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L'Ame des Ruines

Me voilà donc, au soir tombant et sous la pluie, dans les ruines de Gerbéviller-la-Martyre, qui cherche les religieuses portées à l'ordre du jour de l'armée par le général de Castelnau.

— Vous voulez voir la chère sœur Julie ? Il n'y a

tuerie d'une trentaine d'hommes, femmes et enfants, la capture de nombreux otages, les barbares ont procédé à l'incendie métliodique au pétrole, rue par rue, de toutes les maisons, et c'est à ce sujet que je vous livre un souvenir.

Pendant cette soirée du 24 août, alors que ma douleur dominant encore ma rage, je regardais flamber ma maison, pensant à tous les précieux souvenirs de famille que les flammes consumaient, un officier allemand jeune, correct, parlant bien français, s'approche de moi et, joignant les deux mains dans un geste de pitié compatissante, me dit par deux fois : « Votre pauvre pays ! », puis, se penchant à mon oreille ; k Ça, c'est du vandalisme » .

D'' Ladre VOIT (Nancy).

UN VOYAGE EN LOURAINE EN OCÏOUllE 1914 29

pas à vous tromper. C'est la maison qui reste, en montant, à votre main droite.

La maison qui reste ! La voici : une maison sans cachet, mi-paysanne, mi-bourgeoise, et la salle à manger, où j'attends quelques minutes la sœur, est ornée d'une suspension en camelote de bazar. Je suis bien content de cet ensemble sans grâce, commun. Je vais voir en pleine vie médiocre un fruit né de la circonstance.

Mais voici M""-' Julie Rigarel, en religion sœur Julie, celle-là môme que le général a glorifiée, que le préfet est venu embrasser, à qui le sous-préfet a conféré provisoirement tous les droits du maire.

— Ma sœur, avec un grand respect, le président de la Ligue des Patriotes vous salue.

Et j'e.\pliquc à la noble femme que je parcours la Lorraine pour me renseigner sur les vilenies des Allemands et sur les mérites de mes compatriotes.

Je distingue mal ses traits, dans la faible lueur que donne la petite lampe à pétrole de la suspension. Je vois seulement que c'est une personne un peu forte, débrouillarde, pariant vite, avec beaucoup d'accent, pareille k toutes les religieuses et à beaucoup de dames de nos petites villes, mais demeurée plus rustique et rayonnante de bonté.

— Mais qu'est-ce que j'ai donc fait pour qu'on s'occupe de moi ça! Les sœurs de Saint-Charles sont hospitalières, je ne devais pas agir autrement.

Les sœurs de Saint-Charles! la congrégation lorraine par excellence, une vieille fondation de notre duché. De par leurs lettres patentes, du .\vu« siècle, elles avaient mission de prier pour la conservation et la prospérité de la maison de

Lorraine. Elles viennent de bien servir Thonneur du peuple lorrain.

— Soit! ma sœur, vous n'avez rien fait qui soit extraordinaire pour une sœur de Saint-Charles. Mais des choses extraordinaires, vous en avez vu.

— Ah 1 j'en ai vu! La grande fusillade et le bombardement, ce fut le 25 août, de 9 heures du matin à 9 heures du soir. Dans la nuit du 23 au 24, on nous avait envoyé des petits alpins pour défendre le passage. Une cinquantaine, et si jeunes, des enfants. Ils se battaient. Nous recevions des bombes, des balles. Le maire leur dit : « Mes enfants, vous ne pouvez rien, ils sont trop nombreux. Et vous allez exposer le village. » Us répondirent doucement : « Le général nous a donné l'ordre de tenir jusqu'au bout. » Et ils tinrent jusqu'au soir, où l'infanterie allemande arriva dans le centre de la ville. A ce moment, ils réussirent à se glisser à ras de terre et puis par-dessus les murs du cimetière, sans que les Allemands les vissent. Alors ceux-ci s'en prirent aux gens de la ville. Us entraient dans chaque maison en frappant et en chassant tout le monde. Un officier arriva chez moi avec des soldats. Il monta chez mes blessés. Les pauvres petits tremblaient. Et moi je me suis mise entre eux et lui et je disais : « N'y touchez pas, ils sont blessés ». Alors il allait à chaque lit et jetait, lui-même, la couverture à terre, pour voir les pansements. Il avait un revolver dans une main et un poignard dans l'autre. Je le suivais, je le précédais. Ah ! j'étais effrontée. J'en suis encore étonnée. Comment ai-je osé? Je ne savais pas alors qu'ils étaient en train de tuer et

de martyriser dos femmes, des enfants dans le village.

