‹ La lumière électrique, son histoire, sa production et son emploi dans l'éclairage public ou privé, les phares, les théatres, l'industrie, les travaux publics, les opérations militaires et maritimesChapitre 140 sur 183 · inSTOIHE DKS PHARES · texte numérisé non relu

inSTOIHE DKS PHARES

«luos et Iravoillées isolément, puis nsseniLlées avec précision.

Comme il ne fallait pas songer k placer plitaîcurs lampes au centre d'un semblable appareil, Freanel cl Arago, reprenant une idée de Rtihmford, parvinrent à établir des lampes k plusieurs mtfches rnnccntriques assez rapprochées et séparées par autant de courants d'air annulaires. Les flammes s'écbaulTant mutuellement, la température générale est plus élevée et la lumière devient blanche et brillante. Un aftlux d'huile en excte est envoyé aux mèches, pour relarder leur carbonisation et rafraîchir les becs. On par\'int ainsi à établir' des lampes à l'huile végétale contenant quatre in&ches et donnant trois ou quatre fois plus de lumij>re qu'avec les plus grands réflecteurs paraboliques; en outre, les lentilles à échelons n'absorbent guère plus de 5 pour 100 de la lumière incidente, tandis que les meilleurs réflecteurs absorbent 50 pour 100. Il devient facilo avec ce système d'établir toutes les combinaisons de lentilles nécessaires pour donner aux difl'érenls feux les caractères particuliers qu'ils exigent. Fresnel compléta son invention en utilisant une autre propriété des anneaux de verre à sectiou triangulaire, c'est-à-dire la réfraction et la réflexion totale; il créa ainsi les anneaux, dits catadioplriqnesy qui utilisent le» rayons que l'on nt? pourrait recueillir sur le tambour dioplrique sans exagérer ses dimensions.

C'est encore sur la tour do Cordouan que fut installé le premier appareil de a» genre, en 1822, après que l'on eut relevé l'édifice pour mettre le foyer h 60 mètres au-dessus du niveau de ta mer.

Depuis cette époque, grâce aux travaux de MM. Doty et Dénéchaux, on parvint à employer l'huile minérale sans inconvénient, ce qui permit d'ajouler une cinquième mèche aux lampes do premier ordre, et ainsi de suite. La lumière fut augmentée en proportion sans un grand surcroît de dépense. Le gaz luimême a été mis k contribution ; et c'est avec lui que sont éclairés la plupart des phares de l'Ecosse.

On songeait bien depuis longtemps à la lumière électrique;

LES PHARES ELECTRIQUES. 371

mais un service comme celui-là exige une régularité ot une certitude absolues ; il fallut attendre que rélcctricité fut produite à Faide de machines assez puissantes et qu'un appareil assez parfait vînt régler Tare voltaïque. C'est à la macliine de Nollet, dite de TAlliance, et au régulateur de Serrin que reviennent rhonneur d'avoir fait accepter, en 1864, la lumière électrique dans les phares français, sous Thabile direction de M. l'Inspecteur général Reynaud. Une applic/ation semblable avait été faite en 4862 au phare anglais de Dungeness, avec une machine de Holmes, reproduction de celle de TAUiance, et un régulateur identique à celui de Serrin.

Bien que l'électricité ait justifié toutes les espérances qu'elle avait fait naître, son emploi ne s'est pas étendu très rajndement, et il n'existait en 1881 que douze phares ainsi éclairés dans le monde entier, quatre en France, six en Angleterre, un en Russie et le dernier à Port-Saïd, à l'entrée du canal de Suez. C'est qu'en effet l'éclairage des côtes, obligé de suivre les progrès de la navigation, n'avait pas attendu les perfectionnements de l'électricité, et que lorsque celle-ci fut prête, tous les phares nécessaires et possibles étaient déjà établis avec des appareils optiques destinés à recevoir les anciennes lampes à l'huile. Il aurait fallu sacrifier ces appareils et supporter une bien plus grande dépense ; c'est pourquoi on a dû ajourner la généralisation de son emploi jusqu'à l'époque de leur remplacement. C'est du reste ce qui va avoir lieu en France, à la suite des études et des propositions faites par le directeur actuel du service des phares, M. Allard, en janvier 1880. 42 phares à l'huile vont être transfonnés successivement en phares électriques. En Angleterre, on se propose d'en établir une centnine; les htats-Unis, l'Australie et même la Turquie poursuivent des études analogues.

