‹ La Lorraine dévastéeChapitre 14 sur 37 · NOTRE-DAME DE PITIÉ DANS LA WOEVRE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE PITIÉ DANS LA WOEVRE

sées, la vie multiplie ses chefs-d'œuvre en action. Ecoutez l'histoire de Ihospice d'Etain et son exode racontés par une religieuse, dont je respecte la pensée en me bornant à quelques suppressions : « Le 24 août, nous avons subi le bombardement, dirigé en particulier contre notre maison, pendant vingt-deux heures que nous avons passées à la cave, en compagnie de notre Maître adoré. Il nous semblait être dans les catacombes de la primitive Eglise. Cette nuit de frayeur et de délices restera pour chacune de nous un éternel souvenir damour et de reconnaissance envers Dieu. C'est miraculeux que nous soyons restés fous vivants, sans aucune blessure. La maison a été frappée par plus de 200 projectiles. Le soir du 2b, nos deux gamins (deux orphelins hospitalisés) s'amusaient à ramasser dans nos chambres, en quantité, les balles de mitrailleuses et les éclats d'obus. Quand les majors sont arrivés dans l'après-midi, ils étaient tout surpris de nous retrouver tous et la maison debout, grâce à Dieu.

« Les 26, 27, 28, nous avons été très occupées, nuit et jour, à soigner les blessés ; nous ne savions de la ville qu'une chose, c'est que l'incendie la dévorait sans cesse.

« Nous avons passé cette longue semaine au milieu des incendies, ne voyant nuit et jour que flammes, n'entendant que leur crépitement. Restait-il dans la ville une vingtaine de personnes disséminées, c'était tout. Nous ne nous sommes aperçues de notre isolement qu'après le départ des blessés.

volume de M. Paul Clcnien, que les Allemands ont transporté à Melz Notre-Uame d'Elain ainsi que le Retable d'Haltonebatel.

o4 LA LOKRAIXE DEVASTEE

Nous avions ignoré l'ordre d'évacuation. Dans le sanve-qui-peut, chacun ne pense qu'à soi, et c'est trop naturel. Le lendemain, on était bien venu nous offrir une ou deux places sur une voiture, j'ai refusé poliment. Nous ne pouvions partir sans nos vieillards, qui sont notre famille.

« Après le départ desbie.ssés, nous nous sommes risquées à aller jusqu'au cimetière, sur les tombes r Jcentes des militaires, et nous nous sommesrendues compte du triste état de la ville. Ce spectacle navrait le cœur. Ce que les bombes et le feu avaient épargné, le pillage le ruinait. Ah ! le pillage ! Ces portes enfoncées à coups de hache, ces objets jetés çà et à, ces meubles brisés! Le cimetière était très abîmé, certaines tombes, pulvérisées complètement.

« Au milieu des tristes ruines de toute la ville, nous nous estimions privilégiées de pouvoir habiter notre maison, où nous pouvions facilement vivre quatre ou cinq mois sans le secours de personne. Le 29, de grand matin, j'entends des galops de chevaux. « Qu'est-ceci? Il n'y a plus de chevaux dans la ville. » Je regarde prudemment derrière le rideau, j'aperçois une patrouille de uhlans examinant la maison avec un air de contentement. Ne voulant pas laisser nos sœurs dans l'embarras, je descends précipitamment et me présente à ces beaux sires, leur demandant ce qu'ils désirent : mais le chef, saluant poliment, me prévient et me dit en bon français, sans accent : « N'ayez pas peur, nous ne vous ferons rien, non, nous ne vous ferons pas de mal. » — « J'y compte bien, monsieur. » Il me demande alors ce qu'est la maison, s'il y a des blessés français, allemands ; où habitent M. le maire, les adjoints, où sont les concitoyens, etc..

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