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L'ASSASSIN DÉGRISÉ

(un récit de la soeur JULIE DE GERBÉVILLER) '^.

12 jiiillel 1915.

En décembre dernier, la commission chargée par le Gouvernement français de constater les crimes des Allemands, « les actes qu'ils ont commis en violation du droit des gens », avait publié son rapport, en ajournant d'y joindre les procès-verbaux, les dépositions et les documents divers sur lesquels ellesefondait : ellecraignait qu'un retouroffensifdes Allemands n'exposât ses témoins à leur vengeance. Aujourd'hui, les Allemands ne briseront plus la barrière de nos soldats. La commission achève de parler. Je viens de recevoir tous les procès-verbaux qui se rapportent à l'enquête dans les départements de Seine-et-Marne, Marne, Meuse, Meurtheet-Moselle,, Oise et Aisne.

Voilà les faits largement étalés, brutalement jetés à la pleine lumière. Il reste à les punir. Et puis à les comprendre.

Pourquoi ces excès d'horreur?

BvilHKS

l'i,. VI.

La Sœur Julie (adossée à l'église de tierlii-villpr, trouée par les obus) .

l'assassin UKGRISK d21

Les l'russiiMis voulaient porter la terreur devant eux. Ils voulaient jeter des populations toutes sanglantes sur des populations qui tombent à genoux de terreur. Ils prétendaient mobiliser devant leurs bataillons des avant-gardes d'épouvante.

Et puis, la philosophie et une poésie infernale viennent iei à la reseousse de la tragédie et de la tactique. Henri de Treitschke, Chamberlain, Nietzsche, Delbrûck joignent leurs excitations aux conseils de Clauscwitz, de Bernhardi et de von der Goltz. Je viens de lire les dépositions de ceux qui virent de leurs yeux, entendirent de leurs oreilles les effroyables journées de Gerbéviller. c Par la mort et le sang vers la lumière! » « Perfectionnonsnous dans la joie d"ôtre durs ! » Ces devises fameuses de la littérature pangermanique viennent tout naturellement se placer en épigraphes de ces longs témoignages. C'est pour la joie malsaine d'opprimer les faibles et d'exterminer l'esprit latin, plutôt que dans un intérêt proprement militaire que les Allemands se ruent dans Gerbéviller, où il n'y a plus de soldats, brûlent quatre cent cinquantecinq maisons, et abattent à coups de fusils les habitants. Tels que nous les voyons dans cet enfer, ils sont menés par leur professeur de lyrisme, plus que par leur professeur de guerre. Jetés au milieu d'étrangers qu'ils tiennent pour une race d'inférieurs, ils jouissent de se libérer de toute contrainte sociale; ils se dédommagent de leur discipline, de leur tension, de leur internement en quelque sorte. « Ce ne sont plus que meurtres, incendies, viols joyeux. La superbe béte de proie blonde reparaît... » Ils libèrent leur délire.

Jcdonneàla commission d'enqu6le,à MM. Payelle,

MoUard, Maringer et Paillot, un documenl que j'ai en ma possession, un témoignage qui leur a échappé contre les Bavarois à Gerbéviller. Il jette un complément sinistre de lumière sur ces âmes de « grands civilisés ».

Mais d'abord que vaut-il et comment se trouvet-il dans mes mains?

Il m'est transmis par un compatriote lorrain qui m'écrit :

' «...Je sors de Gerbévillor. Je suis allé demander à sœur Julie les clefs de l'église pour la visiter.

«Elle m'a parlé d'une nouvelle découverte qu'elle venait do faire, et, comme elle n'osait pas vous écrire, je l'ai priée de me confier ses notes, avec promesse de vous les faire parvenir.

Le témoignage que j'apporte consiste donc en une note autographe de sœur Julie. Sans y changer une virgule, je la verse dans le dossier de l'histoire qui n'en possède pas de plus accablante à la charge delà culture allemande.

Le 24 août 1914, les Allemands ont fusillé quinze civils de Gerbéviller, par groupe de cinq, au lieu dit : la Presle, environ à un kilomètre de Gerbe' viller, sur la route de Lunéville.