Elle me donne des détails sur les crimes des Allemands contre les personnes, et, soudain, épouvantée par les images qu'elle réveille :

— Croyez-vous qu'il reviendront? me dit-elle. Oh ! j'ai peur!

Cette interruption est bien belle; elle laisse voir la nature sous l'excellence de la religieuse.

— Ils vous ont épargnées, vous et vos religieuses, ma sœur?

— Je soignais leurs blessés comme les nôtres. C'est nion devoir de sœur de Saint-Charles. J'ai le droit de préférer les nôtres, mais, eux, je les soignais également. Tenez, le 23 août, nous avons eu 258 blessés prussiens, et personne pour les soigner. « Et vos majors? leur disions-nous. — Ils nous ont abandonnés. » Nous les pansions. Nous ne savions rien faire de savant. Il y en avait un, ses deux doigts pendaient : je les ai coupés avec mes ciseaux. C'est à Roselieures surtout qu'ils ont été massacrés par notre 7o. Ils n'avaient plus de mollets, plus de joues, plus de côtes.

— Se plaignaient-ils?

— Non. Ils disaient : Ça me brûle. Ils étaient entrés à Gerbeviller, le 24 août, le soir, je vous l'ai dit. Eh bien! le 28, à 5 heures du soir, les Franrais rentraient. Vous pensez quelle lutte, et qui a duré, sans discontinuer, jusqu'au 13 septembre, à 8 heures du soir. C'était la bataille toujours, le duel d'artillerie, la mitrailleuse surtout, ce que nos gens appellent le moulin à café.

La sœur me donne un tas de renseignements que je laisse glisser à terre pour recueillir seulement

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ce qui me la fait connaUre elle-même. Ce n'est pas le désastre de Gerbevlller que je lui demande : j'ai vu les ruines ,: et ce n'est pas non plus le récit du combat : il faudrait le placer dans l'ensemble des opérations. Je suis venu pour la voir, elle-même, pour voir une personne qui possédait à son insu une puissance héroïque et qui s'est révélée dans un mouvement d'enthousiasme quand cela fut nécessaire.

— M. le curé, me dit-elle, avait été emmené par les Allemands. L'église brûlait. Alors l'idée m'est venue soudain que le ciboire était en danger. J'ai couru le prendre dans le tabernacle, je l'ai apporté ici, et m'étant mise à genoux, je me suis communiée.

Ici, dans cette salle, sous la suspension dorée ! Ce tableau m'explique la sœur Julie : une nature excellente, formée divinement. Je me trouve en présence d'une personne de la campagne, pleine de bonté et d'esprit pratique, mais tout cela rehaussé par le sentiment mystique.

Tandis que nous causions, d'autres sœurs, des infirmiers, des officiers, des soldats et puis des éclopés, des réfugiés, parmi lesquels des enfants, et quelques-uns des pauvres habitants revenus dans les ruines sont entrés, l'un après l'autre. Ils m'expliquent qu'ils ont fini d'enterrer les morts de la bataille et que le lendemain matin, au milieu des tombes, on dira pour eux une messe en plein air. Us me demandent d'y prendre la parole; la sœur Julie insiste, et moi, j'en décline l'honneur, non que je veuille m'épargner un petit effort pour des gens qui se sont fait tuer, mais parce que je me sens indigne d'un si grand rôle réservé dans mon esprit

B\Hl;^;^

La petite flile folle.

aux prùtres, aux soldats, à ceux qui ont souffert.

