LA LAMPE CARCEL
pouvoir éclairant. Les conditions dans lesquelles doit brûler le type dit bec carce/ adopté, ont été déterminées dans Tinstruction pratique, dressée en 1860 par MM. Dumas et Regnault, pour la vérification journalière du pouvoir éclairant du gaz de Paris. La mèche doit avoir 3 centimètres de diamètre et la lampe doit consommer par heure 42 grammes d'huile de colza épurée, avec une flamme de 4 centimètres de hauteur. Comparé aux diverses bougies-étalons adoptées, un bec carc€l vaut 7 bougies et demie de la bougie stéiirique dite de l'Etoile , encore employée en France pour les foyers de faible intensité; pour la bougie de Spermaceti adoptée en Angleterre, ou Candie y un bec carcel vaut 7 bougies 4 dixièmes. Pour la bougie de paraffine employée en Allemagne, un bec carcel vaut 9 bougies 6 dixièmes.
La direction des Phares, en France, avait adopté un type un peu plus faible, ne consommant que 40 grammes d'huile de colza épurée à Theure. Mais le Congrès des électriciens, sans prendre de décision absolue à Tégard des mesures photomé- Iriques, a émis le vœu de les voir toutes exprimées avec le type uniforme de 42 grammes, ou type de la ville de Paris.
En comptant Fhuile à \ fr. 50 le kilogramme, la dépense est de 6 centimes 3 dixièmes par heure, tandis que 8 bougies exigeraient 17 centimes pendant le même temps. L'éclairage coûte donc trois fois moins cher avec la lampe Carcel qu'avec la bougie. En même temps la lumière est plus blanche, plus régulière, et aussi plus concentrée, ce qui permet d'obtenir une intensité lumineuse plus considérable. Cette fois le progrès existe à tous les points de vue sur la chandelle et la bougie.
La lampe moderne, telle qu'elle nous sert encore tous les jours, était constituée. Mais au moment où elle prenait sa forme définitive, elle avait déjà un rival qui Ta remplacée rapidement pour toutes les grandes applications.
Dès 1801 , ringénieur français Lebon avait découvert et démontré les puissantes propriétés éclairantes du gaz produit
\0 HISTOIUK DE L'ÉCLAIRAGE.
par la combustion de la houille en vase clos. Mais, comme il est arrivé plus d'une fois, l'idée trouvée en France ne fut appliquée d'abord qu'en Angleterre. Chez nous, le gaz fut accusé d'être malsain, comme on avait fait autrefois pour la houille elle-même. Cependant il fut essayé à Paris en 1818, sous Tadministration de M. de Chabrol, et son immense succès l'imposa aussitôt pour Téclairage public ; après avoir envahi les rues , l'heureux conquérant pénétra bientôt aussi dans les maisons et se fit accepter partout.
C'est lui qui règne aujourd'hui, et'son règne est fondé principalement sur le bon marché. Un bec de gaz équivalent à la lampe Carcel type ne coûte à Paris que 3 centimes par heure au lieu de 6 et demi, c'est-à-dire moins de la moitié du prix de l'huile. Nous faisons le compte pour les particuliers qui paient encore le gaz 30 centimes le mètre cube. Mais, pour la ville, qui le paie seulement 15 centimes, la dépense s'abaisse au quart, et c'est le prix que tout le monde paie à Londi*es comme dans la plupart des villes anglaises.
Les producteurs d'huile se crurent frappés à mort, et comme la houille était aussi une production nationale, ils n'avaient même pas la ressource détouffer le nouveau venu dans le réseau des tarifs protecteurs. Le gaz donnait bien plus de lumière pour moins d'argent, pénétrait partout sans déranger personne, supprimait une foule d'ustensiles malpropres ou incommodes. Comment lutter contre un pareil rival?
Si naturelles qu'on dût les jugtu-, ces prévisions pessimistes furent démenties par l'événement. L'industrie des huiles est aujourd'hui aussi prospènî qu'autrefois. Ses débouchés n'ont pas diminué. A côté des triomphes éclatimts du gaz, il s'est trouvé un grand nombre de cas où le nouveau conquérant n'avait pas pied, et dans ces cas on a augmenté la consommation d'huile ordinaire, parce que l'œil, rendu plus exigeant par les prodigalités lumineuses du gaz , ne se contentait plus des pauvres éclairages qui lui suffisaient autrefois. Puis, ce que lu lampe perdait du côté du gaz, elle le regagnait du côté de la
LE GAZ KT LE PÉTROLE. Il
rhandelle » malgré la transformation de celle-ci , qui devint de plus en plus une bougie plus propre et plus éclairante.