Tl est important d'observer que, malgré l'expression usitée d'éclairage des côtes, les phares n'éclairent pas dans l'acception propre du mot. Leur rôle est d'être visibles, à la plus grande

r2 CLASSIFICATION DES PHARES.

disUij*.*^ jjossîIj]*^. f:*t r-^ttf distaDC^. quî s'apjielle la pffrtff. di^]>«'ud de la liaut«*ur du foy^r au-dcBBUs de I^horizoB et àe^m JulHusii^ lumineuse. Au^si doit-ou àlsXiu^uer lu portée gtograjjhiqn'! «'l la port^^e larnirwuse,

La jiivmière 4-sl limitée par la rondeur de la terre: elle est é^ale à la loij)^u<'ur d'une liime menée iongentiellement du f(*yer lumineux à la surface sjihérique de la mer et prolon^é^ jusqu a lo'il de lolisenaleur: ce dernier Ta uirmente naturellenn'nt «'Il s*«''levant lui-même lé* plus haut jiossible. danf^ la mâture d«* svm navire : en s*»'*levant de S à 20 mt-tn-s il peut ]*allun::»*r d**-nviron 10 kilomètres. Malheureusement la hauteur du fny«'i- *>{ toujours limitée jiar les difficultés de la construi'tion: l^.'s phares l«*s plus élevés sont ceux que l'état des ctiles permet d'étahlir utilement à terre, sur des points placés déjà bien au-dessus du niveau d«' la mer. comme ceux du mont d*A;:d(' et du cap Camarat dans la Méditerrannée. qui sont à ii(j «'t lîiO mètres au-dessus de Teau et dont les jK)rléesgéo- ^ra[»hiques atteignent alors les rhiffres bien rares de 50 el 51 kilomètres. Dès que Ton perd cet avantage, on ne dépasse t:nère 00 mètres d<' hauteur «*t 35 à 36 kilomètres de portée péo;:raj»hiqiie. comme la tour de Cordouan dans l'état actuel. Av»T lin fover suffisamm«*nt jtuissant. la portée lumineuse peut atteintlre el même dépasser la longueur de la portée céograj)hi<pn*, mais malheureusement par les temps clairs seulenn*nt; «'lie diminue mpidement el fréquemment avec la transpanMici' il«» Tair, et nous allons voir qu'il a fallu tenir compte de cette diminution pour calculer les distances des phares

rntre eux.

!^<* jirrniier service demandé aux phares consiste à sitrnaler aux marins l'approche des côtes aussi loin que possible: ceux (inl sont établis dans ce but doivinit posséder la plus grande puissance lumineuse; ce sont des phares Ac premier ordre^ aux- (niels on donne aussi le nom i\v phares de grand atterrage. Si le navigateur s'est trompé ou s'il a été dévié de son chemin par le mauvais temps, il faut qu'il puisse longer la côte de loin.

LES MANŒUVRES NAUTIttUES. 373

sans danger , jusqu'à ce qu'il arrive en face de son but. Il faut donc qu'il puisse trouver sans interruption une suite de lumières, de même puissance, ne quittant Tune que pour suivre l'autre; en un mot il faut que les cercles de portée lumineuse des phares se coupent réciproquement assez loin de la côte , et pour ique cela ait lieu le plus souvent possible, on a du adopter pour le rayon de ces mêmes cercles la portée lumineuse qui correspond au degré moyen de transparence de Tatmosphère, c'est-à-dire celui qui est atteint ou dépassé pendant la moitié du temps. Des observations rigoureuses poursuivies pendant de longues années ontpemiis d'établir cette valeur pour les différentes pai'ties des côtes ; elle est plus grande dans la Méditerranée que dans TOcéan et la Manche.

Arrivé au point cherché, le marin doit pouvoir sans danger se rapprocher davantage de la côte, et il est nécessaire de lui indiquer par un nouveau réseau de lumières les dangers qu'il peut rencontrer dans cette seconde zone.Dt» là la nécessité d'employer, en arrière des premiers phares, d'autres foyc»rs d'intensités variées, répondant aux deuxième, troisième, quatrième et jusqu'au cincjuième ordre. Enfin des feux encore moins puissants hii fournissent les derniers alignements à suivre pour entrer dans le port pendant la nuit; ce sont hîs feux de direction. Dans les ports à mtu'ée, des feux de couleurs variées lui intliquent à toute heure de nuit la hauteur de l'eau dans le port, de 50 en 50 centimètres.

Naturellement tous les phares n'ont pas besoin de distribuer leurs rayons autour d'eux de la même façon; les pbares de grand atterrage et quehjues phares «le second onh^e doivent éclairer tout l'horizon; les autres n'en éclairent qu'une fraction plus ou moins grande, et la lumière (jui serait inutile du côté de la terre est renvoyée vers le large. Lorsque la transi)arence de l'air est assez diminuée pour ({ue les cercles de portée lumineuse des appareils de grand atterrage ne se coupent plus, ce sont Jes feux de la deuxième ligne qui comblent cette lacune, et préviennent autant que possible le danger qui en résulterait ?

