NOTRE-DAME DE PITIÉ DANS LA WOEVRE
19 avril 1015.
Des voies indirectes ont amené entre mes mains une lettre écrite par une religieuse de l'hospice d'Elain, la petite ville lorraine la plus populeuse de la Woëvre. Etain, la Woevre, et tous ces villages des alentours où s'accumulent maintenant les tombes de nos amis, quels noms de sonorité tragique! Sont-ce les images qui se lèvent de ces terres douloureuses d'étangs et de forêts 7 est-ce la simple beauté de cette narration? Je fus ^mu comme d'un véritable évangile de charité et de patriotisme.
Dans le silence de la Lorraine, une fois encore piétinée et livrée aux malheurs de la guerre, c'est quelque chose de frappant, une pensée qui nous vient d'Etain et de son hospice des pauvres. Elle intéresse l'imagination de celui qui sait que cette petite ville a pour gloire de servir d'écrin à la Notre- Dame de Pitié, au chef-d'œuvre où le vieux sculpteur Ligier Richier, affligé par des désastres qui sont de période en période la part de la Lorraine, exprimait, il y a quatre siècles, notre misère et notre conGance.
Au milieu de ses prairies, la petite ville dresse ou
dressait une église charmante, aux vieux vitraux, anéantis à cette heure, qui renferme ou renfermait une statue de Notre-Dame de Pitié, une paysanne lorraine tenant sur ses genoux un mort. Sublime déification de la douleur, installée sur un ossuaire du xvi» siècle. Dans cette belle forme, dans cette Vierge associée à toutes les souffrances de la Woëvre, reposait, un peu délaissée, la pensée éternelle de la Lorraine.
Aujourd'hui, elle ne s'est que trop dilatée, manifestée, imposée à tous, cette pitié, cette figure de compassion. Nous la voyons sur tous les tertres de notre pays. Il n'est pas un de nos humbles villages où nous n'ayons à dresser un autel du souvenir. Voici Lionel des Rieux, le poète, tombé, enseveli à Esnes ; Marcel Drouët, de qui la tombe s'appuye au chevet de la petite éghse accrochée à la coUine de Samogneux; Emile Nolly, mort à l'ambulance de Blainville ; Paul Vial, frappé d'une balle en plein cœur dans le bois de Saint-Mansuy, près de Lunéville ; Jean Martin, élève de l'Ecole Farnèse à Rome, mort pour la défense de la Mortagne et de la Moselle, à Gerbéviller. Je m'arrête, je n'ai pas le droit, peut-être, en saluant mes plus proches, de paraître oublier des milliers de héros.
Mais dans le moment même où s'augmente ainsi le douloureux trésor de l'héroïsme en Lorraine, que deviennent les images que nous en avions? Que deviennent les chefs-d'œuvre de Ligier Richier en qui les âmes de ces vivants et de ces morts étaient prophétisées, héroïsées et consolées ?
Je l'ignore '. Si les merveilles de pierre sont bri-
) A l'heure où je corrige ces épreuves, ou sait par un