‹ La Loterie d'État en PologneChapitre 36 sur 106 · Idem · texte numérisé non relu

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400 anciens zlotys polonais aux jeunes filles malades. Par contre, le gain réalisé par la péremption des lots, que les joueurs avaient négligé de toucher dans le délai prescrit par le règlement du lotto, fut affecté aux hôpitaux.

La récompense, réservée aux collecteurs et prélevée sur les mises, fut fixée, par la Direction de la loterie, à 7 % pour ceux de la capitale et à 10% pour ceux de la province. En même temps, à leur bénéfice, on imposa de 5 % les lots dont le montant dépassait 200 zlotys.

Quant au revenu de l'Etat, celui-ci était difficile à prévoir, étant donné le rôle important que la chance était appelée à jouer dans le résultat de la loterie. Son montant différa d’une année à l’autre. Toutefois les bénéfices réalisés par la Direction entre 1788 et 1795, après avoir payé les frais de Padministration, la récompense aux collecteurs et les subsides aux jeunes filles malades, présentent une marche ascendante : ils passèrent de 28.500 à 253.000 anciens zlotys par an (1).

Au temps du royaume de Pologne, et surtout vers 1820, le produit annuel du lotto dépassa la somme de 600.000 zlotys polonais.

A l'instar des autres pays, assez tôt on se rendit compte, en Pologne, du préjudice moral et financier que causait le lotto à la masse populaire. Les personnalités les plus éminentes de la vie politique, soutenues par le courant de mécontentement qui se dessinait dans la nation, se mirent à la tête du mouvement de l'opinion éclairée polonaise, en réclamant l'abolition de cette loterie. Nous devons d’ailleurs faire remarquer qu’en 1808, quand il s’agit d’organiser la loterie en classes, Frédéric-Auguste, grand-duc de Varsovie, roi de Saxe, s’était réservé le droit de recourir à la suppression du lotto dans un avenir assez proche.

A maintes reprises, lors de la réorganisation de l’administration du pays et pendant la discussion du budget, des voix se firent entendre réclamant l'abolition du lotto, démoralisateur de la masse laborieuse. Mais les considérations d’ordre financier et surtout l'insuffisance des revenus de l’Etat obligèrent les autorités publiques à le laisser subsister.

4. T. Korzon, Wewnetrzne dzieje Polski za Stanislawa Augusta, t. II, pp. 167-168.

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Cependant la nation clairvoyante n’a pas voulu prêter l’oreille aux allégations trop égoïstes du gouvernement, se rendant compte de l'immense danger que présente le nombre illimité de billets avec des tirages réitérés. Par son attitude intransigeante elle arriva à forcer les autorités à prendre une décision définitive. Et, pour les motifs indiqués ci-dessus, les milieux dirigeants décrétèrent, le 21 janvier 1839, que le Lotto, en raison de son «influence nuisible à la morale de la classe pauvre », devra être aboli à partir du 1e janvier 1840 (1).

Section II. — LA LOTERIE EN CLASSES

La loterie en classes fut introduite, sous la forme d’un seul exercice, vers 1748. Avec l’autorisation du roi Auguste IIT, elle fut divisée en trois classes afin de fournir les fonds nécessaires à la construction du Collège des Piaristes et de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus à Varsovie. En 1808, à l’époque du grand-duché

de Varsovie, fut fondée la première loterie d'Etat. Le texte du

décret grand-ducal autorisant son organisation comportait le préambule suivant : ; |

« Par la Grâce de Dieu, Nous, Frédéric-Auguste, roi de Saxe, Duc de Varsovie, sur la proposition du Conseil d'Etat décidons ce qui suit : Article premier. — Une loterie en classe en faveur de Notre Duché instituons », etc.

Ce décret, comprenant dix articles, fut signé, le 29 avril 1808, par Frédéric-Auguste à Dresde. Le contre-seing fut apposé DE le ministre secrétaire d'Etat, Stanislas Breza (2).

L'administration de la loterie en classes fut incorporée, en tant que département spécial, à la Direction générale de la loterie d'Etat. A partir de 1815, les deux loteries, celle en classe et le lotto, furent soumises, ainsi que leur direction, au contrôle de la Commission des revenus et de la Trésorerie d'Etat. Mais, après l’abolition du lotto, la Direction générale des loteries fut transformée en Service de la loterie du royaume de Pologne, et son directeur devint le chef suprême de l’entreprise. Ce sont déjà là

1. Dz. Praw Krolesiwa Polskiego, t. III, p. 11. 2. Recueil des prescriptions de finances 1809, titre XII (art. 120-127).

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les effets des premières tentatives du pouvoir oppresseur russe, lorsqu'il se fut emparé du gouvernement de la Pologne, tendant ainsi à l'élimination progressive de la soi-disant autonomie accordée.

Par oukase du 26 mars 1869, suivant la dissolution de la Commission des revenus et de la Trésorerie d'Etat, le service de la loterie fut rattaché à la Banque de Pologne. Mais, en 1885, le gouvernement tzariste, poursuivant son plan préconçu d’extirpation de tout vestige de l’ancienne indépendance polonaise, liquida la Banque de Pologne en lui substituant le comptoir de Varsovie de la Banque d'Etat russe. Par là même, le service de la loterie du royaume de Pologne fut soumis, ainsi que son chef, à la direction de la nouvelle succursale de la Banque de l'Empire russe. Et c’est, sous cette direction étrangère à la vie nationale polonaise, instituée suivant le plan de russification des dirigeants et employés envoyés par le gouvernement de Saint-Pétersbourg, que la loterie du royaume de Pologne subsista jusqu’en 1915. C’est vers cette époque qu'avec l’évacuation définitive de la Pologne par les autorités tzaristes prit fin ce régime humiliant.

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