‹ La lorgnette philosophiqueChapitre 24 sur 40 · MARTHA-BECKER (F · texte numérisé non relu

MARTHA-BECKER (F

Philosophe et fervent chrétien. Enregistrons à son actif ; Spiritualisme et Panthéisme (in- 8°), Matérialisme et Spiritualisme (in-S").

MARTIN (Thomas-Henri).

Doyen de la Faculté des lettres de Rennes, philosophe spiritualiste et chrétien. Il croit fermement à la vie future et fait tout ce qu'il faut pour la mériter. Ainsi soit-ill (Voyez le Dict. des Contemporains.)

MARTIN (Louis-Auguste).

Au XVI IP siècle, le baron d'Holbach joignait à sa qualité de philosophe la fonction de maître d'hôtel de la philosophie. M. L. -Auguste Martin, lui, n'hébergepasprécisément les philosophes, ce qui serait un peu coûteux vu le prix actuel des denrées et le vigoureux appétit de ces messieurs ; mais en revanche il leur ouvre à deux battants les portes de son salon. Rien n'est plus original que

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ces réunions où se croisent pêle-mêle spiritualistes , matérialistes, spirites même; où toutes les opinions ont leur libre cours à condition toutefois de ne pas engendrer la discorde, ce qui arriverait cependant si M. Martin n'avait pas le soin de surveiller de près l'ardeur extrasublunaire de quelques-uns des spirites de la bande.

Vous rencontrez à ces soirées MM. Lemonnier, Fauvety, Massol, Caubet, A. S. Morin (Miron), Barnout, Léon Richer, Boutteville, de Pompéry, Vidal, Herrenschneider, P. Larroque, etc.; MM""*^ Coignet, Arnaud, Cl. Royer, Louise Bader, etc.. Vous y rencontrez en un mot le tout Paris philosophique...

M. L. -Auguste Martin est un écrivain très-distingué. Citons de lui : Vrais et faux catholiques (1850), ouvrage dans lequel il fait très-simplement et très-posément ressortir les conséquences peu rationnelles qu'engendrent les principes catholiques interprétés dans le sens orthodoxe, ce qui valut à l'ouvrage la mise à l'index (bravo!), et à l'auteur (^hélas!) une condamnation à six mois de prison et ^,000 fr. d'amende.

C'est ainsi que sous le règne de Napoléon III, de Sédantaire mémoire, on traitait les gens qui n'usaient pas un chapeau tous les mois à saluer messieurs du haut et du bas clergé. Citons encore : Le Livre du cœur, — Esprit moral du XIX^ siècle, — Voyage autour de ma prison, — La Morale chez les Chinois, etc., — enfin son excellent Annuaire philosophique, dont on regrette vivement l'interruption...

MARTINAUD (L'ex-abbé).

M. Martinaud avait fait ses études au séminaire et se destinait à embrasser la carrière sacerdotale, quand un tout petit incident vint changer sa destinée... Le lendemain même de son ordination, le jeune prêtre envoya sa démission à son évêque et jeta le froc aux orties.

Cet acte hardi et passablement original, nous en convenons, excita, bien entendu, la colère des dévots, mais (chose plus singuHère) lui valut même des réprimandes de la part de quelques libres penseurs. Certains rédacteurs de la défunte Morale indépendante me comprendront à demi-mot.

Il ne nous appartient pas d'apprécier cette détermination ; il est certain toutefois que M. Martinaud n'est pas un esprit ordinaire : il faut certainement une forte dose de courage et de fermeté pour oser braver de la sorte l'opinion publique et rompre avec les préjugés.

M. Martinaud n'a aucune fortune. Sa démission, dictée par des scrupules de conscience très-honorables, le mettait aux prises avec la misère. Il le savait et ne recula point cependant devant l'incertitude du lendemain; d'ailleurs, il nous a donné les motifs de sa détermination dans une brochure intitulée : Lettre d'un jeune prêtre athée et matérialiste à son évêque le lendemain de son ordination. Paris, typographie de Turfin et Juvet (1868, in- 8).

