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pour produire de l’effet sur l’azotate d’argent dans un temps qui ne fût pas trop prolongé, A peu près à la même époque, H. Davy parvenait à copier, sur des surfaces enduites de s(;ls d’argent, de petits objets vus au microscope solaire; mais aucun expérimentateur travail rendu la surface inactive après l’influence lumineuse, de façon à conserver les empreintes formées.
^ ers 181 i , Nicéphore Niepce (1) était retiré aux environs de Châlons-sur-Saône, et cherchait à fixer les images de la chambre noire; mais la substance impressionnable- qu’il employait, le bitume de Judée, étant très-peu impressionnable, il porta particulièrement son attention sur l’application que l’on pouvait eu faire à la reproduction photographique des gravures; il découvrit que le bitume de Judée exposé à la lumière devient presque insoluble dans l’huile de naphte, alors que celui qui n’est pas impressionné est soluble, de sorte que la surface d’une plaque métallique peut recevoir un dessin formé de parties résineuses et être partiellement attaquée par des acides; ainsi il pouvait produire un dessin à la surface d’une plaque, lequel était ensuite inaltérable à la lumière. En 1827 il présenta un mémoire sur ses travaux photographiques à la Société royale de Londres. Ayant appris que Daguerre s’occupait du même sujet que celui qu’il traitait, il forma avec lui, en 1829, un acte d’association pour l’exploitation en commun de leurs méthodes photographiques.
Daguerre perfectionna d’abord les méthodes découvertes par Nicéphore Niepce, mais bientôt il leur en substitua d’autres, qui lui étaient entièrement propres; en effet, en 1831 (2), en voulant noircir les fonds des lames de plaqué d’argent sur lesquelles étaient obtenus les dessins au bitume de Judée, il exposa les parties découvertes de ces lames à l’action de la vapeur d’iode, et reconnut l’extrême sensibilité à l’influence de la lumière de l’iodure d’argent formé à la surface de l’argent métallique. En 1833, après bien des essais, il découvrit la propriété remarquable que possèdent les parties impressionnées de la couche d’iodure d’argent de fixer les vapeurs et en particulier la vapeur de mercure ; il venait d’atteindre
(1) J’ai suivi ici P Exposition de la méthode de Daguerre, par Arago, qui se trouve dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences de l'Institut de. France, t. a, p. 250, 19 août 1S39. Depuis, on a publié bien des documents sur la découverte de la photographie ; on peut consulter notamment un ouvrage que vient de faire paraître M. V.Fouque, et qui a pour titre « la Vérité sur l'invention de la photographie; histoire de Nicéphore Niepce. »
(2) Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. 9, p. 424.
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le but si longtemps désiré, la fixation des images de la chambre noire. Daguerre perfectionna d'abord sa découverte, qui ne fut publiée que quatre ans après, en 1839, et qui fut l’objet d’une récompense nationale.
Depuis cette époque on sait combien de recherches cette découverte a fait naître et quels sont les nombreux changements qu’ont subis les procédés à l’aide desquels on obtient les images de la chambre noire, à tel point que dans les méthodes photographiques actuelles on ne retrouve presque rien du procédé primitif de Daguerre. Des recherches dans le but de fixer les images de la chambre noire ont peut-être été faites en même temps que celles de Daguerre; mais c’est lui qui fit connaître la réaction si curieuse au moyen de laquelle une action chimique commencée par la lumière sur l’iodure d’argent et non encore apparente, peut être rendue appréciable par une action ultérieure, par l’action de la vapeur de mercure (voir page 73), et la découverte de celte réaction a précédé l’observation des effets de continuation de réduction des sels d’argent au moyen de certains réactifs, c’est-à-dire a conduit aux méthodes photographiques actuellement usitées.
