MONTÉE (P
Etudiez, étudiez la Philosophie de Socrate, vous ne pouvez qu'y gagner.
MONTUCCI (Henri).
Il existe à peu près autant de systèmes de philosophie que de philosophes, ce qui n'empêche pas les novateurs d'aller toujours leur petit bonhomme de train : témoin M. Montucci.
M. Montucci est l'inventeur d'un système auquel il a donné le nom de « philosophie absolue», système qu'il oppose à la philosophie positive de Comte.
Cette philosophie absolue ne repose que « sur des faits et s'efforce d'appliquer les lois physiques à l'ordre social». N'en déplaise à M. Montucci, voilà cependant des idées essentiellement positivistes.
De sa philosophie absolue M. Montucci tire certains aphorismes plus ou moins originaux. Citons au hasard : « Sans Dieu, dit-il, il n'y a pas de patrie. » Cette opinion est très-contestable. — Autre :
« Les villes trop grandes sont une calamité. »
Que diable les grandes villes ont-elles à démêler avec la philosophie absolue ? Si les grandes villes sont vraiment une calamité, alors, Monsieur, à l'ouvrage: démolissons Paris , Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, etc. Démolissons, démolissons, démolissons!! (Air des Ltu^pions.) Effectuons toutes ces destructions, non pas au nom de la raison d'État (elle est un peu vieille, j'en conviens), mais au nom de la philosophie absolue, ce qui aura plus de cachet assurément. Afm sans doute de populariser sa «philosophie absolue» et de la mettre à la portée de toutes les intelligences, M. Montucci a eu l'heureuse idée de formuler en anagrammes, et en anagrammes latins encore, quelques-uns de ses principes fondamentaux, de telle sorte que les lettres françaises forment des mots latins ayant un sens tout différent de celui du texte français qu'ils cachent. Exemple :
« /.' Querente plèbe, ihi pleriquc tremunt, itaque hospes malunt. »
Puisque latin il y a, j'ajouterai, sans anagramme cette fois : Qiti poîcst capere, capiat !
— 'H — Ces excentricités n'empêchent pas M. Montucci d'être un homme de talent et d'esprit. Il a Collaboré à la Revue contemporaine , à la Revue britannique, auxquelles il a donné de nombreux articles de science, de philosophie et d'économie politique ; il a publié, en outre, avec M. Jacques Demogeot, deux remarquables rapports sur l'instruction secondaire et supérieure en Angleterre et en Ecosse.
MOREAU (Le DOCTEUR Joseph) [de Tours].
Médecin philosophe très-connu, auteur d'ouvrages remarquables. Citons : Les Facultés morales considérées au point de vue médical. — La Psychologie morbide dans ses rapports avec la philosophie de Phistoire... M. Moreau considère le génie comme une névrose..., ce qui nous paraît bien plus rationnel que beaucoup de gens ne le pensent.
MOREAU (Louis).
Saint Martin, le philosophe inconnu. — La Destinée de l'homme... Bons livres... Quoiqu'il ne soit pas parent..., même éloigné, de la mère Moreau, nous ne pouvons nous empêcher de crier : Vivent les prunes à l'eau-de-vie !
MORIN (Frédéric).
Voyez le Dictionnaire des Contemporains.
NAQUET (Alfred).
Agrégé de la Faculté de médecine de Paris, chimiste distingué, démocrate avancé et philosophe écarlate. M. Naquet est un des principaux représentants du matérialisme scientifique.
Il fonda il y a plusieurs années avec M. Regnard la Revue encyclopédique qui fut supprimée dès son premier numéro à cause d'un violent article dans lequel M. Naquet attaquait l'existence de Dieu.
En 1869, M. Naquet, toujours impénitent, fit paraître un ouvrage intitulé : Religion, Propriété, Famille. L'ouvrage fut saisi, et M. Naquet condamné à quelques mois de prison pour outrage à la religion, etc., etc.
Dans la première partie de ce volume, M. Naquet niait carrément l'existence de Dieu, le libre arbitre et l'immortalité de l'âme — ni plus ni moins — et, chose désolante, ce diable d'homme appuyait ses négations sur une foule d'arguments précis, clairs et assez difficiles, ma foi, à rétorquer...
Sans être prophète, nous pouvons prédire à M. Naquet que Dieu lui pardonnera difficilement ces attaques. — Avouons toutefois qu'il aura bien raison.
