‹ La lorgnette littéraire. Dictionnaire des grands et des petits auteurs de mon temps (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · AI · texte numérisé non relu

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pas ce qu'il y a dans leurs bibliothèques, et qui se contentent de rapprocher mystérieusement les paupières quand on leur cite un ouvrage. M. Ménétrier est loin d'appartenir à cette dernière classe ; c'est au contraire un érudit de la famille de Nodier, un dégustateur aimable et fin de l'esprit d'autrui, ce qui ne l'a pas empêché de s'associer discrètement à plusieurs succès de théâtre Le capuchon de deux ermites de Ménilmontant qui signèrent autrefois un bizarre roman intitulé Calihan ne recouvre pas si bien l'un d'eux que nous ne distinguions les traits un peu moqueurs de M. Ménétrier. Mais que de pseudonymes, grand Dieu ! et quelles peines il apprête aux Saumaires futurs î Hier encore, M. Quérard ne cherchait-il pas à me persuader que le Listener de la Gazette des Théâtres n'était qu'une des innombrables incarnations de notre érudit ?

MA VIEILLE. — Vaudevilliste du Café des Variétés.

MONSELET (Pierre-Charles). — Ce que je placerai à la suite de ce nom ne peut être ni une biographie ni une appréciation. On ne croirait pas à ma sévérité, on sourirait de mon indulgence. Cependant je ne voudrais pas avoir l'air d'esquiver une difficulté, puisqu'il est convenu que c'est une difficulté de parler bien de soi-même.

Il y a dix ans que je fais de la critique, mais toujours incidemment ; la plus large part de ma vie est donnée à

la production. Dans ces heures de critique, il m'est arrivé de blesser certaines personnes, tantôt involontairement, volontairement d'autres fois. J'avais, pour me soutenir dans cet exercice, plusieurs idées générales que j'ai encore, et que j'ai essayé d'exprimer en maintes circonstances. Aujourd'hui je les résumerai, — pour n'y plus revenir.

Selon moi, ce qu'un jeune écrivain doit d'abord se hâter de faire dès ses débuts, c'est d'exprimer son opinion nette et franche sur les hommes importants de son époque. Plus tard, il ne le pourrait plus. Plus tard, les amitiés, les convenances et les intérêts l'entoureront d'un réseau difficile à déchirer.

La vérité ne nous est jamais venue que par les jeunes gens. Ce premier coup-d'œil surpris et hardi que l'on jette sur les personnages de son siècle, au sortir du collège, ce premier coup-d'œil trompe rarement. A cet âge-là, les admirations ont des larmes, les antipathies ont de belles colères ; les indifférences même ont leur signification. Que les jeunes gens nous crient donc la vérité dans leurs premières pages ! que leurs paroles n'aient pas peur ! que cet âge soit sans pitié, enfin ! Et s'il est vrai que la vérité compromette de nos jours, — eh bien! qu'ils se compromettent î

Ils auront tout le reste de leur vie pour revenir sur leur accès de courage, pour accepter les transactions et

pactiser avec les médiocrités. Ils auront tout le reste de leur vie pour s'endormir dans l'heureux ron-ron des gros chats de la critique, pour reposer dans un tiède fauteuil rembourré par les concessions et capitonné par l'insouciance. Mais ils n'auront qu'une fois vingt ans et vingtcinq ans pour parler à cœur ouvert et à front levé, comme des imprudents, comme des dupes, comme des niais, comme des hommes honnêtes !

Honte au jeune homme hypocrite, qui entre sournoisement et furtivement dans le monde des lettres, avec une prudence prématurée, ^t de qui les premiers pas ressemblent aux derniers d'un vieillard !

La jeunesse, c'est l'élan.

