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LES VOSGES TRANSFIGURÉES

1" ildcembre 1915.

Pour riMidiv. ;i mon tour, témoignage à nos soldats, je viens daller, comme on pMerinage, sur la crête des Vosges, d'où la vue embrasse de longs espaces pleins dé brouillard et de silence, et dans les petites vallées alsaciennes reconquises par leur vaillance. Qui n"a pas, une fois dans sa vie, parcouru ces vieilles montagnes? Les étapes sont classiques, de Gérardmer à la Schlucht, au lac Blanc par les Chaumes, aux Trois-I"]pis, à Sainle-Odile. •le les ai refaites en partie, et j'ai trouvé ces beaux siles transfigurés. C'est l'impression que l'on éprouve en voyant pour la première fois des camarades en uniforme ou des amies vêtues de la coiffe blanche de l'inflrmiére. Ces solitudes sont militarisées, leurs forets ébranchées, leurs chaumes sillonnés de tranchées et de fil de fer. Des routes serpentent où la veille fdaienl de rares sentiers. Et des convois de toute nature continuellement les sillonnent : automobiles, chariots, mulets, utilisant tous les couverts pour relier l'arriére à nos troupes combattantes.

Un des points d'oi'i l'on peut le mieux saisir cet

ensemble et comprendre l'organisation défensive des crêtes vosgiennes. c'est naturellement le Hohneck. De la Schlncht. jadis, après un repos au chalet Hartmann ou bien à l'Altenberg, nul touriste ne manquait d'aller y passer quelques instants de l'après-midi. Le chalet Hartmann et l'Altenberg gisent à demi-effondrés. A la fin d'une courte journée d'hiver, nous nous sommes trouvés sur le vieux chaume dénudé et détrempé, au milieu des grands trous creusés par le marmitage.

Devant nous se développent une succession de montagnes, noires de sapins, dont les pentes glissent vers la plaine d'Alsace et le Rhin perdus dans le brouillard. Voilà toujours ces formes éternelles et sévères, et ce silence perpétuellement agité par le vent. Mais de quelles émotions s'est peuplé le désert ! Au milieu de ces nuées de novembre qui naviguent dans le ciel et au-dessous de nous, on éprouve le sentiment extraordinaire des grandes présences : la Douleur, l'Espérance, l'Esprit de sacrifice et la Mort agissent dans ces espaces. L'homme pourtant y demeure invisible. Deux armées cheminent sous ces forêts et s'épient, mais à peine une détonation vient-elle par intervalle témoigner leur présence.

L'officier qui nous accompagne veut bien nous expliquer tout le panorama. Sommet par sommet, comme dans la scène des portraits A'Hernani, il nous raconte la tragédie des derniers mois, et nous énumère les lauriers sanglants plantés par nos troupes au milieu des rochers vosgiens. Voilà cinquante ans que je parcours ces montagnes, et je n'ai jamais su les nommer. Pourquoi les aurionsnous distinguées? Nous ne pensions d'elles rien de plus que le chasseur endiablé de la légende où

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