Écoutons-le : u Monseigneur, dit-il en s'adressant à

son évêque, fils d'ouvrier, mon éducation avait coûté la vie à mon père et épuisé toute ma famille. J'étais sur le point, après tant de sacrifices, de procurer aux membres qui restaient un certain bien-être sur lequel ils avaient presque le droit de compter. Je n'aurais pas voulu pour tout au monde leur causer le moindre chagrin. J'avais devant moi une position toute faite; y renoncer, c'était me livrer moi et les miens à un état voisin de la misère. Mais, durant le cours de mes études théologiques, des doutes sérieux concernant la religion avaient traversé mon esprit. Ces doutes j'aurais pu les repousser comme on repousse une lumière importune ; mais c'eût été lâcheté. J'aurais pu n'en point tenir compte dans ma conduite : c'eût été hypocrisie. J'aurais pu enfin, dès leur première apparition, m'arrêtertout court et revenir à mon atelier, m'assurant ainsi une retraite exempte d'inquiétude et honorée de tous; mais c'eût été ne travailler que pour moi. J'ai mieux aimé, nouvel Érostrate, essayer de brûler le temple, au risque de m'ensevelir sous ses ruines. Voilà pourquoi j'ai fait les vœux sans autre intention que de les fouler aux pieds le lendemain. Si je ne les avais pas faits, j'aurais eu l'air de les respecter, et qui a l'air de les respecter les fait vivre. Je sais bien qu'en infligeant à vos mystères cette sanglante dérision, j'ai attiré sur ma tête la réprobation universelle. Il ne manquera pas d'esprits étroits pour me faire un crime de m'être joué de votre culte. On est encore assez généralement persuadé que, même dans ces choses-là, il faut user de courtoisie envers vous. Eh bien 1 c'est pour faire

tomber ce préjugé, que je consens à en devenir la victime. Le principe qui doit lui être substitué, le voici :

« Les tyrans de la pensée ne méritent point d'égards! )) (P. 3 et 4 de la brochure.)

M. Martinaud, continuant toujours sur le même ton, déclare ensuite à son évêque qu'il est « athée et matérialiste » et qu'il se moque de ses foudres. (Oh, oh !)

Inutile d'ajouter que cette brochure fut saisie quelque temps après son apparition Cette mesure se comprend facilement; le courroux de l'évêque de M. Martinaud se comprend également. Comment, en effet, voulez-vous qu'un évêque, malgré toute la douceur qui caractérise les ministres de l'Évangile, conserve son sang-froid devant un jeune prêtre qui, le lendemain de son ordination, se déclare athée et résume dans la formule suivante l'enseignement du séminaire : « La religion est l'enfance des peuples; l'athéisme est leur âge mûr. » (P. 15.)

M, Martinaud est tout petit. Ses cheveux, ses yeux et sa moustache (car cet ex-abbé porte moustache) sont noirs comme la buse d'un poêle, il parle avec une lenteur extrême, mais avec un organe assez agréable. C'est égal, si le sort avait conservé M. Martinaud à l'Église, j'aurais plaint de tout mon cœur les ouailles qui auraient été forcées de subir ses sermons. M. Martinaud vit de son travail; il a longtemps été employé à l'imprimerie Claye^ rue Saint-Benoît.

MASSOL (Alexandre).

Fondateur et rédacteur en chef de la Morale indépen-

dante, journal philosophique qui agaça joliment les nerfs du clergé, et dont le succès fut grand, grâce au talent et à la vigueur de la polémique de MM. Massol, F. Morin, Caubet, Miron, J. Giraud, Coignet, Renouvier, etc., et aussi aux attaques que dirigèrent contre lui Hyacinthe (le déchaussé) et M. Caro (le bien chaussé).

La Morale indépendante cessa de paraître au moment de la déclaration de guerre à la Prusse.

Peu d'hommes eurent une vie aussi agitée et aussi bien remplie que M. Massol.

M. Massol naquit à Béziers le i8 mars 1805, fit une partie de ses études dans une pension de Carpentras dirigée par son père, puis les termina à Marseille où il eut pour professeur... Raspail, qui alors était... abbé et ne songeait pas encore à diviniser le camphre et l'ail,

Après avoir professé pendant dix ans dans la pension paternelle, M. Massol vint à Paris en 1850, et endossa bientôt l'habit saint-simonien , tout en repoussant les idées théocratiques de ses confrères. Ceux-ci en firent un missionnaire et l'envoyèrent catéchiser les Chinois... pardon... les populations françaises, veux-je dire, et c'est ainsi qu'il accomplit son tour de France en vivant de son travail manuel au milieu des ouvriers.

