MILLET (J
Agrégé de philosophie qui ira loin si Dieu lui prête vie. Son Histoire de Descartes avant 1657 est un des bons ouvrages publiés sur ce philosophe.
Il ne faudrait pas toutefois que M. Millet s'imaginât avoir innové en considérant le cartésianisme comme un positivisme vrai... Ce point de vue sort du Manuel de philosophie moderne de MM. Renouvier, Brothier, Jac-
ques.etc. (voyez pages 47, 48, 52, $4 et ailleurs), que M. Millet a oublié de citer... sans doute par distraction....
MIRON (MoRiN, André-Saturnin).
Si les ouvrages de M. Miron avaient pu être imprimés en France ou même y entrer et s'y vendre librement, il est probable qu'ils auraient eu un succès aussi retentissant que ceux de M. Renan.
Comme M. Renan, M. Miron a écrit sur Jésus-Christ; mais, au lieu d'un roman, il a écrit sur le fondateur du christianisme un ouvrage qui, bien que sérieux, n'en est pas moins rempli de verve, d'esprit, de malice.
Jésus réduit à sa juste valeur (1), tel est le titre original de ce livre, imprimé à Genève en 1864. — Inutile d'ajouter que son entrée en France a été sévèrement interdite sous le second Empire.
L'ouvrage de M. Miron n'a rien de fantaisiste , d'arbitraire; il est basé uniquement sur les Évangiles, rien que sur les Évangiles, retenez-le bien.
M. Miron examine successivement les actes et les discours de Jésus, son caractère, ses paraboles, ses discours évasifs, ses propos interrompus, ses prophéties; il examine Jésus dogmatisant, Jésus moralisant, etc.... Bref, il file Jésus-Christ, le suit pas à pas dans les moindres
(1) Cet ouvrage a été traduit en italien par L. Stefanoni, un des plus célèbres polémistes de l'Italie.
périodes de son existence, commente toutes ses paroles, surveille ses moindres gestes, ses moindres démarches, instruit son procès comme un véritable juge d'instruction.
M. Miron a encore publié à Bruxelles, en 1865 , un Examen du christianisme (3 vol. in- 18) (i) que beaucoup de personnes trouvent infiniment supérieur à V Examen des doctrines de la religion chrétienne de M. Patrice Larroque. L'Examen de M. Miron est à la fois un ouvrage très-grave et très-agréable à lire; les digressions les plus arides y sont tempérées par des saillies pleines de finesse et d'humour.
M. Miron démonte pièce par pièce l'immense édifice chrétien, en examinant la valeur de chacune d'elles avec la plus stricte impartialité.
Le simple énoncé des matières traitées dans chaque volume peut seul donner une juste idée de ce que contient cet examen :
Tome I. — De la nécessité de l'examen en matière de religion. — Des miracles. — Des révélations divines, et particulièrement des livres inspirés. — Du Pentateuque. — De quelques imperfections de la Bible. — Des prophéties. -- De l'authenticité des Évangiles.
Tome II. — De la valeur historique du Nouveau Testament. — Du Christ suivant Jésus-Christ. — Baptême,
(i) Cet ouvrage a été traduit (en partie) en italien par L. Stefânoni.
— ni —
pénitence, etc...., etc.... — L'établissement du christianisme. — Du dogme.
Tome m. — De la morale. — Du culte. — Défaut d'originalité du christianisme.
Une des questions les plus agitées durant ces dernières années est sans contredit la séparation de l'Église et de l'État. Bien des penseurs l'ont traitée , mais nous ne croyons pas que personne ait jamais écrit sur cette matière délicate un ouvrage supérieur à celui de M. Miron intitulé : Séparation du spirituel et du temporel (in-12; Germer Baillière).
A la fm du volume il y a un projet de loi qu'on pourrait à l'occasion appliquer sans y changer quatre mots. M. Miron, dont l'activité intellectuelle est infatigable, a collaboré au Rationaliste, à la Libre Pensée, à la Pensée nouvelle, au Libre examen (de Bruxelles), au Droit des femmes, au Progrès du Nord, à l'Union agricole d'Eure-et-Loir, au Libero\Pensiero (de Milan), etc..
Tout récemment enfin, il vient de publier deux ouvrages auxquels nous souhaitons tout le succès qu'ils méritent. — Ce sont : Le Prêtre et le Sorcier, statistique de la superstition (Lechevalier ; in- 18).
Fantaisies théologiques (Lechevalier; in-8'').
MONCHENY (H.).
Ex-collaborateur de Vex-Rationaliste.
MONSELET (Charles).
Philosophe gastronome.
Son Almanach des Gourmands contient des morceaux dignes de Brillât-Savarin...
Comme littérateur^ M. Monselet est un des plus charmants esprits de notre époque. Il a écrit de vrais chefsd'œuvre, parmi lesquels nous distinguerons tout particulièrement Les Oubliés et les dédaignés. Les portraits de Linguet, de Mercier et de Grimod de la Reynière sont surtout admirablement réussis.
Sainte-Beuve, dans ses Causeries du lundi, a d'ailleurs rendu au talent de M. Monselet l'hommage qui lui était dû.