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LES LOTERIES DANS LES PAYS D'EUROPE

Section I. — FRANCE

La loterie fut importée en France sous le nom de blanque d'Italie, vers 1520, mais avec son caractère primitif de spécula-. tion privée et organisée par des particuliers qui cherchaient à se défaire de leurs marchandises ou de leurs propriétés.

A l’origine, les Français contractèrent l'habitude du jeu au cours de guerres de la fin du xve siècle pour la conquête du Milanais et du royaume de Naples. A partir de cette époque, l’argent français appelé par les chances du jeu, par la garantie de tirages et du paiement de lots, s’expatria vers les loteries des pays voisins. Cet exode du numéraire, quittant le sol national pour servir à l’importation des étoffes de luxe venues de l’étranger ou pour être englouti dans les loteries, décida François Ier à intervenir. Par son édit du 21 mai 1939, le roi manifeste le souci d'éviter les sorties d’argent. C’est là une préoccupation bien caractéristique de l’époque où la théorie mercantiliste est en faveur. Grâce à cet édit, une loterie nationale fut autorisée. Son rendement permit au roi de pallier particulièrement la pénurie du Trésor. C’était le premier exemple d’une loterie devant alimenter la caisse publique. Une fois la loterie instituée pour un motif d'ordre général, la tentation fut grande pour la couronne, toujours à court d’argent, d’en faire un moyen régulier de se procurer des ressources, soit pour les besoins de l’Etat, soit et surtout pour les besoins personnels du prince.

Aïnsi ces loteries se multiplièrent et obtinrent un gros succès. Mais le Parlement intervint et s’opposa à cette vogue nouvelle. Cela n’empêche pas, en 1660, d'organiser une Loterie

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Royale à l’occasion du mariage de Louis XIV avec Marie- Thérèse d'Autriche (1). Ce monarque fut obligé d’organiser une loterie de grande envergure comportant 400.000 billets de deux livres d’or chacun avec des lots d’un fonds de 500.000 livres en rentes viagères : plus que jamais il avait besoin d’argent. Il dut commencer par la suppression des loteries particulières qui, par leur trop grand nombre, eussent paralysé le placement des billets de la loterie royale. Cette décision marque lentrée officielle de la loterie d'Etat dans les mœurs et les finances publiques du pays (2).

Avec le renouvellement constant de la loterie, on en est arrivé, à partir de 1741, au fonctionnement de 6 loteries autorisées, organisées au profit d'œuvres, qui se rattachaient plus ou moins à l'Etat et notamment : la loterie de l'Hôtel de Ville (édit du 7 décembre 1764), la loterie générale en faveur des œuvres pies (édit du 22 janvier 1741), la loterie de piété (édit du 15 octobre 1757), la loterie des Enfants Trouvés (édit du 7 septembre 1762), la loterie de l'Association Générale de l’Ecole royale militaire.

Les efforts tentés par les parlements afin de refuser l’enregistrement de ces nombreux édits se heurtèrent à l’engouement général pour les loteries. Ces résistances répétées obligèrent le ministre Clugny, moins scrupuleux que son prédécesseur Turgot, à fonder, le 30 juin 1776, la Loterie Royale, qui remplaça la plupart des loteries existantes. La Loterie Royale, à laquelle le peuple français avait dès l’abord réservé un accueil chaleureux, fonctionna avec grand succès. Cette loterie avait le caractère du Lotto auquel on ajoutait gratuitement cinq lots. Necker, dans l'Etat général des revenus et dépenses fixes, présenté aux Etats Généraux, le 5 mai 1781, évaluait le revenu annuel net de la Loterie Royale à 14 millions de livres (3).

La loterie d'Etat survécut à la monarchie. Ce n’est qu’en l'An IT (novembre 1793) que la Convention la supprima comme étant «un fléau inventé par le despotisme pour faire taire le peuple sur la misère en le leurrant d’une espérance qui aggra-

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