Bien que l’on n’emploie aujourd’hui le procédé de Daguerre que dans des circonstances spéciales ou pour des recherches scientifiques, comme on l’a vu précédemment, cependant ce procédé, avec les additions qu’ila reçues, pouvant être considéré comme une méthode photographique complète, il est intéressant d’en exposer succinctement les principes.
On peut diviser l’opération en six manipulations distinctes , qui sont :
1° Le décapage et le polissage de la lame de plaqué d’argent,
2° La formation de la couche sensible,
3° L’exposition à la chambre noire,
4° L’exposition de la lame à la vapeur mercurielle,
3° Le lavage de la lame à l’hyposulfite de soude,
6° La fixation et le virage du dessin au moyen d’un sel d’or.
Les cinq premières manipulations étaient connues de Daguerre; la sixième a été ajoutée depuis.
Décapage et polissage. — La surface de la lame de plaqué doit être parfaitement décapée et bien polie, sans quoi des taches ou des raies pourraient se trouver dans le dessin. On place la lame de plaqué dont l’épaisseur d’argent est ^ ou 5\7 demill. peu importe, après en avoir abattu les bords, sur un support fixé à une table comme le représente
effets de la lumière.
la figure 54, et on la décape avec du tripoli humecté d’essence de lavande au moyen d’un tampon de colon. Après avoir nettoyé ainsi cette lame, on passe encore sur sa surface un tampon de coton humecté d’alcool , et quand elle est sèche, à l’aide d’un polissoir en peau et du rouge d’Angleterre, on lui donne le poli nécessaire pour la netteté de la formation de l’image.
Formation de la couche sensible. — L’iodure d’argent impressionnable s obtient simplement en exposant la lame de plaqué à l’influence de la vapeur d’iode. Pour régulariser l’action, on répand l’iode au fond d’une cuvette en porcelaine placée d’un côté d’une boîte divisée en deux
compartiments et représentée cicontre, figure 55 ; l’autre côté contient une secondecuvette, dont l’usage va être indiqué plus loin.
A la surface de chaque cuvette glisse un verre dépoli faisant tiroir. La partie supérieure de la boîte est munie d’une rainure Fl'g- 55- dans laquelle glisse un cadre qui
reçoit la plaque d’argent, et que l’on peut amener successivement audessus de chaque cuvette de façon à la soumettre à l’influence des vapeurs qui en émanent. Si l’une des cuvettes contient de l’iode sur toute sa partie inférieure, la vaporisation de l’iode ayant lieu à la température ambiante, il se forme de l’iodure d’argent à la surface de la lame. Quelquefois, au heu d’iode, on place un mélange d’iode et de magnésie dans la cuvette afin de disséminer davantage cette substance volatile.
La durée de l’exposition de la lame d’argent à la vapeur d’iode dépend de la température extérieure, et peut varier de 2 à 3 minutes; il faut s’arrêter quand la couche devient jaune d’or. Lorsqu’on ne connaît pas exactement le temps d’exposition pour atteindre cette épaisseur, bien que l’opération doive se faire à l’abri de la lumière et qu’il ne faille pas exposer la lame à l’influence de la lumière diffuse f on soulève un peu la lame et on la regarde pendant un temps très-court à l’aide
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d’une faible lumière, en examinant, par réflexion sur sa surface, l’image d'un papier blanc; la teinte jaune d’or est alors facile à apprécier.
Telle était la préparation de la lame sensible par Daguerre; quand il exposait cette lame à la chambre noire, il fallait, même au soleil, 10 à 15 minutes d’exposition pour obtenir une épreuve. M. Claudet (1) remarqua qu’en exposant la lame ainsi iodurée au chlore ou à la vapeur de chlorure d’iode, on la rendait beaucoup plus impressionnable, et M. Fizeau (2) indiqua le brome comme donnant une sensibilité encore plus grande. Actuellement on opère comme il suit :
On place dans la seconde cuvette de la boîte à compartiment de l’eau bromée, ou mieux de la chaux éteinte qui a absorbé du brome, et qui émet lentement cette substance. Quand la plaque est iodée, on fait glisser le cadre sur le rebord de la boîte ; on l’amène au-dessus de la cuvette à brome, et on tire le verre dépoli qui s’opposait à l’action de la vapeur. Le temps de l’exposition doit être de 15 à 20 secondes ou même 30 secondes suivant la température extérieure. On ramène alors la plaque au-dessus de l’iode , et l’on fait un second iodage pendant un temps assez court , qui doit être du tiers au quart du temps pendant lequel la vapeur de brome a agi; par conséquent, cette durée doit être de 8 à 10 secondes.
