CHAPITRE IX LA VIERGE LORRAINE
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On sait de quel culte la pensée française, la plus populaire et la plus savante, entoure la J<»une Fille (le Domrémy. Culte latent : pour se manifester d'une manière plus visible, il attendait sans doute qu'une heure éiue sonnât, une de ces heures magnanimes qui portent en elles la vertu de hausser tous les esprits et de réconcilier les cœurs.
Elle est venue, cette heure victorieuse. Soudain nous avons eu la séance parlementaire du 4 août, le pacte de l'union sacrée, la mobilisation, ardente et bien ordonnée, comme le Chant du Départ, et puis par milliers ont éclaté sur tous nos champs de bataille ces actes d'héroïsme et de sacrifice dont les mises à l'ordre du jour de l'armée ne nous peuvent garder qu'une faible partie. L'envahisseur qui déjà croyait se saisir de la France est arrêté, repoussé par la victoire de la Marne, pareille et supérieure à ces trois journées de Bouvines, de la délivrance d'Orléans et de Denain, qui par trois fois, jadis, nous, sauvèrent, et demain la nation acht"^vera de bouler dehors Tétranger.
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C'est rclemel miracle français, le miracle de Jeanne d'Arc. Hier, nous scmblions capables de le commenter et de l'admirer, mais non de le renouveler. Aujourd'hui, les trésors de la race apparaissent, les sources souterraines se sont mises à jaillir, les plus belles vertus refleurissent et toutes les ailes se déploient. Jeanne d'Arc est éternelle. La vierge d'Orléans, le Phéni.x des Gaules, renaît de ses crndres. Saisissons celte minute sacrée.
Toutes les conjonctures et nos alliances mémo sont propices. Hier, le poète national anglais Rudyard Kipling, dans son magnifique poème à la 'doire de la France, chantait : « Nous nous pardonnons nos torts réciproques et le vieux crime impardonnable, le péché dont chacun de nous eut sa part, sur la place du Marché, de Rouen. » Mais il y a plus : Jeanne d'Arc voulait que nous pussions collaborer. Il faut rappeler aujourd'hui que le rêve de la généreuse fille était, une fois la France délivrée et la paix faite, de chevaucher avec les Anglais eux-mêmes pour la défense de la chrétienté. Elle le leur écrivait. Sa mission complète, c'était de défendre avec les Anglais la civilisation. Et quand il semble que nous soyons en train. Anglais et Franrais étroitement unis par les liens dune impérissable amitié, d'accomplir la pensée totale de Jeanne d'Arc, n'est-ce pas l'instant de glorifier en Elle le courage de nos soldats, de proclamer par Elle notre puissance vivace de résurrection, et de définir par Elle encore la magnanimité de génie militaire ?
La vierge guerrière qui nous oiivre le chemin par ou chasser l'envahisseur, montre en même temps à l'univers le visage héroïque et bienveillant de la vaillance française. C'est bon aux Allemands, s'ils
veulent exalter les vertus qui les ont faits grands et qui peuvent les faire plus grands, d'aller chercher des modèles dans le fond des époques barbares. Us ont installé l'effigie du roi des Vandales sous leur temple du Walhalla, dédié aux héros qu'ils jugeaient dignes de provoquer leur enthousiasme et de former leurs âmes. Leurs savants depuis un siècle recueillent toutes les épaves des races païennes, fous les héros, tous les dieux qui sont des conseillers de massacre et de pillage, et s'efforcent pédantesquement de les introduire au fond de la conscience nationale de la Germanie. Et si l'on veut comprendre ce que signifient ces appels constants et monotones de Guillaume II à son « vieux Dieu », il faut savoir que ce « vieux Dieu », dont l'usage, nous dit-on sans rire, est spécialement réservé à l'empereur, n'est rien moins que le dieu Odin, le Père universel qui, dans le brouillard du Nord, entouré des Vierges Sanglantes, préside à des tueries indéfinies, mêlées d'affreuses ivrogneries. Ah ! la Belgique et nos provinces envahies attestent à l'univers ce que sait faire un peuple formé dans une admiration religieuse pour les plus effroyables scènes de l'humanité primitive et qui fait d'une mythologie féroce ses grands textes sacrés.
Mais les armées de la France vont à la guerre, aujourd'hui comme toujours, avec les sentiments d'héroïsme généreux qui animaient la chevaleresque Jeanne d'Arc. Nous portons en nous son exemple, et, fût-ce à notre insu, les impulsions mêmes qui l'avaient mises en mouvement. Quand les Allemands déifient la loyauté et la cruauté, et quand, justifiés par leur idéal, ils projettent d'écraser les faibles et d'asservir le monde, groupons-nous autour d'une
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vief'gc loutc faile de vaillance, de bonté, de droiture et de sacrifice, pour proclamer d'une voix unanime, Français de tous les partis, que le propre de la puissance est de délivrer et de proléger.
La fille de Domréniy se dressant en face de la Valkyric. la sainte populace barrant le chemin à la meurtrière farouche, quelle magnifique représentation de la Lorraine qui a voulu associer ses destinées les plus efficaces à celles de la France pour l'avertir et la défendre !