Maintenant qu'il est député de Vaucluse, M. Naquet semble avoir repoussé mademoiselle philosophie pour embrasser madame politique.
NICOLAS (Auguste).
L'éminent auteur des Etudes philosophi(]ues sur le christianisme n'a qu'un désir: c'est, après avoir été appelé durant sa vie monsieur Nicolas... tout court, d'être appelé après sa mort : saint Nicolas!!!...
NOLÉ (Pierre).
M. Nolé est l'auteur d'une Réfutation de Force et Matière du docteur Buchner.
Cette réfutation forme un charmant volume imprimé avec goût et édité par M. Lemerre, un des plus intelligents éditeurs de Paris.
Après. avoir lu cette réfutation, bien des spiritualistes rouges sont devenus partisans des doctrines de Buchner.
Pendez-vous, monsieur Nolé !
NOURRISSON ■ (Félix).
A obtenu de nombreux prix de l'Académie française. Est-ce pour cela qu'on l'a surnommé le nourrisson de l'Académie? Quoi qu'il en soit, c'est probablement au biberon de cette illustre société qu'il a puisé la force de tenir le pinceau avec lequel il a fait le tableau des Progrès
de la pensée humaine depuis Thaïes jusqu'à Leibnitz, tableau auquel plus tard il adjoignit en guise de pendant celui de la Nature humaine.
Ces deux compositions sont exposées en permanence chez l'éditeur Didier, quai des Augustins.
Comme philosophe, M. Nourrisson est plus connu que comme peintre.
Ses semblables lui doivent entre autres ouvrages : La Philosophie de Leibnitz^ quidam dont s'est aussi également occupé M. Foucher de Careil, La Philosophie de saint Augustin, etc., etc..
NUYTZ (Louis-André).
Sous ce nom bizarre et légèrement barbare se cache un philosophe très-civilisé. M. Nuytz est un des rédacteurs de la Revue de philosophie positive. Il a publié une brochure intitulée : Le Positivisme pour tous, dont le seul défaut est de se vendre i franc. L'auteur du Positivisme pour'tous aurait dû comprendre qu'un prix pareil rendait positivement un opuscule de trente-cinq pages inaccessible aux personnes qui n'ont pas une bourse absolument... positive...
OLLÉ-LAPRUNE (Léon).
Lauréat de l'Institut, professeur de philosophie au lycée de Versailles.
Sa Philosophie de Malebranche forme deux énormes in-8° qu'une mâle branche pourrait seule porter sans rompre!!! Dédié à Victor Hugo.
ONIMUS (Le Docteur).
Sa brochure intitulée : De la vibration nerveuse et de l'action réflexe dans les phénomènes intellectuels waulmieux que cent ouvrages de philosophie... au choix...
OSCAR (Louis).
Cet Oscar (ô Oscar !) est un père de famille auteur d'une charmante fille et d'un ouvrage intitulé : Déductions rationnelles, qu'il a dédié à cette fille.
PAPILLON (Fernand).
M. Papillon est un jeune homme de vingt-huit ans environ, à la physionomie intelligente ; sa lèvre supérieure est ornée d'une fine noustache noire qui s'harmonise assez gentiment avec un petit nez légèrement retroussé et dominé par deux yeux pétillants d'expression, sur lesquels un lorgnon est vissé à perpétuité.
M. Papillon a donné des articles philosophiques à la plupart des petits journaux parus au quartier latin de 1860 à 1870; pendant longtemps il a fait de la chimie avec M.Wurtz ; il a même publié un ouvrage d'histologie intitulé : Manuel des humeurs, qui résume avec beaucoup de précision et de méthode les doctrines de M. Robin.
Après avoir papillonné pendant un certain temps entre le matérialisme scientifique et le positivisme, M. Papillon semble s'être définitivement attaché à cette dernière école philosophique. Il a fourni d'intéressantes études à la Revue de philosophie positive. Citons une étude sur Hume, considéré comme précurseur d'Auguste Comte, et une autre sur Théophile Bordeu (1" janvier 1872). Il collabore encore à la Revue des Deux-Mondes.
M. Papillon fréquente le salon littéraire de mademoiselle Maria Morel, salon bien connu dans le quartier des Écoles (rue Casimir-Delavigne). Avis aux personnes qui désireraient connaître le jeune papillon philosophe que nous venons de saisir par les ailes.