LA LAMPE ANTIQUE
(le filasse, no se laisse pas asses pénétrer par l'oxygfcne do l'air pour que le carbone du l'imile puisse brûler tout entier. Le carbone non brûlé s'échappe donc ou fumée uuuséaboude qui vous prend à la gorge. Mais la fumée antique devait sentir bien plus mauvais encore que celle d'aujourd'hui, parce que l'huile était très impure et qu'on la rcmplal,^ai^ mémo souvent
Fig. 4 et 5. Candélabre
^par des graisses remplies de saletés do tout genre. Voilà la lampe qui figure dans les récits les plus poétiques des Grecs. Voilà, par exemple, l'élégant bougeoii- que l'imprudente Psyché renverse sur l'.Vmour dans la nuit fatale où elle cède au malencontreux désir de dévoiler Tîncognifo de son mystérieux amant. On compreud la colère du divin enfant, qui deviendrait inexplicable en présence d'une mignonne veilleuse électrique. S'il peut encore se brûler maintenant, du moins n'aurait-il plirs besoin de parfums pour se désinfecter.
Djiiis li's soni{)IUfu\ palais de la Romp impériale, aussi bifti que dans la masure diî l'esclave attaché aux plus lointaines cultures, le système de r<3clairage était partout le même. Au lieu d'une grossière terra cuite, on pouvait employer des suhstancea précieuses pour faire la lampe, lui donner une forme éléganle, la poser sur des candélabres richement si:ulptés (fig. 4 et 5) et combinés avec ai-t : c'était toujours la mime lampe que nous venons de décrire, sans que le luxe de sa pai'ure eût modifie en rien son organisme.
Beaucoup de savants font aujourd'hui du feu, aussi bien que du langage, la caractéristique de l'humanité. II est bizarre que celte invention primordiale, qui a mis l'homme hors de pair dans la nature et l'a fait sortir du rang des animaux, ail été l'une des dernières à se perfectionner. C'est cependant ce qui est arrivé. La lampe romaine, àpeine supérieure aux ustensiles des sauvages primitifs, est restée sans rivale pondant la plus grande partie du moyen Age.
C'est à la fm du xu" siècle seulement qu'on imagine en Angleterre une grande nouveauté, une matière édairanle solide pour remplacer l'huile. Cette nouveauté s'appelle la chandelle de suif! On la fabriquait avec de la graisse do mouton, sous la forme bien connue qu'elle a encore aujourd'hui. Peut-être passait-elle alors pour une invention dangereuse ou hérétique, car elle semble avoir mis bien du temps à se répandre. C'est soua Charles V, à la fm du xiv' siècle, que les Français commencent à s'en servir; j'entends les Français riches : c'était alors un . luxe interdit aux gens du commun.
Nos pères la considéraient comme un grand progrès, — ils n'avaient point tort pour cette époque, — et ils s'en contentèrent longtemps. Le roi Soleil n'avait pas d'autres luminaires pour éclairer le soir les .somptuosités de Versailles, et les pièces de Molière, de Racine, môme encore celles de Voltaire, se produisirent aux feux des chandelles de six à la livre.
Longtemps aussi les passants furent très heureux de se gui-