Pendant les préparatifs de l'exécution, le général Clauss, commandant le LX» régiment d'infanterie de Bavière, était assis sous un gros frêne, près d'une table sur laquelle se trouvait du Champagne, à peu près à trente mètres du but de l'exécution, et il avait donné l'ordre de commencer le feu au moment où il lèverait son verre.

L'ordre fut exécuté.

C'est un soldat allemand qui a donné ces détails à M. Nicolas Rozier, conseiller municipal à Gerbe-

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viller, le -24 août I9li, le jour même du feu et sang dans notre malheureux pays.

Sœur M. Jrui-.

Cerbéviller, 14 juin 1913.

LcWIessus, on s'arrête. Quel est ce cauchemar? Se peut-il que l'Allemagne rêveuse en soit venue là? Précisément. Elle a gardé son aptitude inouïe à se laisser persuader et mener par des rêves. C'est réternelle Allemagne corrompue, fanatisée par sa haute idée chimérique de sa force et de notre faiblesse. Nous sommes là devant une épaisseur massive et brutale de rêverie germanique.

C'est une scène de leur Walhala qu'ils sont venus installer dans cette douce prairie de la Mortagne.

Ce chef qui, le verre en main, donne le signal de massacrer sans jugement les civils sans défense, croit représenter les puissances éternelles d'ordre, de santé, de vitalité vierge, venant écraser et balayer le désordre, le mensonge, les résidus dune race épuisée.

Le général Clauss, ses officiers et ses soldats, empoisonnés de boisson et de toutes les excitations, sont perdus dans l'épaisseur de leur rêve pangermanique comme d'autres le furent dans les constructions de Hegel et dans l'océan musical de Wagner. Ils sont là, saturés d'idéologie, séparés de la réalité, enfermés dans leur nuage criminel, et ils frappent en justiciers une certaine France imaginaire, une nation qu'ils tiennent pour inférieure et infâme.

Mais enfin ce sang innocent qui coule ne va-t-il pas les réveiller?

Le soldat qui fit à M. Nicolas Rozier la confidence que nous relate sœur Julie semble bien avoir été troublé, sinon offensé, par l'attitude de son général. Plus sûrement encore, cet officier allemand, «jeune, correct, parlant bien français », qui, au milieu de l'incendie, s ipprocha d'un Gerbévillois, le D' Labrevoit, et lui dit à l'creille en joignant les deux mains : « Voire pauvre pays ! » Mais l'un et l'autre limitent leur sensibilité en reprenant le mot frivole et féroce : « Le sang qui coule est-il donc si pur? »

Cette Allemagne, auiU-butde la guerre, intoxiquée par ses chefs d'opinion, croyait combattre au nom du divin un peuple oublieux de ses aïeux, sourd aux inspirations de sa t'-rre, nlayant plus de rêve, n'ayant plus de Dieu.

Le Dieu magnanime des Français, ils auraient pu le rencontrer à deux pas du champ sinistre de leur orgie et de leur massacre, dans l'ambulance de sœur Julie, qui soignait les blessés de l'un et l'autre camp, mais les Allemands ne reconnaissent un Dieu que par les coups qu'il leur porte, et seulement s'il frappe assez fort pour briser leur songe.

Cette heure où les fuia ;es se dissipent en emportant dévalues images. A mesure que la guerre se prolonge voilà que !••> Allemands se mettent à reviser leur idée de la France. La réalité s'impose à leur observation, et 1 on se fait de nous aujourd'hui par delà le Rhin, une image toute différente de celle qui régnait il y a une année.

Que mes lecteurs en jugent par une lettre qu'écrit de Norvège un Français de grande situation et de grand jugement, M. L. de la V... P... directeur d'une importnnte société :

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« Je me suis enlretenu. liit-il avec sept ou huit personnes : savants, baminicrs, ingénieurs Scandinaves revenant do voy;i>,'c en Allemagne. Leur opinion est très curieuse

« Le peuple el l'armée son( aussi enthousiastes que les premiers jours. Les rcvn's ne les abattront pas. Ils se croient le « peuple Crsar ». Ils mettent sur le compte de l'aveuglemint la haine universelle qu'ils suscitent. La bourgeui-ie (finances, commerce, industrie) est au conlraii" très déprimée, très inquiète, mais n'ose pas manifester ses craintes de peur de paraître trahir la cause sainte de la Germanie.

