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LES LOTERIES TOLÉRÉES

Le jeu «à la journée » en dépit de ses avantages pour le joueur comme pour le vendeur, avait tout de même un inconvénient, à cause duquel une sélection s'imposa chez les acheteurs.

Il pouvait se produire que le lot gagné par un numéro joué «à la journée » fut encaissé chez le collecteur par un porteur malhonnèête, sans avoir payé au vendeur le prix normal du billet de loterie. Pour éviter de semblables pertes, le vendeur fut obligé d’agir avee eirconspeection, afin de n’accorder sa pleine confiance qu'aux joueurs dignes de foi. Cette difficulté, assez grande, contribua au maintien du placement des billets au «jeu à la journée » dans des proportions convenables.

Ainsi un nombre important de joueurs appartenant à la elasse moyenne demeura, par la prudence des vendeurs, à l'écart du jeu.

D'autre part, de nombreuses personnes, qui s'étaient accordées pour jouer en commun un quartier de billet de la loterie polonaise, n’aspiraient qu’à une part beaucoup plus faible encore, pouvant être entièrement réservée à chacune d'elles. Toute cette masse de petits souscripteurs était disposée à participer à un jeu correspondant à ses disponibilités moyennes.

Quelques entrepreneurs, très versés dans la matière, se rendirent compte grâce à leur expérience, que cette foule pourrait être satisfaite si une loterie d’une importance moyenne était mise à sa disposition. On comprit, dans ce milieu de quelques personnes prévoyantes, qu’une loterie étrangère, outre l’ineonvénient de l'interdiction légale, nécessite, chez les joueurs, la conviction absolue qu'aucune difficulté ne se présentera pour les empêcher d’entrer en possession d’un lot gagné. C’est l’impossibilité de s'adresser directement à des administrations de loteries étrangères, sans être obligé d'abandonner ses occupations journalières pour franchir la frontière, qui, pour cette clientèle,

et jusqu’à un certain point, la faisait s'abstenir. Les vendeurs de billets étrangers n’inspiraient pas assez confiance aux Joueurs de la catégorie moyenne pour les convaincre que, au cas où un gros lot leur écherrait, ils se chargeraient du paiement de la somme gagnée. Cette masse de la population avait besoin de la certitude de pouvoir se mettre, sur place, à n'importe quel mo-. ment, en contact avec un organisateur de loterie digne de foi.

Une idée assez hardie naquit chez un capitaliste de Varsovie, jouissant d’une grande réputation d'homme honnête et solvable : celle d'organiser une loterie qui, adaptée aux exigences de la population, pourrait trouver un placement satisfaisant de ses billets. La réalisation de ce projet ne tarda pas à être mise à exécution et, à la fin du xrxe siècle, la première loterie, non offi- ‘cielle, mais tolérée en fait, fut introduite en Pologne (1).

Pour simplifier l’organisation et afin de n’être pas constam-

ment à la merci d’un rouage administratif trop coûteux, le créateur de la loterie décida d’émettre un nombre de billets égal au chiffre de 23.500 accepté par la loterie officielle du royaume de Pologne. D’autre part, toutes les améliorations successivement apportées à la marche de la loterie officielle furent adoptées volontairement par la direction de la nouvelle loterie tolérée. Sans recourir à un tirage spécial, qui eût dû être présidé par une autorité donnant toutes garanties de probité, on annonça aux joueurs que c’est à la liste officielle des résultats du tirage de la loterie du royaume de Pologne qu’il faudrait se reporter. Par cette décision, l'organisateur de la loterie tolérée se mit à l’abri de toute accusation d’irrégularité, puisque la loterie du royaume de Pologne était tirée en présence et sous le contrôle des représentants officiels des habitants de Varsovie.

Les billets furent divisés en 1/2, 1/3, 1/4, 1/8, 1/10 afin de pouvoir atteindre la bourse de tous les citoyens. Le prix n’était pas uniforme pour toutes les classes de la loterie ; son montant total fut fixé à 11 roubles 25 kopecks pour la durée d’un seul exercice.

Etant donnée la différence existant entre le prix officiel du billet de la loterie du royaume de Pologne, arrêté à 63 roubles, et celui du billet de la loterie tolérée, fixé à 11 roubles 25 kopecks,

1. Archives personnelles des entrepreneurs de loterie, Varsovie.

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une diminution de la valeur des lots tirés pendant les classes fut nécessaire. Elle se réalisa toutefois de la manière suivante. On établissait le montant des gros lots en l’abaissant de 30 à 40 % par rapport à celui accepté par la loterie officielle. Pour les lots moyens, la proportion gardée fut de 15 %. Quant aux petits lots, ceux-ci ne dépassaient point le chiffre de 10 %,. Par exemple, les gros lots des quatre premières classes qui, d’après le plan de la loterie officielle, étaient arrêtés à 10.000 roubles chacun, se virent, dans la loterie tolérée, abaïissés à 4.000 roubles. Le gros lot de la cinquième classe, fixé normalement à 75.000 roubles, fut mis à 25.000 roubles, etc.

