‹ La lorgnette philosophiqueChapitre 35 sur 40 · TISSANDIER (J.-B · texte numérisé non relu

TISSANDIER (J.-B

Ses concitoyens lui sont redevables d'une Ëtude de théodicée.

TISSOT (Joseph).

La droite et la gauche n'existent pas seulement pour

les cochers de fiacre et les assemblées politiques , mais encore pour la philosophie.

Ainsi, M. Tissot représente la droite de l'école de Kant, tandis que M. Charles Renouvieret son aller ego ^ M. Pillon, en représentent la gauche.

M. Tissot professe la philosophie à Dijon, où il jouit de la considération unanime des fabricants de moutarde et des étudiants. M. Tissot est un de ces rares hommes qui allient à un savoir énorme une grande modestie. C'est par la seule puissance du travail, sans tapage, sans scandale qu'il a conquis sa réputation. Outre sa traduction des Œuvres choisies de Kant, de l'Histoire de la philosophie de Ritter , on lui doit une quantité d'excellents ouvrages, parmi lesquels nous citerons: Méditations morales. — La vie dans Phomme. — L'animisme et ses adversaires. — Principes de la morale. — Essai de logique objective. — L'imagination, ses bienfaits et ses égarements, etc..

TROUSSEAU (Le docteur).

Dans une discussion qui eut lieu en 1860 à l'Académie de médecine sur le perchlorure de fer et son action thérapeutique, et qui dégénéra incidemment en question de doctrine, le célèbre professeur, prenant la parole, annonça à son auditoire qu'il était animo-organico-vitaliste.

Voilà, on en conviendra, une drôle de doctrine ! Quant à reconnaître une trinité quelconque , nous aimons, ma foi, tout autant le Père , le Fils et le Saint- Esprit.

VACHEROT (Etienne).

Mêlez ensemble les doctrines de Kant, Fichte, Hegel ; ajoutez-y une bonne dose de matérialisme, beaucoup de positivisme , énormément de scepticisme, et vous aurez la philosophie de M. Vacherot, autrement dit : le Vacherotisme, car M. Vacherot n'est ni panthéiste, comme Spinosa ou Malebranche, ni spiritualiste , ni déiste , ni matérialiste, ni criticiste; mais il a une doctrine personnelle qu'il a composée en combinant savamment ces divers systèmes.

Voilà ce que nous tenons à bien constater, ce qui du reste n'enlève rien au mérite de M. Vacherot. Il est certain cependant que. la plupart de ses ouvrages, même les plus célèbres, ne sont pas toujours exempts d'obscurité et faciles à comprendre.

Si l'art d'entortiller sa pensée avec une multitude d'ambages, de réticences, dé sous-entendus, de mots couverts , d'épithètes dorées , de bagatelles métaphysiques , est un art philosophique , il faut convenir que M. Vacherot le possède au plus haut degré.

La Religion en offre la preuve. Dans cet ouvrage il se

proposait non point de tracer l'histoire des religions, mais de rechercher dans la nature humaine l'origine même du sentiment religieux, et concluait finalement que l'ère des religions était terminée ou à peu près. M. Vacherot a donc traité, discuté et résolu cette question avec beaucoup de sagacité, de science, de perspicacité, mais il y a consacré quatre fois plus de paroles qu'il n'en aurait fallu. Au lieu d'un in-12 qui aurait largement suffi, il a donné le jour à un énorme in-S". Qu'est-il arrivé ? Beaucoup de gens ont reculé devant ce monceau de prose. Puisque l'occasion s'en présente, nous nous permettrons de faire remarquer que c'est à cette sève exubérante qu'il faut attribuer le peu de succès relatif des ouvrages de M. Vacherot, qui, au lieu de devenir un auteur populaire et répandu , a vu pendant longtemps sa réputation ne pas franchir les limites étroites d'un petit cercle d'érudits , de lettrés , de savants, d'amateurs es philosophie.

Cela est certainement regrettable. M. Vacherot est en définitive un des hommes les plus avancés de notre époque, et son idéalisme athée se rapproche beaucoup des doctrines encyclopédiques du XVIII* siècle et de celles de Buchner.

Nous persistons donc à dire que M, Vacherot n'a pas (et par sa faute) la réputation qu'il mérite. Malgré ses démêlés avec le Père Gratry, malgré ses condamnations sous le second empire, malgré la valeur incontestable de La Métaphysique et la science et de VEssai de philosophie critique, sa réputation n'aurait pas grandi

sensiblement sans les événements politiques qui viennent de mettre en relief sa personne.

VAISSE (Jean-Louis).

M. Vaisse est ou plutôt était un brave ouvrier contremaître qui, au lieu d'employer ses loisirs à absorber des canettes, à culotter des pipes et à jouer aux quilles, les employait à faire de la philosophie.

Toutefois, les idées de M. Vaisse sont bien singulières. D'après lui, le christianisme est une u grande lumière, une grande révélation »; toute découverte effectuée dans le domaine des sciences est le fait d'une lumière et d'une révélation. — L'alliance religieuse universelle (prêtez l'oreille, monsieur Carie!) ne pourra s'accomplir qu'à l'aide d'une nouvelle révélation. — Bigre de bigre!!!

M. Vaisse prétend encore que l'enseignement religieux est une science qui a ses données certaines tout comme les autres sciences, telles que l'astronomie, par exemple. — De plus fort en plus fort!

M. Vaisse, qui croit à l'âme humaine, s'étonne qu'on ne soit pas d'accord sur le nombre des facultés d'icelie; il avoue que les systèmes des philosophes sur cette question ne le satisfont nullement. Tous ces « raisonneurs », dit-il, ne nous ont pas appris grand' chose ; mais patience, dans deux ou trois ans d'ici, si sa santé le lui permet, M. Vaisse viendra tout exprès à Paris nous donner la solution de ce grand problème de l'âme

— i89 — humaine. Toutefois ce n'est pas avec le secours de la raison, mais avec le secours « de la révélation divine », qu'il discutera ce problème.

Attendons-nous donc à passer quelques soirées agréables.

M. Vaisse a publié chez Dentu, en 1 869, trois volumes in-S" intitulés : Le Spiritualisme, ou le règne de Dieu et le nouveau monde^ etc.. Nous ne donnons pas la suite du titre, car à lui seul il remplirait une ou deux pages.

VAPEREAU (Gustave).

Les administrés de M. Vapereau, maintenant préfet de la République, savent peut-être qu'il est l'auteur du Dictionnaire des Contemporains et de V Année littéraire; mais la plupart d'entre eux ne se doutent certainement pas que l'âme d'un philosophe se dissimule sous son habit à palmes.

M. Vapereau a remporté en 1838 le prix d'honneur de philosophie au concours extraordinaire établi par M. de Salvandy entre les divers collèges de France, ce qui est assez gentil, en vérité, pour un début. Il a longtemps enseigné la philosophie à Tours, où il tint, malgré d'odieuses attaques, haut et ferme le drapeau du rationalisme.

M. Vapereau a collaboré au Dictionnaire des sciences philosophi(]ues, à la Liberté de penser ; W a donné une excellente édition du Discours de la méthode de Descartes. Dans l'intérêt des lettres et de la philosophie,

nous espérons que M. Vapereau quittera un jour ses fonctions administratives pour venir reprendre à Paris ses anciens et si utiles travaux.

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