« Les sentiments des lUIemands sont curieux : on a vraiment pitié de la Beigi'iue, on déplore que les nécessités de la guerre aii ut rendu indispensable « tout ce qui s'est passé» c'est inouï, mais c'est dit, paralt-il, dans une épouvantable et naïve bonne foil).

« La Russie est l'objet d Une inquiétude et d'un dégoût caractérisés.

« Tout ce que la haine peut connaître de plus excessif est exprimé sur les \nglais.

o Quant à la France tous mes interlocuteurs me l'ont affirmé dans les menus termes presque, elle inspire aux Allemands une sorte d'étonnement admiratif..., sympathique.... c'est le mot prononcé chaque fois. Ils disent qu'une révélation s'est faite, que personne ne nie plus i-n Allemagne qu'une telle nation a un rôle reliiîienx dans l'Univers. Bref, les Allemands voudrai.nl cesser la lutte avec nous, la considérant presqn.; comme un sacrilège... Il y a une sorte de crainte supertitieuse à notre égard. Notez que c'est, avec l'aireclion en plus, un

peu la même note que donnent les gens de cette Norvège d"où je vous écris.

La France est en quelque sorte aux yeux des neutres et de ses ennemis, une sorte de peuple de Dieu, le porte-drapeau de la justice, du désintéressement, de la bonté, de la paix du monde. Le peuple Christ, quoi? »

Voilà des jugements qui peuvent bien, en effet, venir de Germanie, tant ils sont mêlés de prodigieuse niaiserie. Je les verse à titre documentaire dans le dossier de la guerre que je tiens à jouer sous les yeux de mes lecteurs, parce qu'il est bon pour nous de comprendre ce qu'il y a déjà de changement à notre endroit, chez les Allemands. C'est un aveu d'impuissance qui commence à se faire jour dans cet hommage à la France. Quand la Germanie se réveillera de son rêve mégalomane et qu'elle se sentira dominée, elle tombera tout d'un coup. C'est pourquoi je glisse ce document dans mon exemplaire du rapport sur les atrocités, mais il ne m'en fait rien oublier.

Nous n'allons pas nous laisser attendrir par l'ivrogne assassin quand l'inquiétude commence à le dessoûler.

CHAPITllE VII

DES VILLAGES PLEIiN'S DE SOUVENIRS ET PLEINS D ESPÉRANCES

3 septembre I91G.

Je viens d'assister en Lorraine, avec des milliers de Lorrains, de soldats et d'officiers de toutes les régions, à la commémoration des combats qui, en couvrant la trouée de Charmes, permirent la réussite des vingt batailles accotées qui constituent la victoire de la Marne.

C'était au début de la guerre. Après avoir pris l'offensive jusqu'à Morhange, jusqu'à Sarrebourg, il nous fallait au 20 août nous replier.

Les Allemands durant trois jours marchèrent alors devant eux. sans obstacle, musique en tète. Ils franchirent la Vezouze. puis la Meurthe; ils touchaient la Morlagne... Ils cherchaient à exécuter en Lorraine, sur la droite de nos armées, le même mouvement que tentait contre notre gauche von Kluck ; ils voulaient atteindre la trouée de Charmes et de Neufchàteau. et couper nos forces entre Moselle et Vosges... La Mortagne dépassée, ils se trouveront à quinze ou vingt kilomètres de la Moselle, et qu'ils forcent celle-ci, nul obstacle natu-

rel ne les arrêtera plus. Joffre devra abandonner Paris, se replier sur le Morvan.

Dans cette détresse, que vont faire les deux armées de Gastclnau et de Dubail ?

Le 25 août, par des attaques violentes et méthodiques, étroitement combinées, l'une et l'autre reprennent l'offensive. Pendant dix-neuf jours, du Donon à la forêt de Champenoux, elles déploient ■%n héroïsme invincible, tout en s'appauvrissant perpétuellement d'unités, qu'en dépit de leur péril propre, elles envoient au secours des armées de la Marne.