— Vous auriez fait jilaisir à tous.

Ce mot de la sœur Julie me poursuit dans l'obscurité où je me retrouve, tandis que la voiture, une fois encore, nous fait traverser les ruines et court vers Lunéville. Je songe au service qu'elle nous rend en manifestant la générosité morale de notre nation auprès des horreurs allemandes. C'est par elle que l'on comprend le cri de l'orateur sacré : « Les mains élevées vers le ciel enfoncent plus de bataillons que les mains armées de piques et de lances ». Il est certain que cette religieuse qui soigne les assassins eux-mêmes sur le lieu de leurs assassinats, et quand elle est la fille et la sœur des victimes, vous a une autre allure dans Gerbeviller que les Ivrognes sur le charnier dans Raon. Souhaitons qu'elle soit vue dans les décombres de sa ville, cette àme rayonnante de femme française, par les Américains et parles nations neutres qui balancent entre la France et l'Allemagne. Mais qu'avais-je besoin, tout à l'heure, d'opposer à son désir mes scrupules! Elle a organisé une belle cérémonie: elle trouve que mes litres, quels qu'ils soient, y ajouteraient quelque chose ; je n'ai qu'à lui obéir. Retournons à Gerbeviller. J'y retourne et je lui dis :

— Ma sœur, c'est entendu. Je vais coucher à Lunéville, mais demain à i) heures bien exactement, je serai de retour et vous rejoindrai, pour la messe, sur le plateau, entre Gerbeviller et Moyen.

G. — Le maire-otage.

En arrivant à Lunéville, dans la nuit la plus noire d'une ville sans lumière, j'étais allé chercher

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à sa mairie mon vieil ami Georges Keller, pour que nous dînions ensemble à l'hôtel. Hôlel entièrement vide, depuis que les officiers prussiens en ont été décampes.

Dans la grande salle, nous voilà seuls en face d'un petit repas de conserves, et tard dans la soirée le vaillant patriote lorrain, sans s'étonner, sans y mettre d'émotion ni de couleur, à peine quelque humour, nous explique d'une voix un peu traînante comment ça s'est passé.

— En 1870, nous les avons eus trois ans; cette fois-ci, je crois que nous en serons quittes pour ces trois semaines.

Il m'en fait le récit. Les Prussiens sont entrés le samedi soir, 22 août, et partis le samedi matin 12 septembre.

— Ils nous ont coûté douze personnes tuées et cent maisons incendiées, et puis 350.000 francs de contribution de guerre. Moi, comme maire, j'étais otage, j'étais responsable; il n'y a pas à dire, j'étais dans leurs mains, à la merci d'un incident. Aussi tous mes concitoyens étaient parfaits pour moi, pleins d'attention ; quand j'étais prisonnier, on m'envoyait des petits plats, mille gâteries. Je sentais avec un profond plaisir l'amitié^, la reconnaissance de tous pour leur maire.

— Keller, il y a déjà un mois de tout cela. La reconnaissance dure toujours?

Il rit. Nous rions, et le lecteur avec nous. Mais tous, nous avons beau faire les sceptiques, nous savons que ce sera un beau titre que de s'être bien conduit pendant la grande guerre de la Revanche.

Vous aimeriez, n'est-ce pas, que je vous trans-

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crive ici ce que jai entendu toute la soirée, l'histoire de Lunéville sous les Allemands, racontée par son maire. C'est, en effet, dans tous ses détails, un enseignement du plus haut intérêt. Mais je crains d y glisser des erreurs de mémoire qu'on attribuerait à Keller, et mieux vaut qu'à son heure il publie luimême ses notes. Un conseil, toutefois ! qu'il ne s'en tienne pas à nous raconter que la viande, l'épicerie, le beurre, les graines alimentaires, et, pendant deux jours, le pain ont manqué ; que, faute de gaz, d'électricité et de pétrole et les bougies étant rares, il fallait s'éclairer avec de l'huile comestible. Keller, ce qu'il y a de bien, c'est votre solidité d'àme et celles de vos concitoyens. Le préfet Mirnian dans son rapport officiel, écrit : « Le premier jour, M. Keller, industriel, maire de Lunéville, et douze de ses concitoyens, ont été pris comme otages, et ils n'ont été relâchés qu'au bout de dix jours; dans la suite les otages, quotidiennement fournis, répondaient de la sécurité des troupes allemandes. M. Keller a fait jusqu'au bout, non sans péril, tout son devoir, avec un sang-froid et une dignité audessus de tous éloges. 'Voilà le schéma. Nous voudrions avoir la série des faits et des émotions par lesquels vous avez passé et qui justifient ce beau témoignage d'un digne préfet radical à un maire nationaliste, d'un patriote à un patriote.