Après la dissolution de la société saint-simonienne, il partit pour l'Egypte où il retrouva le papa Enfantin qui lui proposa un beau jour de percer l'isthme de Suez, — ni plus ni moins. — M. Massol se mit à l'ouvrage ; mais bientôt, trouvant le morceau un peu dur à entamer, il renonça à l'entreprise, après avoir mouillé un nombre

incalculable de chemises. C'est alors qu'il partit... pour la Syrie. Un dégoût irrésistible des figues et des coups de soleil le fit quitter ce pays assez vite. Il se rendit à Constantinople, où il demeura quelques semaines seulement, et revint en France par le Danube dans lequel il eut le bon esprit de ne pas se noyer.

En 1848, M. Massol collabora assidûment au Peuple constituant dirigé par M. Lamennais, puis à la Voix du Peuple de Proudhon, son ami.

Au coup d'État du 2 décembre, il rentra dans la vie privée, et appliqua son activité à l'industrie...

Outre ses articles de la Morale indépendante, M. Massol a donné au Monde maçonnique de nombreux articles sur Saint-Simon et ses doctrines; il a collaboré au Glossaire philosophique. M. Massol est un des principaux membres de la franc-maçonnerie; il est vénérable de la loge la Renaissance , qu'il dirige avec beaucoup d'intelligence et d'amabilité.

MATTER (Jacques).

Voir le Dictionnaire des Contemporains.

MAZZINI (Joseph).

Mazzini a passé sa vie à conspirer contre tous les potentats, excepté contre Dieu, le plus puissant d'entre eux cependant.

A quoi attribuer cette exception ?

Douter de l'existence de Dieu paraît à Mazzini le plus grand des crimes; nier l'immortalité de l'âme lui cause des évanouissements; il va même jusqu'à prétendre que les notions de Dieu, de l'immortalité de l'âme et de patrie sont étroitement liées et quasi-inséparables.

Gardez vos idées, monsieur Mazzini , propagez-les si cela vous plaît, mais soyez plus tolérant, ne menacez pas les matérialistes, par exemple, de vos bombes au fulminate, n'affichez pas un mysticisme qui vous égalerait aux moines les plus barbus de votre pays.

P. S. Mazzini vient de mourir. Inutile de dire : Dieu veuille avoir son âme !

MÉNARD (Louis).

Ainsi que son frère René, M. Ménard (Louis) s'est beaucoup occupé d'art; nous aimons à croire toutefois que ce ne sont point des considérations esthétiques qui le poussent à se vêtir en hiver d'un vaste manteau de drap noir dont les plis font plusieurs fois le tour de sa personne, et d'enfoncer sur ses yeux un chapeau dont les trop larges bords empêchent de distinguer sa physionomie nerveuse, fine, originale.

Le costume de garde national allait beaucoup mieux à M. Ménard , — j'en prends à témoin les gardes du 119'' bataillon.

M. Ménard est un de nos plus savants hellénistes, et en outre un philosophe très-distingué , comme l'attestent La Morale avant les philosophes, Le Polythéisme hel-

léniijue. — Dans le premier de ces ouvrages, il nous fait assister au développement de la morale antique et soutient même une opinion très-paradoxale, à savoir : que la morale commença à décliner quand apparut la philosophie ; le second est trop important pour que nous puissions l'analyser ici. — Nous renverrons nos lecteurs au compte rendu détaillé qu'on en trouve dans l'Année philosophique (1867, in-12, p. 121 à 128).

La plupart des ouvrages de M.'L. Ménard (nous sommes loin de les avoir tous indiqués ici) ont été couronnés par l'Institut. M. Ménard arrivera infailliblement à l'Institut.

MÉZIÈRES (Alfred).

Pendant que les Prussiens bombardaient Paris du haut du plateau de Châtillon , M. Mézières, retranché dans la Revue des Deux-Mondes , les bombardait d'articles foudroyants qui leur ont fait certainement beaucoup plus de mal que leurs projectiles n'en ont fait à notre pauvre capitale.

Mais ce n'est pas de M. Mézières, artilleur de la Revue des Deux-Mondes, que nous voulons parler; ce n'est pas davantage de M. Mézières, littérateur. Que pourrions-nous dire de nouveau sur un homme qui depuis longtemps déjà jouit dans le monde lettré d'une réputation bien méritée par ses ouvrages sur Shakespeare, Dante, Pétrarque, Gœthe?