Ah! péril extrême! Les .allemands s'avancèrent dans la forêt de Charmes jusqu'à Rozélleures, à dix kilomètres de la Moselle, mais enfin, celle-ci, ils ne l'ont ni franchie, ni touchée. Et l'histoire dira que si le généralissime a pu refouler, briser l'offensive allemande et sauver les civilisations variées, c'est grâce à l'irréductible solidité des armées de Lorraine.

Au milieu de ces armées (ardemment appuyés par des frères d'armes venus de toutes les régions de la France) combattaient avec une insigne vaillance la plupart des soldats du recrutement lorrain, et leurs pères, leurs familles, leur patrimoine participaient de leur sacrifice. Allez voir Jes petites villes et les villages des Vosges et de Meurthe-et- Moselle, tout brûlés et ensanglantés!

A Ménil-sur-Belvitte (c'est la bataille du col de la Chipotte) et à Gerbéviller nous avons associé l'éloge des civils à l'éloge des soldats, la gloire des morts pour la patrie à la gloire des villages martyrs pour la patrie. Et qu'il me soit permis de répondre, sans plus tarder, à ces lecteurs qui me

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iloinandent des renseignements sur les tombes cl sur les ruines.

Un grand nombre de ramilles en deuil vivent avec un ardent désir de retrouver leurs morts. Il existe à Lyon un « groupement des disparus des Vosges ». Que tous sachent qu'à cette heure les identification.^ sont encore possibles. Des tombes, dernièrement, viennent d'être repérées qui renferment des soldats français. Et parmi les tombes reconnues antérieurement, beaucoup de morts portent leurs médailles, qui n'ont pas été examinées. M. le curé Collé me disaità Ménil : « L'an dernier, j'ai voulu retirer deux corps ;. je faisais voir leur plaque d'identité au major de l'ambulance; il n'a rien voulu savoir. » Le règlement, en effet, est formel. Mais peut-être, inutilement cruel. Je vais m'efforcer d'adoucir, d'assouplir sa rigueur aveugle. Dans les autres villages du col de la Chipotte, il y aurait encore plus à faire qu'à Ménil, et plus encore, me dit-on, à Gorbéviller et à Moyen. La grande tombe de Moyen, pour la consécration de laquelle j'ai pris la parole en octobre 'l'J14. rassemble cent trois solfiais, non identifiés, qui portent chacun leur plaque. Voilà pour les morts, parlons des ruines. A-t-on commencé de rebâtir nos villages'/ me demandent certains lecteurs. Je réponds que sur plusieurs points, pour que la terre ne meure pas, on a édifié des toits de fortune. Pareilles à ces serments de vengeance et de résurrection, à ces grandes espérances qui se dressent auprès des tombes, des constructions toutes neuves s'élèvent à côté des décombres de Gerbéviller. Quatre cents Gerbévillois y sont rassemblés, femmes, enfants, vieillards, ce qu'il faut de cultivateurs pour empêcher slricte-

M. lUnr.is. "■)

ment le ban de retourner en friche. Avec Mirman et Marin, j'ai visité ces abris provisoires. Ce sont des maisons « collectives » où peuvent tenir plusieurs familles, avec hangars et grenier, et encore des maisons « individuelles », plus coûteuses, réservées à une seule famille. Il en est de divers types; en bois, en fibro-ciment, en aggloméré. On attend que l'hiver ait passé sur elles pour connaître ce qu'il faut penser de chacune. Je ne vois que Sermaize où l'on ait tenté une expérience analogue, mais, sans contredit, de moindre importance.