Ce second iodage est nécessaire pour éviter que les images à la chambre noire ne soient voilées, ce qui arrive souvent sans cette préparation. Dans cet état , la plaque est environ 60 fois plus sensible qu’avant l’action du brome, et dans les conditions où la surface simplement iodée aurait nécessité une action pendant 15 minutes pour donner une image, la lame iodée et bromée peut la donner en 15 secondes.
On a déjà parlé antérieurement, page 90, de l’augmentation de •sensibilité que présente l’iodure d’argent dans cette circonstance; mais on n’en connaît pas la cause, et l’on ne sait pour quel motif un mélange d’iodure et de chlorure d’argent, ou d’iodure et de bromure, est plus impressionnable que chacune des deux substances prises isolément.
Cette préparation doit être faite à l’obscurité ; quand la plaque a été exposée à l’influence du brome, il est nécessaire que la moindre trace de lumière diffuse ne vienne pas l’impressionner. Comme on a vu dans le livre II, page 90 et suivantes, que les rayons les moins réfran-
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. 12, p. 1059.
(2) Id., t. 23, p. 89.
gibles n’agissent pas pour commencer une action sur l’iodure d’argent, et influencent peu l’iodure mélangé de bromure, souvent on est dans 1 habitude de mettre des verres jaunes ou rouges aux cabinets dans lesquels on fait ces préparations, ou de les éclairer à l’intérieur à l’aide de lampes entourées de verre de cette couleur. Quand il s’agit de plaques bromurées, les rayons jaunes pourraient encore agir, quoique faiblement, et il est préférable de n’avoir qu’une lumière de faible intensité, ou mieux une lumière orangée ou rouge.
Exposition à la chambre noire. — La plaque une fois préparée est transportée dans la chambre noire où elle doit recevoir l’impression des rayons qui viennent former l’image que l’on veut reproduire photographiquement. A cet effet, la plaque est placée dans un châssis en bois représenté lig. 56, lequel est fermé par une planchette s’appliquant sur le
verso et appuyant cette plaque contre des traverses fixes; elle peut donc être substituée, à un moment donné, à la glace dépolie de la chambre noire. Une seconde planchette ferme le châssis à la partie antérieure, et peut être tirée à volonté, de sorte que la plaque peut être exposée ou soustraite à l’influence delà lumière.
La chambre noire avait déjà été perfectionnée par Daguerre ; mais, depuis, la construction des objectifs a été le sujet de recherches importantes, et notamment la disposition des objectifs doubles destinés à la reproduction des portraits et de la nature vivante. Je n’ai pas l’intention de décrire ici les appareils en usage, et je renverrai pour cela aux divers traités de photographie publiés dans ces dernières années, mon but étant de parler seulement de l’action de la lumière et des diverses réactions chimiques que cet agent peut produire et qui ont pu être utilisées.
La durée de l’exposition de la plaque à la chambre noire est très-variable, et dépend de l’ouverture de l’écran placé en avant du diaphragme, de la distance focale de l’objectif et de l’intensité lumineuse de l’objet à reproduire ; on peut avoir une impression suffisante en une seconde ou bien quelquefois il faut deux ou trois minutes.
