‹ La Lorraine dévastéeChapitre 30 sur 37 · NOS MORTS ISOLER · texte numérisé non relu

NOS MORTS ISOLER

Lenoncourt, le 1" novembre 1915.

« En ce dimanche de Toussaint atrocement poignan et historique de 1915 : allor que le vent pleurait dans les feuillers : nous nous trouvâmes réuni devant une tombe perdu dans un petit bois à quelque cents Mètres de la « Maison Blanche ». Ils sont là coucher à jamait quatre de nos vaillant 79». Allor que le sol est recouvert d'une épaisse couche de feuilles Morte qui tombent sans discontinuer et aussi par rafalle quand le vent hurle, leur tombe fait une grande tache brune un peu surélevé ou des ïiiains pieuses autant qu'anonime sont venu l'en-

riAXS LE VILLAGE RECONUUIS DE LORRAINE 14'J

Irelenirc. On y rcmarciue deux rangs de jolie (( Pancée » qui semiîlent ôtre perdu dant ce peysage de désolation sauvage ; une balustrade de facinc lencadre. La petite croix blanche du v Souvenir Français », un Ilot tricolore, quelque bouquets de (leur désécher, tout le taillier qui ce courbe et sincline semblant rende inlassable hommage au reste solitaire de ses héros, voilà la tombe telle que nous l'avons vu.

« Sej)endant ce qui nous a frapper le plue, ce sont les quatre Képis qu'aux angles de la tombe semblant dir au visileure égaré : « Seux qui sont là sont presque des dieux. Grand comme eux par leur sacrifice, et que l'on ne doit pas oublier. Qu'elle Thiare : ou qu'elle diadème peu être comparer a ses simples képis a la coiffe bleu que le sang et la boue ont rendu sacré? »

« Que l'or et le diamant et qu'elque chose de piètre à comparée à la boue de la terre Lorraine et au sang de nos enfcnt qui les parent, et les décore : Ce sont de Glorieux cmblémcnt pour de Glorieux Mort.

« Allor qu'a leur poste de combat : il défendait Nancy de la grossière convoitise Barbare, le même obu les coucha à jamait, comme il coucha un gros chêne qui les racines en l'air bar de sons grand tronc une tranché d'infanterie.

« l'élit bois comme toi aussi tu a soulier que de trous que de crataires ! Partout le fer la fouiller. La c'est des tranchés au ligne droite ou caprisieuse ; ici c'est la rammur qui semblant avoir éter brouter par un animal fantastique : plu loin c'est sandoute une grosse locomotive folle qui est venu y faire ses ébats, c'est un chauose : un cnchevôtrement sans

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fin. Le cœur prie dant une éiuolion poigiianle. Nous nous trouvion tros petit devant ses grands Morts et étion honteux d'être si peu nombreux (nous étions 6).

« Nancy souviens toi que c"est a eux que tu doit ta sauvegarde et surtous qu'ils sont t'ay enfents ; (lu'ils sont isoler Laba dans le désert d'un bois Lorrain a quelque pas selement de t'ay murs. Vien eun pieu pèlerinage de reconnaissance et d'admiration rendre un juste hommage à seux qui sont mort pour loi, car il fure le chardont de t'ay armes et grâce k eux tu peu redire ta fière devise « Noue Inutulce Premor ».

« Et par le santier forestier, que les trous d'obus a rendu capricieux, nous partion tristement en lessant ses vaillant morts a leur solitude ; nos pas font craquer les feuille qui font un tapie de rouille et semblant cacher les plaits ce champ de bataille. Que l'an prochin au premier beau jours, nous venion, que nous venion toute — nous ne viendrons jamait asser nombreus — pour rendres hommages a 710S morts isoler. »

Un paysan palrioUc, M. L..., Boulanger à Lenoncourt (M. -M.)

Quelle page de douleur, d'amour et de solitude écrite, balbutiée sous la dictée même des grands horizons d'un pays guerrier! Jamais, dans aucune conscience, l'honneur et la fidélité n'ont reposé par masses plus riches. Ces trésors rhénans, ailleurs détruits par la Prusse barbare, reposent ici dans leur splendeur intacte. Certains philosophes politiques de l'Allemagne ont compris, depuis 1870, qu'il

OANS LE VlLLAr.E RECOXijLTlS DE LORRAINE l'.il

existait sur la terre lorraine une simplicité particulière et les élcMnents d'une civilisation autochtone complète. Ils ont reproché à Dismarck la brutale simplicité de sa politique d'annexion et senti qu'une Lotharingie aurait pu exister. Ils ont regretté de vains efforts pour germaniser des populations inassimilables à l'Empire et reconnu en toutes lettres que la Lorraine devrait être « le centre d'une culture particulière... une transition entre la France et 1 Allemagne, tout comme la Belgique ». Je n'en retiens que l'hommage aux forces de résistance des f>')rrains. Leurs sentiments continuent de sommeiller au fond des eaux dormantes et ne se sont montrés que pour s'appliquer avec amour à 1^ Frat>ce.

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