Keller n'était pas maire de Lunéville avant la guerre. Il appartenait à la minorité du Conseil municipal. Soudain au début du mois d'août, le poste devient libre. Pourquoi tous se tournent-ils vers lui? Pourquoi accepte-t-il quand l'heure est périlleuse ? Parce que quarante-quatre ans auparavant, en 1870-71, son père a tenu avec excellence ce

haut posle et que tous sentent le fils qualifié pour répéter la belle conduite du père.

C'est émouvant de voir comment la cité, la nation, la grande et la petite patrie, aux heures périlleuses, se resserrent, se coordonnent, font un seul être, doué de mémoire, et appellent les morts eux-mêmes aux délibérations des vivants. Ah ! comme tout devient intelligence, beauté, bel ordre, quand l'intérêt collectif et l'intérêt individuel se confondent !

Keller a connu sous toutes ses formes le rôle d'otage. Il a été gardé au fond d'une chambre; il a été promené comme un bouclier au front du régiment. Un soir un officier le prie d'entrer au corps de garde et là :

— Monsieur le maire, voudrez-vous nous servir de guide pour sortir delà ville?

— Oh ! c'est bien simple, vous n'avez qu'à suivre les rails du tramway-

— Non, veuillez marcher devant.

Deux hommes se placent à sa droite, à sa gauche, le revolver au poing. Il s'en va, ainsi encadré, voué à une mort immédiate si quelque incident se produit. C'est un poste d'honneur. Mieux que personne, il représente sa ville. Tout de même, en rase campagne, il voudrait s'en aller. « Non, monsieur le maire, il faut continuer ». Au bout d'un temps il s'insurge :

— Je ne suis plus jeune, je n'ai pas l'habitude d'aller de ce train.

— Oh! monsieur le maire, dit le chef, il y a quinze jours que je n'ai pas couché dans un lit. Vous n'avez pas le droit de parler de fatigue.

Et l'on continue.

La scène nous donne une faible idée des trois

semaines que Keller a passées, toujours à la merci de la fantaisie honorable d'un patriote militant et, plus encore, mis en danger par les hallucinations des Allemands obsédés de peur et criant soudain qu'on leur tire dessus.

Enfin, ils partirent. Et ce jour-là, pour une dernière fois, ils emmenèrent avec eux Keller qui devait leur servir de gage jusqu'à ce que le dernier soldat fût en sécurité.

— Je marchais, comme d'habitude, au premier rang. A quelques kilomètres de la ville, le général me dit : « Monsieur le maire, vous êtes libre, et je vous félicite de la dignité avec laquelle vous avez accompli votre devoir. » Il me tendit la main, il fallut bien y mettre la mienne. Vous pouvez croire que je manquais d'élan. Ils m'ont laissé là sur la roule. Le temps était beau, je suis revenu à pied. En cheminant qu'est-ce que je vois? Deuix soldats allemands entourés de femmes et d'enfants. « lis veulent être prisonniers, » me dit-on. Ah! non, gardez-vous du piège! Qu'un civil fasse un acte de guerre et les Prussiens reviendront nous fusiller et nous briller. Je ne m'en mêle pas. « Mais au moins, dis-je à ces deu.x soldats, vous n'allez pas faire du mal à ces femmes et à ces enfants ? — Nous n'y pensons pas me répondirent-ils avec indignation. Et les enfants, les femmes criaient : « Ils n'y pensent pas. — Ma foi, dis-je embarrassé, je ne vous arrête pas, mais si vous voulez venir avec moi... »

Et c'est ainsi que les bonnes gens de Lunéville, émerveillés, ont vu leur maire, qui était parti, le matin, prisonnier des Prussiens, revenir, au soir, sa canne à la main, avec deux captifs.