Exposition de la plaque à la vapeur mercurielle. — Si l’on voulait attendre que la couche impressionnable placée au foyer de la chambre noire donnât immédiatement, par un changement de coloration, l’indication d’un changement chimique dû à l’action de la lumière, et qu’il y
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eût par conséquent une image sur la surface, il faudrait peut-être plusieurs heures ; dans ces conditions, l’image serait négative, c’est-à-dire que les parties éclairées de chaque objet seraient représentées par des ombres sur la couche sensible, et vice versa. Mais si avant que cette image apparaisse, et alors que l’impression à la lumière n’a été que de faible durée , on vient à exposer la plaque sensible à la vapeur de mercure, comme on l’a déjà dit, page 75, la vapeur de mercure ne se fixe que sur les points qui ont été frappés par la lumière, et donne une image positive des objets dont les dessins se peignaient sur la glace de la chambre noire. Telle est réaction curieuse qui est la partie essentielle de la découverte deDaguerre; nous examinerons plus loin quel est l’effet qui peut être produit dans cette circonstance.
Pour exposer la lame à l’influence de la vapeur de mercure, on se sert d’une boîte en bois de forme parallélipipède représentée fîg. 57,
dont le fond est en fer. Une lampe à alcool est destinée à chauffer ce fond métallique, qui est légèrement concave, et qui peut contenir quelques grammes de mercure. Un thermomètre a son réservoir plongeant dans le mercure à l’intérieur de la boîte, et sa tige ressort à l’extérieur de façon à indiquer à l’opérateur la température du bain mercuriel. La plaque impressionnée qui vient d’être retirée de la chambre obscure est placée, dans l’intérieur de la boîte, sur des coulisses inclinées à 45° d’arrière en avant, de sorte que si à l’aide d’un volet fixé à la partie antérieure de la boîte à mercure, l’opérateur veut regarder la plaque, il la voit pendant qu’elle reçoit l’action de la vapeur de mercure.
On chauffe le mercure jusqu’à 40 ou 50°; en tout cas il ne faut pas dépasser 60°; l’opération doit être conduite avec lenteur, et doit durer quelques minutes. Comme la lumière diffuse active ne doit pas agir sur la lame, on fixe d’un côté de la boîte une petite lame de verre jaune, et l’opérateur, en éclairant la plaque sensible de côté avec une bougie, ne fait tomber que de la lumière jaune inactive sur la plaque et peut suivre l’apparition de l’image. La boîte à mercure doit être placée dans une chambre ou dans un cabinet obscur, lequel ne serait éclairé qu’au moyen de verres rouges ou orangés, comme on l’a dit plus haut.
Lavage à V hyposulfite de soude. — L’image une fois formée sur la surface sensible n’est pas inaltérable à la lumière : exposée à l’iniluence de la lumière diffuse .ou solaire, elle disparaîtrait, par suite de la coloration de l’iodure d’argent qui recouvre toute la surface. On enlève aisément cette dernière substance en plongeant la lame dans un des dissolvants de l’iodure; celui qui a été indiqué par Daguerre, et qui réussit le mieux, est une dissolution aqueuse d’hyposulfite de soude. On la forme en dissolvant de 10 à 20 grammes d’hyposulfite dans 100 gr. d’eau; en plongeant dans ce liquide la lame de plaqué après sa sortie de la chambre noire, elle perd , par dissolution, les sels d’argent non impressionnés, et il reste à sa surface le dessin formé par un amalgame de mercure et d’argent représentant les parties claires de l’image par rapport au fond bruni de la plaque, qui donne les ombres. On lave alors la plaque à l’eau distillée; on la sèche à l’aide d’une lampe à alcool, et cette manipulation se trouve terminée.
