ASSÉZAT (J
Ancien collaborateur de la Pensée nouvelle, où ses articles oni été remarqués, M. Assézat a fait réimprimer VHomme machine de la Mettrie, et en tête du volume il a publié une excellente notice sur la vie et les oeuvres de
la Mettrie. Cette notice est la seule appréciation sérieuse et impartiale qu'on ait jamais émise sur la Mettrie, ce philosophe si calomnié et si incompris.
La notice de M. Assézat vaut mieux à elle seule que tout ce qu'ont débité sur l'auieur de l'Homme machine les Villemain, Cousin, Damiron et autres philosophailleurs enduits d'infini, ivres d'objectif et de subjectif.
AUBER (Le docteur Edouard).
Ce médecin signe plus volontiers des livres que des ordonnances ; il est certain que c'est moins dangereux. Sa Philosophie de la médecine est un ouvrage dont nous recommandons la lecture aux personnes bien portantes.
AUDEBERT (Louise).
Son Roman d'un libre penseur, qui peut être considéré comme un pendant d'Une cure du docteur Pontalais, a été très-apprécié. Réjouissez-vous, coteaux d'Arnaville ! vous avez donné le jour à un écrivain qui deviendra célèbre.
AUDEBRAND (Philibert).
« La semaine passée a eu lieu l'installation de Mgr Guibert, le nouvel archevêque de Paris. On sait qu'avant de venir par ici le prélat était à la tête du diocèse de Tours. Il y a cinq ou six ans, dans une tournée
pastorale qu'il faisait sur les bords du Cher, l'évêque interrogeait un élève sur son catéchisme. « Le Père est-il Dieu?
— Oui, monseigneur.
— Et le Fils?
— Non, monseigneur.
— Comment! le Fils n'est pas Dieu!
— Oh! mais, reprit le petit Tourangeau, ça ne peut pas lui échapper quand le père sera mort.
— Allons, dit l'évêque en souriant, je vois avec plaisir que vous comprenez déjà les droits de la propriété ; mais étudiez mieux le catéchisme. »
(Philib. Audebrand, Illustration du 9 déc. 1871.)
M. Audebrand ne se pique point de philosophie; cependant cette anecdote vaut mieux à elle seule que tous les in-octavos réunis de nos sorbonniens.
BABOIN.
Cordonnier-philosophe, inventeur de la chaussure dite positiviste.
Dans les souliers positivistes de M. Baboin, il y a, paraît-il, un petit compartiment pour chacun des doigts
du pied; total : cinq compartiments, lesquels d'ailleurs ne préjudicient en rien à l'élégance et à la solidité.
Le but humanitaire que M. Baboin s'est proposé d'atteindre est d'empêcher la naissance des cors, œils-deperdrix, oignons, durillons, etc. Aussi est-il à couteau tiré avec le groupe philosophique... pardon... avec la secte des pédicures, veux-je dire. En attendant, l'école positiviste doit être fière de posséder un pareil cordonnier.
(P. S.) Cette histoire m'a été racontée par M. Henri Boucher (d'Épinal), qui la tient d'un de ses amis, médecin à Villejuif et parent assez proche de M. Littré. Cette histoire est garantie comme la chaussure de M. Baboin, d'ailleurs.
BAGUENAULT DE PUCHESSE (Gustave).
Orléanais de vieille souche, membre de l'académie de Sainte-Croix, ami intime de Mgr Dupanloup...
« Si, dès ce monde, l'âme s'élance vers l'infmi, seraitelle plus facile à satisfaire quand elle toucherait à cet infini même.^.. Non, n'étant plus retenue dans les liens matériels de ce monde, elle n'en devra plus connaître les bornes, les résistances, les entraves... Ce ne sera plus la terre ou le ciel, ce ne sera plus l'univers entier, mais Dieu même qui sera le lien des âmes. »
Extrait de r Immortalité, la Mort et la Vie, par G. Baguenault de Puchesse.
Nous sera-t-il permis de décerner A ce passade spécimen l'épithète de baguenaudage, puisque Baguenault il
BARNl (Jules).
Philosophe français, plus connu (comme philosophe) en Suisse que dans son pays.