L'histoire n'est pas mauvaise. Elle est loin de

VOUS donner l'essentiel de l'intérêt que je trouvais à causer avec mofl ami Keller. Mon plaisir profond, tandis que je l'écoute et le regarde, dans cette salle où je crois encore respirer l'odeur des Prussiens, c'est de voir un fils qui renouvelle à un demi-siècle de distance la conduite de son père ; c'est d'admirer un galant homme, un industriel estimé de tous, mais que rien ne désignait pour jouer dans la vie les héros, tenir ce rôle à merveille, au premier appel, au premier coup de clairon du destin. Et autour de lui, avec une pareille aisance, tous ses concitoyens ont fait leur devoir comme leurs pères en 1870, comme leurs aïeux, d'âge en âge.

La lutte contre les gens d'outre-Rhin, voilà notre esprit profond, le foyer de notre vitalité, à nous gens de la rive gauche. Et l'on s'en assure, on en reçoit d'adrtiirables clartés, si, quittant le monde qui raisonne, on se plonge dans le monde du sentiment et dans le peuple instinctif.

Sur la promenade, au Champ de Mars de Lunéville, un petit monument s'élève où l'on peut lire : a Le 21 août 1870, les Prussiens ont fusillé J.-J. Gigant. Ils le savaient innocent ! » Cette inscription me dispense de vous raconter une histoire. Vous comprenez que ce monolithe commémore une atrocité accomplie, il y a près d'un demi-siècle par l'ennemi héréditaire. Et là, dans le moment où j'étais à Lunéville, une couronne venait d'être déposée sur cette pierre de souvenir avec ce mot : « Mon Dieu, ayez pitié des Français qui vengent mon père. » Est-ce assez beau et jailli, à la fois, du cœur d'une enfant et du cœur de la race?

Cette ardente prière, à laquelle en passant chacun .de nous s'associe, a exactement la qualité, la force

qui éclate dans les deux plus belles lettres que j"ai lues depuis le début de la guerre, et qui furent écrites par deux femmes lorraines, l'une paysanne de Moyen, l'autre paysanne de Moncel, qui sont des villages auprès de Lunéville, et toutes deux criaient vengeance, comme la femme sculptée par Rude, dans son groupe du Dépari, avec une bouche violemment ouverte. « Nous te disons que tu sois fort et que lu ailles les venger, » dit la jeune fille de Moyen. « Tu peux faire part de celte lettre à tes camarades pour que tous les soldats puissent nous venger », redouble laji^une femme de Moncel.

Femmes admirables, témoignage de la vitalité puissante de nos campagnes, signe de ce qu'il y a chez nous de plus intuitif et de plus inspiré, qu'elles sont belles quand elles ramènent leurs fils, leurs frères, leurs maris au combat contre l'ennemi héréditaire et leur font jurer fidélité à la loi de leur race! Voilà le fond lorrain, la nappe d'eau vive d'où sortent nos réflexions et notre spontanéité.

...Je m'arrête, je m'éloigne trop de Keller. Voilà un instant que je n'entends plus ce qu'il me dit sur la manière, à la fois ingénieuse et régulière, dont il procédait à ses réquisitions. Est-ce donc que je m'endors? Non, ce qui m'entraîne en songeries, c'est l'émotion, le plaisir puissant de voir un bourgeois, un notable, un administrateur accordé étroitement avec ce qui vit, et palpite, de toute éternité, dans les entrailles de cette terre d'invasion.

— Mon cher Keller, voulez-vcus que nous allions ensemble, demain matin, à cette cérémonie pour les morts sur le plateau de Gerbéviller?

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