Fixation et virage du dessin. — Tel était, sauf l’addition des substances accélératrices, le procédé indiqué par Daguerre ; l’épreuve est alors rendue inaltérable par la lumière; mais la moindre action mécanique peut l’endommager ; il suffit en effet de passer la main ou un tampon de coton sur sa surface pour enlever les parties claires et détruire l’effet dû à l’action de la vapeur mercurielle. M. Fizeau (1) a indiqué une réaction qui possède, en outre de l’avantage de rehausser les tons du dessin, celui de rendre fixe ce dessin sur la surface du plaqué, de sorte qu’un très-léger frottement ne peut l’enlever. Cette réaction consiste dans le dépôt d’une légère couche d’or à la surface de la lame ; pour l’obtenir, il s’était servi d’une dissolution de chlorure d’or dans l’hyposulfite de soude; mais depuis que MM. Fordos et Gelis (2) ont reconnu que le composé actif formé dans cette circonstance est un double hyposulfite d’or et de sodium, on emploie généralement une dissolution de 1 gr. de ce double hyposulfite cristallisé dans 800 gr. d’eau ou même dans 1,000 gr. d’eau. On place sur un trépied la lame de plaqué qui vient d’être lavée à l’hyposulfite de soude puis à l’eau distillée, et qui est encore humide, et à l’aide de vis calantes on la rend parfaitement horizontale ; on verse sur sa surface une couche de la dissolution précédente, de façon à ce qu’elle ait une épaisseur de 1 millim. environ, et l’action capillaire qui a lieu vers les bords rnain-
(1) Comptes rendus de VAcad. des sciences, t. 11, p. 237 et 900.
(2) Ann. dechim. et de physique, 3e série, t. 13, p. 394 (1843).
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tient cette dissolution sur la surface de la lame; on chauffe cette lame par dessous à l’aide d’une lampe à alcool et quand les bulles de vapeur commencent à se dégager, on rejette l’excès de dissolution, on lave la lame à l’eau distillée et on la fait sécher. On trouve alors que l’or s’est fixé sur le fond bruni de l’argent, ce qui donne du ton aux noirs de l’image; en même temps, l’amalgame d’or conservant une teinte blanche, les blancs ne sont pas altérés, et de. plus un léger frottement ne détruit pas le dessin.
§ 2. Action de la lumière lors de la Jormation de l'image daguerrienne.
Action des rayons différemment réfrangibles.
Telle est la méthode suivie actuellement quand on veut reproduire les images de Ja chambre noire sur une lame de plaqué d’argent. On voit, en résumé, que cette lamerecouverte d’iodure d’argent mêlé de chlorure ou de bromure, et qui placée au foyer de la chambre noire aurait demandé un temps très-long pour produire une image, lorsqu’elle est exposée à l’action de la vapeur mercurielle, après une courte impression à la lumière, donne une image qui apparaît immédiatement.
L’hypothèse la plus probable pour expliquer cet effet consiste à supposer que l’iodure d’argent impressionné est changé en sous-iodure (voir page 76), et que ce sous-iodure en présence de la vapeur de mercure donne de l’argent métallique qui s’amalgame avec elle, et de l’io— dure qui, restant à la surface de la lame, est ensuite dissous par l’hyposulfite de soude. Il faut remarquer toutefois que dans cette réaction si curieuse de la vapeur de mercure le dépôt de mercure ne parait pas en rapport avec l’action exercée sur la couche d’iodure d’argent, puisque cette réaction est inappréciable par tout autre réactif, et cpie la quantité de mercure fixée sur la lame est plus grande que celle du sousi odure d’argent formé. C’est même le motif qui avait fait attribuer la condensation de la vapeur mercurielle à une modification physique de la couche d’iodure.
