‹ La Lumière de GrèceChapitre 9 sur 14 · SAPHO III · texte numérisé non relu

SAPHO III

venait s'asseoir ici et, regardant la mer,

oubliait Héra et se sentait fort

pour quelque amour nouveau et fabuleux !

La légende est pareille à l'âme de la foule,

comme un miroir qui reflète un visage ;

elle fait sourire le sage :

le peuple est un enfant qui aime croire.

Voyons, cet amoureux, peut-on lui pardonner ? Reste-t-il quelque espoir ?...

SAPHO, sans entendre et que soulevé sa vision

Descente vertigineuse du Char !

La mer est comme un brasier ;

la roue de feu

dont tout regard s'efFare

creuse une ornière de rayons ;

tout suit, à contresens, le mouvement du dieu :

il aspire le jour !

Il semble qu'on recule vers l'ombre sans retour

que soulève sa fuite

en poussière de ténèbres...

Je m'en irai dans le couchant ; je ne veux plus de nuit:

je hais l'Erèbe !

Phoïbos pousse le char à même l'ombre où brûle

derrière nos crépuscules

sa gloire toujours égale à sa divinité ;

il ouvre devant lui, au heurt de son timon,

le flanc infécondé de l'infini,

inondant à jamais l'immensité

du sang torride de la Vie...

(^A poignées^ elle effeuille au vent les fleurs de sa ceinture^ Je m'éparpille vers toi avec ces roses, Phoïbos ; j'ose...

me dresser vers ta force, comme une femme ; suivre cette poussière que lève un vent humide, accourue, ombre d'or au geste de ta flamme, sur la mer infinie, vers ta splendeur avide...

Je veux tourbillonner aux jantes de tes roues

mêlée au feu victorieux qui jaillit d'elles,

boue d'étincelles,

éclaboussant la nuit de ta gloire

dont tout astre s'exalte :

ah ! je veux

vivre de ta victoire hennissante et sans halte !

Prends-moi, dieu brutal,

SAPHO 113

époux quotidien d'une aube pâle :

j'ai peur de l'ombre à la douceur mortelle,

j'ai peur de Sélèné, ta sœur, elle est trop belle ;

je suis lasse des jeux, des chants, des danses lentes,

du baiser des amants, du rire des amantes ;

j'ai horreur de la nuit ; je hais l'éclat des lampes !

Prends dans ta rude étreinte mon âme toute vive, hors de la vie étroite qu'élargissait en vain mon désir inouï, trop vaste et surhumain ; absorbe en ton brasier ma torche que j'y jette, propitiatoire, avec l'humble orgueil qui m'a faite l'égale, par moments, des ineffables formes que trace au firmament le rêve éclos de nous.

Je n'aurai voulu qu'un dieu pour époux

qui mêle mon sang vierge au sang du couchant ivre..

M'abîmer dans l'étreinte énorme !

M'unir, enfin, aux choses qui délivrent !..

{Elle bondit éperdue etplane^ oiseau clair^ sur F abîme où la nuit F enveloppe.)

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