Vers trente ans, on commence à faire comme Fontenelle, on referme ses mains pleines de vérités. On cherche sa place dans la société ; et, comme l'on désire être tranquille, on finit par laisser tranquilles les autres. C'est la seconde phase de la vie, tout aussi logique que la première. Les relations forcées arrivent et se groupent autour de l'écrivain de trente ans. Un excellent homme, qui est en même temps un auteur exécrable, lui rend un bon office, par hasard ou autrement, n'importe, n'en voilà pas moins le critique condamné au silence sur son bienfaiteur, sur son ami ; sa conscience littéraire est morte à partir de ce jour-là. Et puis, ce n'est pas un sauvage, après tout : il assistera à des banquets où ses confrères

viendront lui tendre la main ; on ne résiste pas à une main tendue ; il trinquera avec de bons garçons qui rachètent leur peu de style par beaucoup de gaîté. Il fera partie, après quelques hésitations, de la Société des Gens de lettres ; car enfin, quoiqu'il eût préféré vivre toujours à l'écart, il ne peut cependant pas se priver des avantages que cette Société lui offre. Il aura besoin du président, du secrétaire pour toucher ses droits de reproduction. Il est poli, ils seront obséquieux. Un jour, un de ses confrères lui frappera sur l'épaule et le tutoiera ; un vaudeviUiste l'appellera : Mon petit! — Un critique qu'on tutoie n'est déjà plus un critique.

Il se sentira muselé de plus en plus. Tout le monde le saluera, et il saluera tout le monde, car il est bien élevé ; mais il enragera. Voyez plutôt : Un livre tombe soudainement chez lui, un mauvais livre, absurde, inepte, honteux, pleins d'accrocs à la morale et à la langue; un livre à proscrire, à bafouer, à écharper ; un livre funeste. Quelle belle occasion pour le critique ! Sa tête bout, sa plume des anciens jours se hérisse comme la crête d'un ara ; il faut un réquisitoire ardent, sa verve va couler... Hélas î non. Sur la première page du livre, sur la page blanche il a lu ces mots : Offert à mon meilleur ami; souvenir affectueux de etc., etc. »

La plume tombe de ses doigts. Encore un mauvais livre qui passera sans protestation, qui fera son chemin peut-être !

Le lendemain, c'est une comédie qu'il va voir : une comédie imbécile, faite avec des vieilles comédies, des vieux caractères, des vieux mots, des vieux costumes et des vieux succès. Il a vu cela soixante fois. Il le verra soixante fois encore. N'y a-t-il pas de quoi s'irriter et écrire en rentrant chez soi un factura sévère , juste , un rappel à l'invention, à l'esprit, à la passion, à toutes les qualités dramatiques qui s'en vont à vau-l'eau? Oui, certes. Et pourtant, dès les premières lignes, le critique s'arrête. Une sueur froide a passé sur son front. Qu'allait-il faire ? L'auteur de la pièce nouvelle a été son hôte maintes fois, et maintes fois il en a reçu des loges entières. Fautil passer pour un malotru et écraser une pièce qui, si mauvaise qu'elle soit, a peut-être coûté bien des veilles ; une pièce sur laquelle l'auteur, peu fortuné, a fondé sans doute des espérances pécuniaires?

Ainsi réfléchit le critique. Et le critique se tait. Il se tait pour la mauvaise pièce, comme il s'est tu pour le mauvais livre. Il se tait, ce n'est que demi-mal. Son silence fait supposer un reste de dignité, de pudeur. Il ne se relève pas, mais il ne s'avilit pas, au moins. Il se lave les mains, comme Ponce-Pilate.

Mais un jour viendra qu'il ne se taira plus ; un jour viendra qu'il parlera du mauvais livre avec éloge et qu'il prédira cent représentations à la mauvaise pièce.

Ce jour-la , priez pour le critique. A sa place , il y aura

un homme aimable, riche peut-être, chevalier ou même officier de la Légion-d'Honneur, serviable, entouré, écouté, un homme « raisonnable » diront les quelques gens qui se souviendront seuls des premiers coups de griffe du critique aujourd'hui sans ongles.

Je n'ai pas la force de blâmer cet homme.