M. Carey Lea (1), d’après cette hypothèse, a fait plusieurs expériences curieuses dans le but de montrer qu’une action physique exercée sur l’iodure d’argent pouvait mettre cette substance dans des conditions analogues à celles que lui communique la lumière; ainsi, la pression
(1) Bulletin de la Société française de photographie, l. 12, p. 04,88, 147 (1866) et t. 13, p. 182, 1867. Ces expériences ont été répétées par M. A. Girard.
de môme que le contact d’un objet sur une surface sensible d’iodure d’argent peut permettre de développer une image parles procédés ordinaires, comme'on la développe après l’action lumineuse. Dès lorsM. Carev Lea pense que la lumière agit en donnant à l’iodure une impression physique qui peut se perdre peu de temps après, de même que l’impression phosphorescente de certains corps. Mais de ce que l’iodure peut être mis dans des conditions analogues par des actions physiques ou chimiques, il ne s’ensuit pas que l’intluence de la lumière doive être purement physique; il résulte au contraire des effets dont il a été question dans le Ier chapitre du livre précédent, ainsi que des phénomènes électrochimiques produits sous l’influence des rayons lumineux, que l’hypothèse basée sur la décomposition chimique de l’iodure est la plus probable.
L’image que l’on fait apparaître par l’action de la vapeur de mercure peutêtre obtenue sans l’intervention d’aucune substance et par l’influence seule de la lumière ; dans ce cas, la réduction de l’argent métallique qui suit une action commencée est encore la preuve de l’action chimique exercée sur les lames daguerriennes après une courte exposition à la lumière, bien que cette dernière action ne soit pas immédiatement appréciable. Pour observer cet effet, il faut avoir recours aux phénomènes de continuation que j’ai observés en 1840, et dont on a parlé page 76 : on a vu qu’une plaque daguerrienne simplement iodée exposée pendant un temps très-court à l’influence de la lumière, et même pendant un temps inférieur à celui qui est nécessaire pour qu’elle fixe la vapeur de mercure, continue à être impressionnée dans la partie rouge et jaune du spectre solaire, comme si elle eût été exposée à l’action des rayons primitivement actifs bleus et violets. On peut obtenir de semblables effets avec des écrans de verre jaune et rouge; et même, comme on l’a déjà dit page 77, cette action est telle qu’une image daguerrienne commencée et provenant d’une simple exposition la chambre noire, image qui est encore latente, exposée sous un verre jaune à l’influence de la lumière solaire, apparaît peu à peu sous l’influence seule des rayons qui ont traversé cet écran coloré, et la réduction de l’argent métallique dans les parties primitivement insolées donne du blanc comme l’aurait fait la vapeur de mercure ; ainsi, par la lumière seule, en choisissant la réfrangibilité des rayons actifs, on obtient des images de la chambre noire sur l’iodure d’argent. Ces images sont ensuite lavées et fixées comme il a été dit plus haut.
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Il est évident, d’après cela, que même dès les premiers moments de l’impression lumineuse sur l’iodure d’argent, la décomposition chimique de ce corps est commencée, et que dès lors les réactifs tels que la vapeur mercurielle peuvent continuer cette action, comme le font certains rayons de lumière après un temps suffisant. Nous verrons également, dans le courant de ce livre , que les lames iodurées et impressionnées plongées dans des bains métalliques, et en rapport avec le pôle négatif d’un appareil voltaïque, peuvent donner lieu à une précipitation de métal qui s’opère inégalement suivant l’impression primitive de la surface; dans ce cas, la différence de composition de la substance est mise en évidence autrement que par la vapeur de mercure et par l’action des rayons lumineux les moins réfrangibles.
Les lames de plaqué d’argent simplement iodurées, ou attaquées par l’iode et le chlorure d’iode, offrent bien les effets de continuation sous l’influence de la partie rouge et jaune du spectre; mais si elles ont reçu du brome, comme on l’a vu, page 90, elles ne manifestent plus ce phénomène remarquable. Il faut rêmarquer que les verres jaunes sont les écrans les meilleurs pour obtenir les tons blancs lorsqu’on veut se servir de la lumière seule pour reproduire les images de la chambre noire; les verres rouges donnent aussi les effets de continuation , mais quand ils sont trop foncés, ils ne laissent passer que la partie extrême la moins réfrangible du spectre, et alors la réduction métallique se complique des actions inverses dont il a été question page 91.
