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estiment qu'il s’agit, en cette occurrence, de plusieurs centaines de millions.
Et, d’autre part, n’ont pas cessé d'exister de nombreuses maisons de jeu, des clubs, des casinos où trop souvent s’écoulent les fortunes des fils de familles épargnantes, où s’engloutissent des patrimoines, fruits du labeur opiniâtre d’ascendants acharnés au travail. Notons enfin que les couches profondes de la société française ont pris un goût assez prononcé pour les spéculations boursières.
Section II. — ANGLETERRE
Les loteries, en Angleterre, en dépit des nombreux encouragements des organisateurs, ne sont pas arrivées à gagner un terrain favorable à leur développement. Elles furent généralement autorisées par les gouvernements pour des œuvres d’utilité publique. Leur origine remonte au xvi® siècle, époque à laquelle elles durent être importées de Hollande.
La reine Elisabeth, qui organisa dans les années 1567-1569 une grande loterie de 400.000 billets à 10 shillings chacun, ne s’arrêta devant aucun expédient pour inciter artificiellement la participation de la population au jeu. C’était une loterie de marchandises, avec des lots de grande valeur comprenant des objets en métaux précieux (1).
Les milieux économiques de ce temps étaient enclins à considérer la loterie comme un moyen propice à fournir les capitaux nécessaires à la construction des ports maritimes. En 1569 il existait une loterie en classes dont le bénéfice devait servir aux entreprises de navigation. Celle de 1612 fut créée par la Société « Virginia Company» et avait pour but la colonisation de Amérique du Nord. Avec le temps les bénéfices des loteries devaient servir à l'installation des égouts pour la ville de Londres, à l’approvisionnement des caisses vides du Trésor et au développement des relations commerciales avec les pays d’outremer.
À la fin du xvrire siècle, l’influence pernicieuse de la loterie prit une telle proportion que le gouvernement se vit obligé
ds Dictionnary of Political Economy, London, 1896, t. II p. 643. | RE
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d'interdire le Lotto. À partir de la Révolution de 1688 et sous Guillaume IT et ses successeurs, George Ier, George II et George ITT, la loterie proprement dite fut abandonnée. L'interdiction de 1689 fut motivée par «la plaie sociale à cause de laquelle, des enfants, des domestiques, et autres personnes insensées, étaient ruinées ».
Cependant une seule loterie reçut le privilège de l’exclusivité, ses bénéfices devant être réservés à la Société des Pêcheries Royales. Quant aux autres loteries, elles durent, chaque fois, solliciter l’autorisation préalable du Parlement. On peut se rendre compte des obstacles que ce dernier leur opposait en constatant que les organisations des loteries se déclarèrent disposées à accorder des bénéfices appréciables au Trésor Public.
La loterie de la Société des Pêcheries Royales était difficilement accessible aux personnes peu aisées en raison du prix des billets fixé à 10 livres sterling. Afin de pouvoir vendre ses billets, la direction fut obligée de les céder avec un rabais dé 40 % aux collecteurs, qui à leur tour envoyèrent des agents spécilaux dans tout le pays. Le tirage qui durait 40 jours fit naître la nouvelle habitude d’assurer les billets pour des sommes modiques de 4 à 6 pences. Ainsi arriva-t-on à créer de nouvelles conditions d'exploitation de la loterie, entraînant de nombreux habitants à la passion du jeu. Pour obtenir un tel résultat on usait d’une grande publicité. On cite le cas d’un des plus importants collecteurs qui dépensa, en une année, pour ce genre de publicité, une somme de 36.000 livres sterling (1).
C’est grâce à lord North que les loteries commencent, à partir de 1769, à être considérées comme une source permanente de revenus publics. Pour se rendre compte de l'importance du bénéfice de la loterie, notons que l'Etat, dès 1793 et jusqu’en 1824, touchait annuellement une somme moyenne de 350.000 livres sterling.
Vers la fin du xvirre siècle, le mouvement parlementaire contre les abus du jeu fut appuyé par l’opinion anglaise pour l’abolition de la loterie. Des voix se faisaient entendre pour que la loterie ne soit d’aucune manière employée comme source effi-
4. Ashton, À history of English Lotteries, London, 1893, pp. 50, 108,
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cace de rendement budgétaire public. Les résultats de ces récriminations ne tardèrent pas à porter leurs fruits. En 1802, on interdit la vente des billets faite par les agents des collecteurs chez les particuliers, et, par Act de 1806, on réduisit à un seul jour le tirage de la loterie. En même temps le gouvernement reconnut l'inconvénient, pour l'Etat, de considérer les bénéfices de la loterie comme un revenu des finances publi-
ques. C’est pour cette raison qu’on décida de réserver les béné-
fices de la loterie à la construction des musées, aux achats de tableaux, ete.
Finalement, grâce à la campagne menée avec intransigeance par lord Littleton et ses partisans, les loteries furent abolies en 1826. Et, à partir de cette date, les loteries demeurèrent interdites en Angleterre. Toutefois on ne doit pas croire par là que la passion du jeu a diminué: Au lieu de souscrire aux loteries, de nombreux sujets britanniques prennent une part très active à la spéculation en Bourse et au pari mutuel. De même, malgré l'interdiction, d’autres Anglais jouent aux loteries étrangères et surtout alimentent, par leurs pertes, la cagnotte des Casinos et des maisons de jeu du monde entier.
Section III. — ALLEMAGNE
Les loteries des pays allemands suivent, à leurs débuts, le même processus que celui que nous avons étudié dans les autres pays. Pour se rendre compte de l’importance qu’elles ont prises, avec le temps, nous devons avant tout faire remarquer que l’état politique de cette partie de l’Europe exerça une grande influence sur l’évolution de ce mode de jeu. Les pays, dont se composait l’Allemagne, qu’on appelle maintenant le Reich, gardaient jalousement leurs droits politiques autonomes afin de garantir l’existence de plusieurs institutions d'Etat parmi lesquelles les loteries occupaient une place considérable. C’est grâce à cette conception gouvernementale que nous voyons en Allemagne un nombre assez important de loteries organisées par «les Pays » (Etats fédérés), par les principautés et même par les villes libres. :
L'Allemagne, à l’encontre des méthodes adoptées par ses