Il nous a donné l'histoire des Martyrs de la libre pensée, V Histoire des idées morales en France au XVII!^ siècle, -et a fait entrer la morale dans la démocratie. L'allemand Kant lui doit une fameuse chandelle.
BARNOUT (H.).
M. Barnout est un architecte qui s'occupe de philosophie et (signe particulier) en veut un peu à ses confrères, surtout à celui que les fr.-. maçons nomment : le grand architecte de l'univers.
C'est pour démontrer le mauvais état des constructions de ce grand architecte qu'il a fondé en mai 1870 le journal l'Athée. Malgré M. Veuillot et le clergé, ce journal eut un certain succès et se vendait bien quand survint la guerre.
Un de mes amis prétend que c'est afm de punir la France d'avoir autorisé la publication d'une pareille feuille que Dieu a déchaîné tant de maux sur elle.
S'il en est ainsi, on peut dire que Dieu s'est montré bien susceptible.
Quoi 1 l'homme pardonne à ses ennemis [quelquefois), et Dieu ne pardonnerait pas aux siens!
De plus, Dieu le Fils est venu sur la terre pour enseigner aux hommes le pardon des injures, la bonté, la tolérance, et Dieu le père agirait tout différemment!
Non, non, cela n'est pas possible; puisque d'ailleurs le Père et le Fils forment une seule et même personne, ils doivent partager les mêmes opinions.
BAROT (Odysse).
M. Barot (Odysse) a publié chez Germer Baillière des Lettres sur la philosophie de l'histoire, qui sont bien plus politiques cependant que philosophiques.
M. Barot s'est encore occupé de la Naissance de Jésus broch. in- 18, 1864; même libr.). Cette brochure n'est autre chose que le premier chapitre d'une étude critique sur les Évangiles, que M. Barot comptait insérer dans la Revue philosophicjue et religieuse, mais que la suspension de cette revue vint interrompre au début. M. Barot n'a jamais publié ce travail, demeuré jusqu'ici inédit. En faisant paraître cette simple brochure, qui forme le premier chapitre de son travail et en contient le programme, M. Barot (Odysse) a voulu simplement prendre date et revendiquer le mérite, si modeste qu'il soit, d'avoir avant MM. Renan, Peyrat, d'Eichtal, Larroque, Havet, attiré l'attention de la critique rationaliste sur les Évangiles et la divinité de Jésus-Christ.
On sait les désagréments que la délicate attention de
la critique rationaliste a attirés à la seconde personne de la très-sainte Trinité.
Cette pauvre Trinité joue vraiment de malheur depuis quelques années.
La première personne est constamment attaquée par les impies.
La seconde est malmenée par les savants, et la troisième en est réduite à roucouler tristement en planant au-dessus de ses deux soeurs... hors de portée de fusil...
BARRIER (Le docteur F.).
M. Barrier est mort au printemps de l'année 1870 à Montfort-l'Amaury.
Sa mort a été une grande perte d'abord pour l'école sociétaire dont il était un des chefs, ensuite pour la médecine dont il était une des illustrations', enfin pour les malheureux dont il était le bienfaiteur et la Société protectrice de l'enfance, institution qui rend d'immenses services à la société, et dont il était le président et l'un des fondateurs.
Je ne parle pas de sa famille et de ses amis... Tous ceux qui l'ont connu garderont toujours religieusement son souvenir.
M Barrier était un de ces hommes profondément convaincus, intelligents et tolérants, auxquels personne ne peut refuser l'admiration et le respect.
De tels hommes ont toujours été très-rares; maintenant ils sont presque introuvables.
Sous le titre suivant : Principes de sociologie (Paris,
1867, 2 vol. in-8), M. Barrier a publié un très-important ouvrage, dans lequel il expose la doctrine de Fourier en comblant les lacunes qu'elle présente, en la revêtant de la forme scientifique qui lui manque dans les écrits du maître, et surtout en la dégageant des excentricités et des absurdités mirobolantes sur lesquelles on la juge malheureusement trop souvent.
L'ouvrage de M. Barrier est un traité complet de philosophie fouriériste , traité très-clair, très-méthodique, très-agréable à lire, et dont certaines parties semblent plutôt être l'œuvre d'un positiviste que d'un phalanstérien. (Voyez notamment les chapitres sur l'immortalité de l'âme, le doute et la négation.)