CHANTS ET DANSES BERGERS ET BERGERES
Mêlons nos pas dans P herbe y
la flûte trille ; quun autre lie sa gerbe
que r été grille ; qu'un autre foule la grappe
d^un pied agile ; Celle qui peut s échappe ^ Celui qui veut F attrape y
garçons et filles.
C'est bien, cela fut bien ainsi :
que dans la course et sur la route,
quiconque se retourne et doute
si l'avenir n'est pas où s'en vont ses soucis,
voie de ces choses immobiles et mortes
et s'en émeuve
et revienne heurter à la porte
qu'il referma, naguère
sur l'ombre de sa veuve...
Ailleurs,
qui sait quel sort d'opprobre et de malheur
ouvre, à qui s'en revient, le double geste
de Pénélope assise auprès de Clytemnestre ?
Ici,
tout accueil est sacré,
ici, l'ardente chasteté recrée
l'éternel lendemain paisible et tel
que, pareille à la tisseuse perpétuelle,
la vie refait la nuit ce que défit le jour,
accueillante à toute heure et respectée,
Ithaque, de la mort et, même, de l'amour...
Car l'amour et la mort s'en vont, main dans la main, / par les sentiers des bois et par les grands chemins, sur le seuil entr'ouvert du jour sans lendemain ils ne se retournent pas...
O tes heures, ma vie !
O l'éphémère, la volontaire, deux fois mienne :
puisque, la vivant, je la vis en moi ;
comme elle enivre d'être ainsi intime
et vaste du beau grand jour sublime
qu'on s'approprie,
heure par heure, en nourrissant sa joie !
Avec du soleil dans les yeux
SAPHO 105
plus fort que tout l'éclat du grand midi ;
avec la force plus virile que le vent impétueux ;
la fièvre ardente à sécher toute pluie ;
l'orgueil de dominer, selon son âme,
le sourire de l'hom.me, le rire de la femme ;
d^amasser, en un geste de moissonneur,
au fil léger de sa faucille,
les blés humains
où palpitent et se terrent, oiseaux farouches,
les cœurs
qu'on apprivoise au baiser de sa bouche...