XOTRE-DAME DE PITIÉ DANS LA WOEVRE
en eussent fini avec toutes choses, mais ils re,i,'ardaient devant eux avec un long regard de douceur et d'acceptation. Et maintenant, leurs grandes actions, comme des âmes flottent sous le ciel de Lorraine pour jamais.
Qu'importent des chefs-d'œuvre détruits ! L'essentiel est sauvé, augmenté. Est-il permis, quand il s'agit des destinées du royaume lui-même de plaindre le diadème égaré et le sceptre rompu ? Quand la Lorraine, corps et âme, a failli sombrer, veut-on s'intéresser au sort des antiques épaves de son trésor national ? Le sépulcre de Saint-Mihiel, le rétable d'Hattonchâtel et la Pitié d'Etain. les reverrons-nous après le retrait du flot barbare? Circonstance secondaire. Plus que jamais la pensée qui les inspira, la destinée lorraine que ces pierres sculptées traduisaient s'affirme et crie sa gloire.
Je me rappelle les jours heureu.x où j'allais, des Côtes de Meuse à la Woëvre, visiter ces débris dune œuvre géniale. Je l'admirais, certes, et je pensais que Ligier Richier en comi>létant Claude Gelée nous permet de dire que le génie lorrain, trop vite interrompu, marque un point de perfection entre les pays latins et germaniques. Mais cette œuvre du grand sculpteur nous semblait un peu tendue et privée de simple vérité. Pauvres gens que nous étions, prisonniers de l'heure qui passe, incapables de nous souvenir et de prévoir ! Nous ne voyions pas qu'elle était un mémento et une prophétie, et nous passions auprès de ces états de crise fixés dans la pierre, sans comprendre que ce qui s'est vu se reverra.
C'est en descendant les sentiers fleuris, bordés d'arbustes et pareils à des allées de parc, qui
mènent dHattonchâtel à Vigneulles et des Côtes de Meuse dans la Woëvre, qu'enivré du charme des matinées lorraines j'accusais le grand Ligier Richier d'excès de tragique et de trop de douleur. Ecartons ces branchages, ces vaines minutes rapides du printemps. Par-dessous, voyons notre terre et sa destinée éternelle. La voilà! C'est bien celle que la grande àme de Ligier prophétisait, il y quatre siècles. Je te reconnais. Les siècles n'ont point changé. Tu es toute en calvaire glorieux et en sépulcres de résurrection.