M. Mézières est professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, oià son cours regorge toujours d'auditeurs.

phénomène assez rare dans cet antique établissement, et qui a le privilège de stupéfier la plupart de ses collègues moins favorisés. Pour nous , la stupéfaction de ces chers collègues est un second phénomène, et un phénomène non expliqué encore. Quand ces messieurs voudront ou pourront faire un cours à la fois aussi sérieux et aussi spirituel que celui de M. Mézières, nous leur garantissons d'autres auditeurs que les quatre murs de la salle.

M. Mézières occupe d'ailleurs une place à part dans PUniversité.

Du sorbonnien, il n'a ni l'air pédant et guindé, ni l'emphase, ni le ton doctoral et tranchant ; il s'habille comme tout le monde, dédaigne les cols de haute forme et n'offre pas au public le spectacle d'une cravate blanche rivée à son cou à perpétuité.

MM. Caro et Janet (chapeau bas, s'il vous plaît) sont membres de l'Institut.... M. Mézières n'est pas membre de l'Institut, mais, sans être prophète, nous pouvons lui prédire qu'il arrivera tôt ou tard à l'Académie française , oi!i il fera beaucoup meilleure figure que la plupart des académiciens récemment élus.

Telle est notre manière de voir... Si M. Mézières la trouve trop optimiste (et il en est capable, ma foi! ), tant pis pour lui.

M. Mézières a parsemé presque tous ses ouvrages d'aperçus et de réflexions philosophiques. Pourquoi, me demanderez-vous, n'a-t-il pas écrit d'ouvrages philosophiques proprement dits ? Ah ! la question est bonne !

Parbleu , Messieurs , parce que sans doute , en bon

confrère, il a voulu laisser à M. Caro le soin de représenter à lui tout seul devant le monde civilisé la philosophie sorbonnienne. Est-ce un tour qu'il a voulu lui jouer? se demandent les malins. Nous ne le pensons point.

M. Mézières (détail peu connu et que nous léguons aux biographes futurs) est un fervent disciple de saint Hubert. Pendant les vacances, tout en songeant à Dante et à Pétrarque, il abat force chevreuils, lièvres et perdreaux.

MICHELET (Jules).

Quand bien même les jésuites n'auraient jamais servi qu'à faire la réputation de M. Michelet , l'existence de leur ordre aurait une raison d'être suffisante.

Sans les jésuites , en effet , il est assez probable que M. Michelet n'aurait , malgré son talent , jamais acquis cette popularité retentissante qui lui permet de vendre actuellement trois francs cinquante des volumes tels que l'Amour, l'Oiseau, la Femme, la Montagne.

Avant d'aller plus loin , parlons un peu du style (seconde manière) de M. Michelet. Sa phrase brève, sèche, heurtée et souvent incompréhensible par-dessus le marché , finit au bout de quelques heures de lecture par vous fatiguer, vous crisper, vous exaspérer.

Après avoir lu d'un trait La Montagne, sur laquelle l'illustre écrivain entasse à chaque mètre des monceaux d'épithètes inutiles, on ressent inévitablement les symptômes précurseurs d'une maladie de nerfs. « La phrase de M. Michelet, nous disait un ami , saute comme une puce

et démange horriblement la cervelle du lecteur. « Il est certain qu'il y a une ressemblance visible entre le style de M. Michelet et celui de l'Apocalypse.

On a beaucoup vanté L'Oiseau. Cet ouvrage a cependant une assez piètre valeur; à part un intéressant chapitre sur les migrations , il ne contient rien de saillant et d'original. M. Michelet, nous en convenons, a lu tous les naturalistes : Buffon, Vieillot, Lesson, Temminck , Brisson, etc., etc.; mais il ne semble pas avoir beaucoup observé les oiseaux dans les champs. Bref, L'Oiseau de M. Michelet n'est pour nous qu'un vilain moineau. Vantez-nous Toussenel : voilà au moins un ornithologiste qui connaît admirablement les habitants de l'air, qui les a observés de près avec une patience infinie!,.. EiL'Ainourf'... M. Michelet l'a-t-il jamais connu véritablement?

Vive La Sorcière !v\\e La Femme! vive L'Insecte ! vive La Bible... de l'humanité! A bas La Montagne! (Ce dernier cri est en ce moment plein d'actualité.)

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