L’étendue de la partie active du spectre lumineux sur l’iodure d’argent, ■comme on l’a déjà vu, et comme cela résulte de l’inspection de la ligure 46, explique comment les objets colorés viennentinégalement bien
Fig. 46-
dans la reproduction des images par le daguerréotype. Les rayons bleus, violets et ultra-violets, comprit depuis G jusqu’en P, étant les senls qui
IA LUMIÈRE. — T. II. ' 12
commencent et continuent l’action chimique sur l’iodure d’argent, les objets qui par diffusion émettent des rayons de cette réfrangibilité sont les seuls aussi qui donnent des rayons actifs et dont les images puissent apparaître; ceux qui n’envoient dans la chambre noire que des rayons peu réfrangibles jaunes etrougesne doivent pas mieux venir que des objets noirs, c’est-à-dire qu’ils forment ombres. Mais comme en général leî objets donnent par diffusion des lumières composées, il en résulte que même avec des tons rouges ils émettent souvent quelques-uns des rayons très-réfrangibles, et peuvent alors présenter des demi-teintes et des dégradations de tons.
Dans la reproduction des objets colorés et des tableaux, il faut avoir égard à ces divers effets. Si l’on remarque que les rayons verts, jaunes et rouges, quand on se sert d’iodure d’argent simple ou d’iodure mélangé de chlorure, exercent également une action quand la substance a reçu un commencement d’impression, il y aurait avantage à se servir alors de lames que l’on aurait exposées préalablement à la lumière diffuse pendant un temps assez court pour que l’image ne soit pas voilée, mais suffisant pour que les rayons les moins réfrangibles puissent agir. Lorsqu’on emploie des plaques d’argent indurées puis bronmrées, la fig. 45, page 83, indique que l’impression prismatique du coté du vert est plus longue qu’avec l’iodure simple , et que certains tons verts qui ne viendraient pas dans ce dernier cas présentent des demi-teintes après la fixation de l’image ; de là un meilleur résultat, mais il ne faut pas que la lame ait vu le jour avant l’action de la chambre noire.
On peut remarquer encore que les objets bleu clair apparaissent comme des objets blancs, car les uns comme les autres envoient à peu près autant de rayons actifs sur la plaque impressionnable ; les objets verts au contraire, tels que les feuilles dans un paysage, apparaissent presque comme des corps noirs. J’ai pensé alors, comme je l’ai proposé, que si l’on plaçait devant l’objectif d’une chambre noire un écran coloré en vert clair de façon à faire voir tous les objets sous le même ciel, c’est-à-dire à enlever les rayons les plus réfrangibles trop actifs, on augmenterait le temps de la pose à la chambre noire bien entendu, mais on aurait plus de demi-teintes dans les objets qui sont colorées des nqances vertes et jaunes (I).
La reproduction des images de la chambre noire par l’action de la
(1) Mèm. des savants étrangers de VAcad. des sciences , t. 8, page 381 ( 1840).
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vapeur de mercure donne lieu à un effet qu’il est important de signaler, car il limite le temps d’exposition de la surface sensible au foyer de la chambre noire, sans quoi l’on est exposé à obtenir des épreuves dans lesquelles les noirs etles blancs n’ont plus les mêmes intensités relatives. On observe que si l’iodure impressionné fixe la vapeur de mercure de façon à donner, par contraste, une teinte blanche par rapport au fond bruni de la plaque , lorsque la durée de l’impression a dépassé une certaine limite, la vapeur de mercure en se fixant sur les parties impressionnées, s’étale pour ainsi dire et donne une surface miroitante qui paraît sombre au lieu de rester blanche; les parties ile la surface où l’impression lumineuse a été trop vive sont alors dites solarisées. On ne peut remédier à cet inconvénient que présente le mercure et il faut nécessairement limiter la durée de l’exposition de la surface impressionnable à la chambre noire.