‹ La lumière électrique, son histoire, sa production et son emploi dans l'éclairage public ou privé, les phares, les théatres, l'industrie, les travaux publics, les opérations militaires et maritimesChapitre 11 sur 183 · LA CHANDELLE ET LA BOUGIE · texte numérisé non relu

LA CHANDELLE ET LA BOUGIE

der le soir dans les rues des villes à la lueur des chandelles placées au coin des fenêtres. Les lanternes destinées à Téclairage public datent seulement du second tiers du xyii** siècle, et il fallut attendre le milieu du xvni' siècle pour les voir surmontées d'un réflecteur disputant au ciel leur maigre clarté, afin de la rejeter sur le sol. C'est alors qu'elles prennent le nom fameux de réverbères. Ceux d'entre nous qui ne sont pas tout jeunes ont pu encore les voir se balancer en haut d'une potence, d'où on les descendait à l'aide d'une corde, comme un seau dans un puits, quand il s'agissait de les allumer ou de les éteindre.

De nos jours, la chandelle s'est perfectionnée pour devenir la bougie. Grâce à la découverte de* la composition des corps gras, faite en 1811 par M. Chevreul, on pouvait songer à extraire industrielletnent du suif le meilleur de ses principes éclairants, l'acide stéarique. M. Chevreul l'essaya lui-même en collaboration avec Gay-Lussac, et ils prirent à Paris, le 5 janvier 1825, un brevet d'invention qui du reste ne fut jamais exploité, non plus que le brevet anglais pris à Londres par Gay-Lussac sous le nom de Mosès-Poole. Il faut bien reconnaître d'ailleurs que leur méthode n'aurait pas pu fonctionner dans la pratique industrielle.

Un autre chimiste, Cambacerès, prit quatre brevets pour le même objet dans le courant des années 1825 et 1826. Il fut un peu plus heureux que ses illustres concun-ents, et parvint le premier à fabriquer des bougies stéariques, fort imparfaites d'ailleurs et très impures, leur teinte jaune le disait hautement. Ces bougies poissaient encore aux mains comme des chandelles, sentaient presque aussi mauvais et continuaient à brûler d'une façon médiocre, malgré les perfectionnements apportés à la mèche. Aussi la vente fut-elle très restreinte, et Cambacerès cessa bientôt d'eu fabriquer.

Ce sont deux jeunes médecins, MM. de Milly et Motard, qui reprirent le problème en 1829 et lui donnèrent enfin une solution satisfaisante après deux ans de recherches patientes. C'est

donc de 1831 que date l'imlustrie des bougies stéariques, et. comme la première usine était situiîe près de l'arc do triomphe de l'Étoile, elles prirent le nom de Bougies de rÉloile, bieatût connu dans le monde entier et qui leur resta quand l'usine eut changé do quartier.

Plus solide et plus propre au toucher comme h l'œil, pourvue d'une mèche qu'on n'a plus besoin de moucher, puisqu'elle se consume, brùliinl sans fumée et sans odeur détiagréublc, la bougie stéariqu» conserve la forme de la chandelle et fonctionne de la même manière au point de vue physique. Mais elle éclaire davantage. C'est elle dorénavant qu'on emploiera comme unité dans les comparaisons de lumière, en pren:uit pour type la bougie qui brûle par heure 10 grammes de sléai'ino, unîlé malheureusement fort variable suivant la pureté plus ou moins grande de la stéarine commerciale employée.

Les bougies de l'Étoile se vendaient alors 3£r, 50 le kilogramme, de sorte que la bougie type brûlant 10 grammes k l'heure dépensait 3 centimes et demi. Par suite de la baisse des prix, elle no coûte guère aujourd'hui beaucoup plus de 2 centimes. C'est du reste bien plus cher que la chandelle de suif, qui ne se vendait pas alors ta moitié du prix de la bougie, et qui aujourd'hui encore vaut infiniment moins, à pou prJ!.s dans la proportion de 1 fr. 23 à 2 fr. 10 le kilogramme. Il est \Tai qu'un kilogramme de suif donne seiriemenl les quatre cinquièmes de la lumière fournie par un kilogramme de stéarine. Mais en tenant compte de cette différence, on n'arrive encore qu'A une dépense ne dépassant guère 1 centime et demi par heure et par unité lumineuse, c'est-à-dire les trois quarts h peine de ce que coule hi bougie pour un même rendement.

