POINCARÉ CONFIRME LES ENGAGEMENTS DE JOFFRE
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Le président de la République a eu raison de se rendre au milieu des Alsaciens et de leur déclarer (j'emprunte les termes de l'agence Havas) « qu'il venait confirmer aux populations d'Alsace les déclarations que leur avait déjà faites le général Joffre ».
C'est à Saint-Amarin, le vendredi 12 février, au milieu des maires accourus de toutes les communes voisines, qu'a été prononcée cette solennelle confirmation du programme d'amitié et de gouvernement que l'histoire enregistrera sous le nom de « pacte de Thann ».
Joffre avait dit, vous vous le rappelez :
n Notre retour est définitif, vous êtes Français pour toujours.
« La France apporte avec les libertés qu'elle a toujours représentées, le respect de vos libertés à vous, des libertés alsaciennes, de vos traditions, de vos convictions, de vos mœurs.
M. B.^RRÈS. M
« Je suis la France, vous êtes l'Alsace ; je vous apporte le baiser de la France. »
Et le président de la République a voulu ratifier cet engagement généreux et politique...
Mais dans un si grave sujet donnons le compte rendu... :
A Saint-Amarin, les maires de plusieurs communes de la vallée sont accourus au-devant du Président. Le doyen a voulu adresser à M. Poincaré des souhaits de bienvenue, mais l'émotion lui a étreint la gorge et il a dCi s'arrêter. Le Président lui-même, profondément remué, a répondu qu'il venait confirmer aux populations d'Alsace les déclarations que leur avait déjà faites le général Joffre. La France, heureuse d'ouvrir les bras à l'Alsace, si longtemps et si cruellement séparée d'elle, ne doute pas que la victoire n'assure bientôt la délivrance des provinces qui lui ont été arrachées par la force et tout en respectant leurs traditions et leurs libertés, elle leur rendra leur place au foyer de la patrie.
C'est très bien. Voilà du bon travail, sage, généreux, fécond, nécessaire. Les Alsaciens et les Lorrains sont accordés avec la France éternelle ; ils l'appellent de leurs vœux profonds, mais quand la France de 1915 se présente, ils demandent quelques explications. « C'est bien pour un mariage à vie, pour une union définitive que vous venez? disenlils. Oui, nous revenons pour toujours. — Et les conditions de notre vie commune? — Joffre et Poincaré viennent de les proclamer. »
On verrait chez les Alsaciens quelque froideur, s'ils pouvaient craindre de subir le retour offensif et les représailles des Allemands, ou bien d'être bous-
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Cillés dans leurs intérêts moraux et raaféricls par nos audacieux Français. C'est à quoi réfléchissent les notables de Dannemarie, dont j'ai vu la réserve sur leurs hauts ])errons. Mais quand l'occupation devient définitive et que les deux i)Ius hauts chefs civil et militaire ont parlé, l'attitude change et l'Alsacien laisse libre cours à ses préférences secrètes.
Animons-nous, civils et militaires, dans toutes nos relations avec les Alsaciens-Lorrains, de cet esprit qui éclate dans les démarches de Joffre et de Poincaré. Un des grands soucis de nos ennemis, à cette heure est de démontrer que l'Alsace-Lorraine respire le plus ardent patriotisme allemand. Ils ont fondé à Berlin et parmi les fonctionnaires de Strasbourg un Comité pour venir en aide aux victimes de la guerre en Alsace-Lorraine. Ce comité, après une réclame colossale, a reçu d'importantes subventions, entre autres de certaines municipalités de l'Allemagne du Nord. Qu'a-t-on fait de cet argent? On l'ignore. En tous cas, les indigènes n'en ont pas touché. Il est bon qu'en revanche, dès la première heure, les Français se soient préoccupes de secourir leurs frères malheureux. Je suis allé avec M. G. Louis- Jaray du Conseil d'Etat, à Belfort et à Dannemarie, dès octobre 1914 pour y jeter les bases d'une organisation de « Secours National français ».
Toujours, avec le môme zèle de façade, les Allemands affectent de s'occuper d'une seconde catégorie d'Alsaciens-Lorrains, des évacués et des internés civils, installés en France par les soins de l'administration française. A cet effet, ils ont constitué un comité, indépendant de celui des « victimes de la guerre » que je viens de citer, et ils ont envoyé à Bàle des sommes d'argent, dont on ne
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fixe pas le chiffre, pour être distribuées par voie indirecte à ces évacués. Il serait honteux que l'Allemagne fût mise en mesure de s'occuper de ces braves gens. C'est à la France qu'il appartient de subvenir à leurs besoins. Plusieurs fois, j'ai cherché le règlement complet de cette question des internés civils et des évacués. Des résultats ont été obtenus, qui doivent être poursuivis sans qu'on se décourage. La censure ne me permet pas d'explorer publiquement cette plaie. J'ouvre un bureau à la Ligue des Patriotes, et. d'accord avec les excellentes institutions qui fonctionnent depuis des années et avec l'administration, nous chercherons à résoudre les difficultés qui nous seront signalées. Une véritable amitié, aidée par un service de contentieux, leur rendra, je crois, des services et réalisera, sur un plan modeste, quelque chose des retentissantes déclarations de Joffre et de Poincaré. Il faut créer une collaboration nationale, une coordination de tous les efforts en faveur des Alsaciens-Lorrains si rudement piétines par la guerre. Il faut, dans cette question sacrée, nous préparer à aller tout droit aux parties graves du problème. Nous sommes, Dieu merci, en France, assez de gens de Lorraine et d'Alsace ayant quelque connaissance du pays, quelque expérience de son caractère, de ses mœurs, de ses tendances religieuses, de son loyalisme militaire, de son goût pour l'organisation, de ses habitudes prises et de ses intérêts liés, et par là capables de discerner et dégager le fond français sous l'alluvion d'outrc-Rhin. Il s'agit de distinguer entre les Alsaciens de race et les Allemands immigrés. Mais ce n'est pas tout : quand on aura fait le triage des personnes, il s'agira de faire
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