11 est beau que Gerbéviller soit le meilleur champ d'essai de reconstruction, comme ce fut un des lieux de la plus effroyable destruction. En vain, la foudre, une fois encore, est tombée sur le vieil arbre lorrain. Dans ses branches qui reverdissent, déjà nous distinguons, ainsi que dit le poète, les fleurs et les fruits qui se développeront à la saison suivante. C'est ici que l'Allemagne chercha à réaliser de la manière la plus épouvantable, sur des populations désarmées, le plan qu'hier encore elle exprimait clairement :

« L'Allemagne peut-elle avoir pitié de la France ? Depuis mille ans nous nous combattons. Presque toujours l'Allemagne a été attaquée. Non, l'Allemagne ne doit pas avoir pitié. Sa loi suprême doit être son propre salut. Au nom de cette loi, finissons-en avec la France. Employons tous les moyens, l'ius la France sera affaiblie, plus grande sera notre sécurité... » (Rhein-Weslf. Ztg. 25 août 1916).

Quand une région a subi, comme ces rives de la Meurthe et de la Mortagne, les ignobles traitemenis de la haine allemande, le patriotisme y

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rogne tout puissant. Ici nulle pensée venimeuse, nul souffle de Bocliie ne pénètre. C'est un pays où ne se voit aucune fermentation acide. Ici règne l'atmosphère nécessaire à la victoire : ici sont ignorés les funestes mouvements d'intrigue et de calomnie, au.xquels se livrent ceux qui sont assez malheureux, au cours de cette guerre, pour ne pas arriver à goûter la joie et la plénitude de la fraternité française.

Nos commémorations furent superbes. Les Lorrains possèdent au plus haut degré le culte des morts. Les funérailles des ducs de Lorraine passaient autrefois pour une des trois plus imj)osantes cérémonies qui se célébraient en Europe. Les deux autres étant l'élection de l'empereur d'Allemagne el le sacre du roi de France. Il fallait que dès le début le culte des martyrs et des saints de la patrie se développât avec toute piété et solennité. Ces deux cérémonies delà Mortagne semblent dès maintenant fixées dans une ordonnance parfaite d'émotion et de vérité.

A Gerbéviller, la messe fut dite en plein air, au milieu des ruines, devant une croix de carrefour, et à Mcnil, sur les tombes, au pied d'un calvaire sculpté datant de 1623. Ces vieilles pierres ont vu les atrocités delà guerre de Trente Ans et celles toutes pareilles de 1014. Quelle scène à Ménil, quand le curé Collé, quia fondé l'Œuvre des tombes, se mit à appeler les soldats qu'il avait ramassés, soignés, ensevelis, portés dans ses bras ; quelle scène, le surlendemain, à Gerbéviller, quand le curé Vannât, qui fut accablé de coups et d'outrages par les brutes d'.Vllcmagne et entraîné dans une captivité dont il vient seulement de revenir, se tourna vers

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douze des maisons ruinées au milieu desquelles il officiait et, les mains dressées au ciel, appela par leur nom successivement chacun des martyrs.

En quittant les décombres de la ville, le cortège se dirige vers le sinistre vallon de la Presle où quinze habitants furent froidement entraînés et fusillés sur le signal qu'en donna le général bavarois Kraus en levant son verre de Champagne. Et pour Icrminer ce calvaire de gloire et d"horreur, nous sommes allés sur le haut plateau, au milieu des tombes militaires où gémit inlassablement le vent de Lorraine.

Voilà une tradition créée, voilà un parcours qu'à travers les siècles les générations devront toujours accomplir, voilà des appels sanglants que le chef de la paroisse devra lancer aux quatre coins de la ville reconstruite, afin que nul n'oublie jamais l'ignominie des populations d'outre-Rhin et la nécessité que la France soit forte si elle ne veut I)as être insultée et assassinée.

A tous ceux qui les suivirent, ces deux journées de la Mortagne ont laissé la plus profonde impression. Elles étaient pleines de souvenirs et d'espérances. L'esprit là-bas ne perd jamais sa communication avec sa source, et dès maintenant ces populations vaillamment ont reconstruit dans leur cœur la Lorraine, et s'apprêtent à recommencer le cours d'une existence plus belle. Vienne le jour où à Sainte-Geneviève et sur le mont Amance, enfin soustraits au tir de l'ennemi, les Lorrains pourront achever, parfaire la commémoration de leur héroïsme en célébrant la défense du Grand-Couronné de Nancv.

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