37^ CARACTÈKES DIFFERENTIELS DES PHARES.

ilans l'état actuel, c'est ce qui a lieu pendant six mois de Tannée environ; pendant les autres mois, le navigateor n*est averti i\nk une distance d'autant plus petite qne la transparence de l'atmosphère est moindre, et ce sera l'un des principaux avantages de remploi de la lumière électrique, de réduire cette période à deux mois au plus dans FOcéan, et à moins d'un mois #lans la Méditerranée , par suite de l'augmentation des portées lumineuses.

Pr>ur que les indications fournies aux na\'igateurs soient bien [M-érises, il est indispensable que tous ces foyers successifs se présonlenl ù eux avec des caractères différents et bien tranchés; on emploie à cet effet cinq genres de feux variés; feij fixe simple; feu fixe double; feu à éclipses avec éclats de trente en trente secondes; feu à éclipses avec éclats de minute en minute; feu fixe varié par des éclats de quatre en quatre minutes. Comme les éclipses complètes ne permettent pas de retrouver le feu facih;ment , surtout pendant les mauvais temps, on laisse subsister dans les phares français un feu fixe pendant la durée des éclipses, iH' qui permet de ne pas perdre le phare de vue. Ce feu fixe (»st relativement plus faible et varie de la moitié au seplièiiKî (l(î la valeur du foyer, suivant qu'il est formé par les rayons pris en haut et en bas de Tappareil ou par ceux du bas scul(^m(;nt.

(ies cinq caractères n'ayant pas suffi, on les a complétés avec des f(îux (le couleur, malgré la perte d'intensité qui en résull'e, puisqu'une» lumière colorée a perdu une partie de ses rayons lumineux. On ne peut employer du reste que le rouge et le vert, et (»nc()n»- vv dernier le plus rarement possible. On a ainsi obtenu (les feux fixes variés par des éclats rouges de quatre en quatre minutes (»t des feux h éclats blancs et rouges. Tels sont les dillénMils ciinirtères adoptés dans les phares actuels éclairés à rimib»; on pouvait leur reprocher une trop grande lenteur qui obligeait le navigateur à une attention longue et soutenue pour reconnaître h» caractère du feu devant lequel il arrivait. Il fallait même une certaine habileté pour apprécier des différences d'une

.demi-minute seulement. On avait été conduit à les adopter fi cauKH de ta difficulté d'imprimer aux ancirns appareils, lourdt> et volumineux, un mouvement de rnlation un peu rapide.

Comme les dimennions des appareils optiques sont en rapport :avec les volumes des sources lumineuses dont ils concentrent les rayons, l'énorme diminution de volume obtenue par l'emploi des foyers électriques a permis de réduire le.s appareils optiques; le diamètre des appareils de feux à l'hnite de premier ordre, qui était de 1", 84. a pu être réduit à 0",50 ou O-.eO pour les feux électriques du même ordre. Lu grande légèreté de ces nouveaux appareils optiques permet en même temps do le.i faire tourner beaucoup plus vile ; on a donc pu adopter un nouveau caractère de feu, Ali feu scintillant. Pour lu produire, on se sert d'un appareil de feu fixe qui rancentre natm'ellement les rayons dans le sens vertical; autour de cet appareil on fait tourner un tambour de lentilles dites à éléments verticaux. Ces lentilles sont des lames de verre, ayant une section lentîcu- Jaire, la même dans touto leur longueur. Chacune d'elles concentre les rayons dans le sens horizontal, et, par suite, produil Qn écjjit. Pendant la rotation, si toutes ces lentilles sont égales. le navigatem- verra se succéder une série d'éclats blancs égaux ; aura un feu scintillant simple. Si les lentilles verticales :SOnt alterniitivemcnt rouges et blanches, on aura alternati- ;<vemenl un éclat blanc et un éclat rouge; le feu sera un feu icintîllant rouge et blanc. De même on plaçant les lentilles ^ugfls do deux en deux, de trois en trois, ou de quatre ou i^uatre, on aura des feux à deux, trois, quatre éclats blancs consécutifs, séparés par un éclat rouge. Il faut remarquer que. jdans ce cas, comme la couleur rouge diminue l'inleasité lumineuse, on est toujours obligé de donner à la lentille rouge de plus grandes dimensions pour compenser cette perte. On peut rainsi, par la forme donnée aux lentilles, faire en sorte que le» iclats blancs et rouges soient équidistants, ou bien qu'il y ail, lAuti'e l'éclat rouge et le groupe voisin d'éclals blancs, une istance plus grande que celle qui sépare ces derniers entre

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