Il n'aura fait que céder à la force des choses, qu'obéir à la loi du temps. Je ne demande point de feuilletonistes Spartiates, d'aristarques en bronze. Je vewx seulement que l'on profite de sa jeunesse pour avoir l'honnêteté littéraire. Or l'honnêteté littéraire, — c'est la franchise.

Tout à l'heure, j'ai dit que la vérité ne nous arrivait que par les jeunes gens. Je me suis trompé. Elle nous arrive aussi par les malheureux. Les auteurs qui ont à porter le poids de leur misère, de leur paresse ou de leurs vices, laissent quelquefois s'échapper de leurs lèvres crispées cette vérité si rare. Mais ils sont moins dignes de foi que les jeunes gens ; ils ont plus vécu, ils ont souvent transigé ; partant, leur colère est suspecte au public, qui les accuse de partialité ou d'envie. — Vous êtes malheureux, donc vous êtes injuste ! Telle est la logique du public.

Le malheur ne traîne aucun avantage après lui. C'est pourquoi les jeunes gens ont et auront toujours le privilège de la vérité, de la vérité écoutée. Pourquoi les suspecterait-on, eux ? Ils sont souriants, contents, enivrés ;

ils n'ont pas la conscience des regrets qu'ils s'apprêtent et des obstacles qu'ils accumulent devant leur avenir. Qu'ils se laissent donc aller — jusqu'à trente ans — au courant de leurs impressions ; qu'ils ne craignent pas de pousser trop loin l'expression de leur blâme ou de leur louange ; mieux vaut dépasser le but que de ne le point atteindre. Il est toujours temps d'être sage ; il n'est pas toujours temps d'être fort.

Hélas î j'ai eu trente ans, hier.

MARMIER (X.) — Le froid vous gagne rien qu'à prononcer le nom de M. X. Marmier ; votre nez gèle dès que vous ouvrez un de ses livres ; il semble que derrière chaque feuillet va apparaître un ours blanc ; Andersen et Franzen ont beau murmurer leurs petites chansons, vous êtes obligé de faire allumer du feu, si vous voulez dépasser la deuxième page.

MALITOURNE (Pierre). —

Le Malitourne de Véron

N'a rien de notre Malitourne :

C'est un vieux homme en chapeau rond.

Le Malitourne de Véron.

Le nôtre est pimpant et luron,

Tandis que l'autre s'en retourne.

Le Malitourne de Véron

N'a rien de notre Malitourne.

Le Malitourne d'aujourd'hui Est Malitourne de L'Artiste.

Il vaut mieux que Carie Ledhuy, Le Malitourne d'aujourd'huy.

Sa phrase qui brille et séduit, A la valeur d'une améthyste.

Le Malitourne d'aujourd'hui Est Malitourne de L'Artiste.

MAGNIN (Charles).

Polichinelle. — Compère?

Le Compère. — Eh bien ! quoi, Polichinellle ?

Polichinelle. — Je vais me marier, Compère.

Le Compère. — Tu vas te marier, Polichinelle ?

Polichinelle. — Oui, Compère.

Le Compère. — Je t'en fais mon compliment, mon ami.

Polichinelle fchantant et dansantj. — To. to. to... ro, to, to. . . ro, to, toire î . . .

Ainsi s'exprime, ou à peu près, M. Charles Magnin, dans sa très-savante Histoire des Marionnettes. Par suite de ses recherches, il ne serait pas impossible, en remontant l'échelle des âges, de retrouver chez les peuples préadamites la trace d'un monstrueux Polichinelle, orné d'une trompe comme le poisson Macar. Il est hors de doute, en tous les cas, que les Assyriens ont connu une idole joyeuse sous le nom de Guignol-Phalazar.

Ce grand amour des marionnettes a fait nommer, il y a quatre ans, M. Charles Magnin, membre du Comité de lecture à la Comédie-Française.

MIGNET. — Décoré de juillet.

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