DÉBUTS DE LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
trique pourrait se propager dans le vide absolu, si nous avions des moyens de le réaliser.
Beaucoup plus tard, en 1850, lorsque la lumière électrique commençait à entrer sinon dans le domaine de la pratique, du moins dans les habitudes des laboratoires, Masson, professeur de physique à l'École centrale des arts et manufactures de Paris, reprit les expériences de sir Ilumphry Davy. Il conclut que l'électricité ne produirait aucun courant dans le vide absolu ni par conséquent aucun arc voltaïque. Une certaine quantité de substance pondérable est nécessaire pour que le courant se produise; mais la nature et la densité de cette substance modifient beaucoup la tension que l'électricité doit posséder pour donner naissance à l'arc voltaïque. En somme, la lumière engendrée par cet arc paraît donc bien avoir la même cause que celle de rétincelle électrique : elle est due aux matières incandescentes entraînées par l'électricité. Ces résultats sont d'autant mieux admis aujourd'hui, qu'ils ont été confirmés depuis par les recherches de Matteucci, venues très peu de temps après celles de Masson.
Quant aux applications pratiques, elles avaient rencontré une foule de difficultés. Cependant, en 1841 et 1844, deux savants français, MM. Deleuil et Archereau, avaient fait à Paris, au quai Conti et sur la place de la Concorde , des expériences publiques qui avaient excité l'étonnement comme l'admiration de tous. Ils produisaient l'arc voltaïque dans un vase clos purgé d'air pour ralentir la combustion des charbons. On rêvait déjà d'augmenter la puissance de leurs appareils pour créer des petits soleils à l'usage des villes peu favorisées du ciel. L'idée remontait même bien plus haut, car un professeur de l'Université de Halle, nommé Meinake, avait déjà dit la même chose en 1821 (Colburn, Practical Economy). Mais ce n'était qu'un rêve sans base sérieuse en 1844 comme en 1821, car on manquait encore de tout ce qu'il fallait pour le réaliser même en partie. D'abord, on n'aurait pas pu construire de piles assez fortes pour alimenter de pareils foyers lumineux, même à un
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prix très élevé. Ensuite, on ne comiaiBnait pus de charbons capables de fournir une bonne lumière pendant une durée suffisante.
Enfin, comme ces charbons brûlaient au passage du courant électrique, c'est-à-dire se raccourcissaient, il fallait trouver des systèmes convenables pour les rapprocher, soit de bons régulateurs, soit d'autres moyens. Tel était le programme il y a trente ans. On peut dire qu'il est presque eutièrcraenl réalisé aujourd'hui, et rai^me que chaque problème a le plps souvent reçu plusieurs solutions.
La première application réellement pratique, c'est-à-dire payée, a été faîte, en 1846, en vuii d'un but tout spécial. Il s'agissait de faire apparaître le soleil dans l'opéra le Prophète. On s'adressa h l'électricité, qui réussit tellement bien dans ses débuts, sous les auspices de M. Duboscq, qu'on organisa bientôt un service régulier pour son emploi.
A la flii de l'année suivante, c'est-à-dire en 1847, W.-E. Slaile fit une expérience publique d'éclairage en Angleterre . dans la grande salle d'un hôtel de Sundorland. C'est probablement le premier essai d'éclairage ordinaire par l'électricité, car il ne nous est parvenu aucun renseignement sur la mise en pratique des brevets antérieurs de De Molcyns (il août 1841), Thomas Wright (10 mars 184S) et E.-A. King (4 novembre 1845), tous pris à Londres. Cet éclairage de Sunderland pai'ait avoir été prolongé un certain temps, et le grand journal de Londres, le Times, le jugea d'une manière tout k fait enthousiaste. Sa puissance, disait-il, est immense; il ressemble au soleil ou h la lumière du jour et obscurcit l'éclat des bougies comme le ferait le jour lui-même (2 novembre 1848).
Pendant quatre années, l'imenteur multiplia les exp/'Hences dans un certain nombre de villes d'Angleterre, et, en 185S, l'administration des Docks de Liverpool fit même placer un gros foyer de son système en haut d'une tour bAtie tout exprès pour le recevoir. Mais cette année même Slaite mourut et son idée l'accompagna dans la tombe.