‹ La Lorraine dévastéeChapitre 6 sur 37 · Saint-Dié ou le « Trou de la Mort · texte numérisé non relu

Saint-Dié ou le « Trou de la Mort

Jusqu'ici le récit de mon voyage nous a menés à Belfort, à Epinal, deux places que leurs forts et l'activité savante de leurs gouverneurs rendent imprenables, en sorte que les jeunes officiers se désolent d'y passer des jours paisibles, et quand nous sommes allés jusqu'à Charmes, ami lecteur, c'était la rive gauche de la Moselle où les Allemands n'ont pas pu mettre le pied. Maintenant, si vous

voulez me suivre, nous allons parcourir les parties de la Lorraine où a passé le flot envahisseur et qui nous offrent un double spectacle inouï, un contraste admirable d'anéantissement matériel et de force morale.

C'est un matin, que par les vallées trempées de brouillard je suis allé d'Epinal à Saint-Dié, ville ouverte, que les Allemands trouvent spirituel de bombarder un peu chaque jour.

Route charmante, spectacle égayant d'un petit lac où une demi-douzaine de braves gens, bien enfouis sous leurs cabans et assis sur leurs pliants, avec un sérieux imperturbable, pèchent à la ligne, au son du canon ! Mais à partir de Rougeville, et quand nous approchons du gracieux cirque forestier où repose Saint-Dié, voici des maisons écroulées et calcinées, et les prairies serrent le cœur, toutes semées de trous d'obus et de tombes aux fleurs fraîches, dont la xroix de bois est coiffée d'un képi. Nous arrivons sans qu'aucun projectile se soit amusé à poursuivre notre automobile. Et nous trouvons les trente premières maisons de Saint-Dié, à notre gauche, celles qui forment le quartier de la Dolle, crevées, sans toitures, voire anéanties.

— Mais oui, nous dit le sous-préfet, chez qui nous allons tout droit. Ils nous ont bombardés, le 26 et le 27 août, puis sont venus nous brûler à la main une centaine de maisons. Ils ont occupé la ville quinze jours. Aujourd'hui encore, installés à une dizaine de kilomètres, sur la pente derrière le col de Sainte-Marie, ils nous envoient chaque jour, à leur heure, une quantité variable de projectiles. Ah! ils nous ont fait et nous font encore du mal.

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