Vers 1860, la découverte de l'huile de pétrole vint encore ajouter à nos ressources, en permettant d'obtenir une lumière au moins aussi belle que celhî du gaz à un prix bien inférieur, mais dont nous sommes les seuls à ne pas profiter, par suite des droits élevés qui frappent le pétrole à son entrée en France. Cette fois encore, les producteurs d'huile et même de gaz se crurent sérieusement menacés. Cependant le gaz n'a pas c^ssé de prospérer, non seulement chez nous, mais aussi en Angleterre, en Allemagne, où Ton paie le pétrole 20 centimes le litre, et même à New- York, où il coûte à peine 2 centimes. à cause de la proximité des mines de la Pensylvanie.
Ce qui s'est passé il y a un demi-siècle entre Thuile et le gaz se produit aujourd'hui entre le gaz et l'électricité. Depuis que la lumière électriqut» grandit et semble menacer le domaine du gaz, tous les intérêts engagés sur ce domaine s'affolent, comme firent autrefois hîs représentants de l'huile. Déjà, dans plus d'une circonstance, l'annonce de telhî ou telle découverte électrique a provoqué de véritables paniques parmi les actionnaires si nombreux des Compagni(»s Ao gaz du monde entier, surtout en Amérique.
Ces craintes ne sont guère fondées ; l'avènement de la lumière électrique fera naître de nouveaux besoins ; sans nuire à la prospérité des industries concurrentes, elle provoquera des améliorations et sans doute un abaissement de prix dont tout le monde profitera.
Le consommateur dépensera tout autant, mais sera mieux éclairé, et le producteur retrouvera son compte sur la quantité. Nous en avons déjà la preuve dans les perfectionnements récemment apportés aux brûleurs à gaz, dont on a pu augmenter la puissance et diminuer la consommation dans des proportions qui auraient semblé incroyables trois ou quatre ans plus tôt.
Quant à la houille, elle est loin d'être menacée, puisque c'est
12 lirSTOrRE DE L'ÉCLArRACE.
par rinlermédiaire do lu machine à vapeur, c'est-à-ilirc de la houille, que l'on produit Ichiclricité. Peul-ètre même arriverat-on à employer des machines à gaz dans certaines condiLions au lieu de machines à vapeur, de sorte que le gaz protitcrail de tous les développementi de IV^lectricité,
Nous l'uppelleroits en&iL' deux autres procédés d'éclairage qui sont intér sauts, parce que le prlncipS' d'incandescence sur lequel .
ils étaieut établis se re^ Ironvo appliqué rés dans certains systèmes récents d'éclairage électrique, et qu'ils permettent d'obtenir dos foyers Irfe»
[niÎHsimts, comparables à^ If point de vue aux foyerft^ électriques eux-mêmes,
Le premier consistait dans l'emploi d'un réseau cylindrique de fil de pit tine élevé à l'incandescence par la combustion d'unjetdegazhydrogëasj des essais d'éclairage ptti
- u. ...que a« n>»rn«>.B •y» «>.».» ,.,uuuuo.^
ceoti; tiint iBcûaD du jet gaisDx BDOiuiiiiit. bllC OUt CU lieU aveC 0(
système en 1859, di quelques rues de Narbonne. L'efirt était satisfaisant; ma cela coûtait alors beaucoup trop cher.
L'autre système, inventé par M, Druimnond, avait été mi
Fig, 8. Lampe de M. T*s»is Ju Molaj pour U production de In lumière Drummoad.
fllB.
Rob
■ODlrt.
d. rox,Bc
«clu
tgt
■lasD^
■ pird
es \ay\ax e
qn'o
%. — C. Ko
lUIXMII llID
snt
lejei
BMPIH
!.«■ deni g
qu-à
Im iLortie \«M
« da bec e
juKin
e^làd
Qduiu
dlxinc
t».Yan«cy
r»utr
» ■DDUlui
loppM
onla
voit ditu.
l«Hg
n do déliai plBMB
LE GAZ OXY-HYDRIQLE. 13
difié par M. Tessié du Motay, qui fit quelques essais de 1867 à 1872, en divers endroits de Paris, notamment sur les places de THôtel-de-Ville et du Carrousel. Le procédé Drummond, encore employé aujourd'hui pour les expériences, consiste à chauffer un crayon de chaux à Taide de la combustion d'un jet de gaz formé de deux volumes d'hydrogène et un d'oxygène. M. Tessié du Motay avait remplacé le gaz hydrogène par le gaz ordinaire d'éclairage et la chaux par de la magnésie comprimée (fîg. 8). On fit alors à l'intensité des foyers et à la couleur blanche de la lumière les mêmes objections que l'on fait actuellement à la lumière électrique. Les lampes de ce système pouvaient atteindre la puissance de 20 becs Carcel en brûlant par heure environ 200 litres de gaz. Mais les frais de production et de canalisation de l'oxygène élevaient sensiblement le prix de cette lumière.