Un lot supplémentaire, qui n’existait pas dans la loterie officielle, fut introduit lors du tirage de la cinquième classe. C'était une prime de 10.000 roubles qui devait être attribuée au lot le plus élevé sortant de la roue de la fortune au dernier jour du tirage de la dernière classe de la loterie. Un prélèvement de 15-% sur les lots gagnés, analogue à celui de la loterie officielle, était fait au profit de l’organisateur et de son collecteur attitré.

Par tous ces moyens, on voulait intéresser et attirer les souscripteurs de cette loterie tolérée pendant toute la durée du tirage de la classe la plus importante de l’exercice.

Cette loterie prit un tel développement qu’aubout de quelques semestres son organisateur eut recours à l’introduction d’une deuxième,fondée sur les mêmes principes.Il se vit, en effet, obligé de prêter l’oreille aux réclamations de nombreux joueurs qui exigèrent le doublement de la même loterie. C’est ainsi que, vers le commencement de notre siècle, une deuxième série, émise par le même organisateur, fit son apparition en Pologne.

Il ne faudrait pas croire que les autorités russes ignoraient l’existence de ces loteries. Malgré l’interdiction expresse de la loi, qui prévoyait des amendes pécuniaires pour l’installation de loteries organisées sans autorisation préalable du gouvernement, on doit constater que ce genre de jeu ne faisait que voir augmenter le nombre de ses souscripteurs. Les milieux dirigeants fermaient les yeux sur ce qui se passait, prétendant ne pas connaître l’organisation de cette loterie nouvelle. Au fond, c'était le secret de Polichinelle : tout le monde le savait et toute la population participait à ce jeu, lui accordant une confiance complète, égale à celle faite à la loterie d'Etat. Et même la direction de la

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loterie du royaume de Pologne jouait les billets de la loterie tolérée, Il faut reconnaître que l'organisateur de cette loterie nouvelle-née, était arrivé, grâce à sa connaissance du caractère et des habitudes de la population moyenne, à faire RPOBRÉNA deux loteries tout récemment instituées.

Aussi le succès de ces dernières incita plusieurs associations importantes à imiter cet exemple.

Leurs dirigeants se rendirent compte que, avec une propagande bien menée par les nombreux membres adhérents, ils arriveraient facilement à placer dans le public les billets de leurs loteries. Ils accordèrent aux collecteurs de grands rabais, afin de les intéresser à une vente ininterrompue et normalement poursuivie, L'emploi de ces procédés aboutit à la formation d’un nouveau type de collecteur ambulant qui allait chercher le joueur à son domicile au lieu de l’attendre, comme cela se pratiquait en loterie officielle, dans les comptoirs de vente de la ville.

Le prix des billets de ces diverses loteries fut toujours maintenu dans des limites accessibles à la classe la moins fortunée. Le montant en fut fixé à 11, 12, 13 roubles 50 kopecks. Quant aux plans dressés, ils furent gradués de telle sorte qu’en cinquième classe quelques loteries fixèrent le gros lot à 20,000, 25.000 et 30.000 roubles. Par contre, on faisait proportionnellement varier les autres lots et surtout la prime qui, à son tour, se vit arrêtée à 5,000, 10.000 et 12.000 roubles suivant la loterie.

Après la guerre russo-japonaise et la révolution russe de 14905, une période de prospérité, ressentie surtout dans l'empire russe, favorisa la vente illégale des billets de la loterie du royaume de Pologne. Mais la majoration constante de Pexcédent du prix de ces billets, prélevé par le collecteur officiel, ne permit aux vendeurs qu’un placement limité en Russie. Beaucoup de souscripteurs russes éventuels ne pouvaient comprendre la raison d’un prix exorbitant et, en conséquence, préféraient renoncer à lachat.

Pour éliminer ces causes d’empêchement à la vente en Russie, quelques vendeurs se mirent d’aecord pour créer une nouvelle loterie qui rappellerait exactement eelle du royaume de Pologne. Toutefois, dans l'impossibilité de risquer de trop grands capitaux dans une entreprise d’une telle ampleur, ils décidèrent de

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