergistes, le bonnet de coton à la- main, sur le pas de toutes les auberges de France ! Monsieur Milord !

vous dont les poches semblaient trouées quand passait une belle fille! Monsieur Milord ! vous qui payiez, payiez, payiez ! Monsieur Milord! vous la providence

des saisons mortes et des temps de chômage ! Monsieur Milord! reveneznous! Revenez-nous, Monsieur Milord! » — Ainsi elles prient; et de la rue La Bruyère à la rue Coquenard, elles appellent vainement.

L'idéal de Monsieur Milord est nne i'emme qui ait le nez relevé, qui joue du piano, et qui mange du pâté à la rhubarbe.

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