C'est donc seulement au point de vue du confort el du luxe que la bougie a été un progrès, mais non au point do vue de l'économie. Il n'en est pas de même d'une autre invention qui a transformé les conditions d'emploi de l'huile. Nous voulons parler de la lampe muderiio.

LE QUIHQUET. 7

La tio du xviii' siècle avail été marquée par une découverte qui produisit sur le public un effet tout aussi grand que celui de la lumière électrique aujourd'hui. Cette découverte, dont le nom a maintenant des allures vulgaires à cause de sa popularité même, c'est le quiuquet. Voici comment il transforme enfin la vieille lampe romaine.

Si la lampe à mèche pleine donne tant de fumée et si peu de lumière, cela tient à ce qu'il n'y pénètre pas assez d'air pour fournir l'oxygène nécessaire à la combustion complète du carbone. La lumière étant produite par la combustion, elle reste moins vive, comme la combustion ellemème.D'uu autre cAté, la flamme, remplie de parcelles de charbon qui n'ont pas trouvé de molécules d'oxygène à épouser en légitime mariage, n'a pas assez de chaleur pour les porter toutes à la température oîi elles deviennent lumineuses. Elle reste donc chargée de particules noires, c'est-à-dire de fumée, qui l'obscurcissent et s'imprègnent de toutes les-odeurs renfermées en germe dans l'huile, odeurs qu'une combustion plus complète aurait détruites.

Il fallait, pour supprimer tous ces inconvénients, faire arriver un afflux plus grand d'oxygène dans la lampe . Pour y parvenir, Argant eut l'idée de donner à la mèche la forme d'un tube cylindrique, en faisant pénétrer l'air au milieu. La flamme ne constituait plus un fuseau plein comme celle des chandelles , mais une ligne circulaire assez mince , baignée d'air des deux côtés, de sorte qu'elle ne devait plus manquer d'oxygène. Le réservoir d'huile était placé à une certaine distance du bec brûleur et dans uue position un peu plus élevée, de manière que le liquide montât jusqu'au bout de la mèche par refi"et

Fig. 6. Lampe de Quioquet Buspeadja à uu mur.

8 IIISTOIRK DE L'ÉCLAIRAGE,

des lois de l'équilibre dans les vases communiquants. L'appareil, divisé ainsi eu deux parlies réunies par un tube Je communiwitiou. s'accrochait â «n mur (fig. 6) ou se montait sur une lige h pied plat qui lui donnait une certaine stabilité.

A ce dispositif nouveau, Quinquel ajouta une cheminée de ven-e qui activait lu tirage, .c'esl-à-diro augmentait la quantité d'air alimentant lu flamme, et il produisit l'invention complète sous son nom, in 17BS. C'est une date aussi niipurtante pour l'éclairage que la il. II.' de 17«9 en politique. Il y a i.i, eu efTot, toute une révolution industrielle. Entre la lampe antique et la lampe de Quinquet, la différence est la même qu'entre la chi-minée de nos salons et l'ftlre de nos premiers pères ariens, simplement formé pîir un trou creusé en terre au milieu de la cabane.

Plus tand, Carcel excita un enthousiasme universel eu adaptant à la lampe de Quinquet un moud'iiuiiB iafeiieur. vemeut d'boilogerie. — remplacé

plus tard par un ressort, — et faisant mouvoir un pîslon qui pressait l'huile pour l'obliger à monter dans la mèche en quantité plus considérable. Cela permit de placer le réservoir d'huile sons la miiche et de donner à la flamme un éclat que personne n'osait espérer (fig, 7). Louis XJV en aurait été ébloui.

L'invention de Carcel, ilounant à la lumière de la lampe plus de régulaj'ité qu'à celle de la bougie, fournil une nouvelle unité pour la comparaison des foyers lumineux et la mesure do leur

Fig. '7. Lamp? Ivpt^ Carcel t

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