CB: EE
sant l’enjeu, prix du billet ordinaire. Au cas où leurs numéros ne gagnaient qu'une somme, équivalant à la valeur normale du billet, les joueurs n'avaient droit qu’à leur mise, c’est-à-dire au remboursement de la petite somme payée par eux. Lorsque le numéro était favorisé d’un lot supérieur, le gagnant, après avoir touché l’argent, devait rendre au vendeur la valeur intégrale du billet de loterie.
Grâce à ce procédé, on vendait à toute une catégorie de joueurs «des chances de lots », au-dessus de l’enjeu normal, et donnant la possibilité de favoriser les heureux acheteurs pendant le nombre de jours pour lequel le billet était cédé (1).
En résumé, d’après les conditions du jeu à la journée :
1° Quand le billet ne gagnait rien, la mise-du joueur était perdue ;
20 Quand le billet gagnait le lot représentant l’enjeu normal, le joueur était remboursé de sa mise sans aucun supplément ;
30 Quand le billet était favorisé d’un lot dépassant le montant de l’enjeu normal, le souscripteur le touchait entièrement à condition de payer au vendeur la différence entre le montant de sa mise et la valeur normale du billet de la classe jouée.
Pour distinguer de la vente normale des billets le placement effectué dans les conditions ci-dessus, on appella la première «la vente ferme ».
Le jeu «à la journée » était généralement pratiquée pendant les quatre premières classes de la loterie. Si la vente était effectuée d’une manière loyale, le prix du billet placé au «jeu à la journée », devait correspondre à la valeur mathématique de la chance au moment de l’achat. Maïs, en raison de l’achat de ce billet par une catégorie de souscripteurs incapables d’en estimer la valeur exacte, le montant payé, pour le jeu à la journée, dépendait d’autres facteurs. Les prix oscillaient suivant la demande plus ou moins accentuée des joueurs ou l'offre des vendeurs disposés à céder leurs billets. Ce montant, normalement perçu lors des quatre premières classes, représentait du huitième au neuvième du prix du billet.
L'application de ce système fut favorablement accueillie par la partie du public peu fortunée, qui voyait là un moyen
1. Kalendarz Informacyjny Loterji R. G. O., Varsovie, 1918, p. 103.
DR on
de participer au jeu sans trop de risques. Même les vendeurs eussent recouru plus souvent à ce placement avantageux s1 leurs disponibilités l’eussent permis. Mais, pour favoriser la vente des billets d’après les règles du jeu ainsi exposées,de gros capitaux de roulement eussent été indispensables.
En admettant que le prix normal d’un billet de la première classe de la loterie fût fixé à 30 roubles, un paiement de 3 roubles 50 kopecks, pour le jeu « à la journée »,eût entraîné, pour le vendeur, un investissement de 26 roubles 50 kopecks de capital. En deuxième classe, le même billet placé dans les mêmes conditions n’eût nécessité qu’un engagement de 9 roubles 10 kopecks (c’est-à-dire, 12 roubles 60 kopecks, moins 3 roubles 50 kopecks, soit 9 roubles 10 kopecks). Enfin, après cession dans les mêmes conditions en troisième et quatrième classe, le vendeur eût eu à avancer jusqu’à la cinquième classe, une somme de 26 roubles 59 kopecks plus 3 fois 9 roubles 10 kopecks. Autrement dit, après défalcation du prix de placement du billet au «jeu à la journée », encaissé lors de ces quatre classes, le vendeur diminuait progressivement son fonds de roulement d’une somme de 53 roubles 80 kopecks, pour chaque unité ainsi cédée.
Une question se pose ici, Quel est donc le profit susceptible de tenter le vendeur à se démunir, pendant cinq mois, d’un irportant capital ? C’est l’espoir de pouvoir placer son billet pour la cinquième classe en vente ferme. En temps normal, c'était grâce aux plus gros lots de la loterie, lesquels devaient être tirés en cinquième classe, que les billets étaient recherchés. Leur prix, malgré les quatre classes précédemment jouées, réprésentait une somme globale de 63 roubles (5 fois 12 roubles, 60 kopecks), plus l’excédent exigé par le collecteur. C'était donc avec la conviction de pouvoir, après 4 classes écoulées, demander le même prix qu’il eût reçu, s’il avait placé son billet depuis lé commencement de la loterie, en vente ferme, que le vendeur consentait à investir son argent, ou plutôt à louer son capital pendant quatre à cind mois. L'intérêt réalisé dans ces conditions était très élevé, puisqu'il représentait une somme de 14 roubles pour 80 roubles 40 kopecks (63 roubles plus l'excédent de 17 roubles 40 kopecks) engagés dans la valeur du billet.
Il est vrai que le vendeur courait le risque de voir s’écrouler, en cinquième classe, le prix escompté de la vente ferme du billet.
— ra
Mais, vu le nombre restreint des billets et la quantité croissante des joueurs, ces conjectures ne furent pas trop appréhendées. De la sorte, le jeu « à la journée » pratiqué dans la mesure du possible par de nombreux vendeurs, attira à la loterie une nouvelle couche sociale, la classe laborieuse.