‹ La lumière électrique, son histoire, sa production et son emploi dans l'éclairage public ou privé, les phares, les théatres, l'industrie, les travaux publics, les opérations militaires et maritimesChapitre 63 sur 183 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LA LAMPE-SOLEIL

Dans la classification des divers genres d'éclairage électrique, la lampe-soleil occupe une place tout à fait à part et assez difficile à bien préciser en un mot. C'est une lampe d'arc voltaïque, et cependant Tare voltaïque, n'étant utilisé que comme source de chaleur, n'y produit pas ses inconvénients ordinaire; c'est aussi une Jampo d'incandescence, car la lumière provient d'une matière réfractaire solide incandescente ; mais cette matière ne sert point de conducteur au courant électrique ; c'est l'arc voltaïque qui l'échauffc et la rend ainsi lumineuse.

Enfin, et avant tout, c'est une lampe sans mécanisme, aussi bien que les bougies et les lampes d'incandescence à l'air libre ou en vase clos.

C'est encore la bougie Jablochkoff qui a été le point de départ de la lampe-soleil. Le premier des deux inventeurs de cette lampe, M. Clefc, était ingénieur de la Compagnie Jablochkoff, et à ce titre il devait suivre chaque jour le fonctionnement de tous les organes de la bougie. Comme beaucoup d'autres, il eut des doutes sur le rôle véritable et Futilité du colombin qui sépare les deux baguettes de charbon. C'était encore à cette époque un colombin isolant de kaolin ; on disait qu'empêchant tout passage de l'électricité quand il est froid, il devient un peu

154 LA LAMPE-SOLEIL

coiidiicl(!ur en sY'cliauiriiut entre les doux pointes, cl jiomiet ainsi la dérivulion du courant le long de celte rigole de porcelaine fondue.

Mais k partir du moment où le pl&Lre eut prit la place du kaolin diin» la fabrication du eolombio isolant, l'explication ne marchait plus, car ce nouveau colombin no fondait pas et ne pouvait pas servir de conducteur k chaud. Pour savoir quelle était sa véritable fonction, M. Clerc essaya des bougies sans colombin et vit toutde suite qu'elles étaient sujettes aux extinctions les plus fréquentes. Quelle était la cause Je ces extinctions?

Kn examinant cos bougies sans colombin, on voit que l'are oscille entre les pointes, s'en détache souvent et descend ver» la base des cônes où la distance des baguettes rharbonncusoS' est moindre et où la désagrégation du charbon accumule du poussier qui parait l'attirer.

L'arc semble lécher ce poussier et se maintient ainsi à la base plus ou moins de temps. S'il ne reste éloigné dos pointes que deux à trois secondes, il n'y a pas d'extinction ; s'il s'absente plus longtemps, l'extinction est certaine, les pointes refroidies opposant alors une trop grande résistance à la formation de l'arc lorsque celui-ci tend à remonter vers elles. Il en résulte la nécessité de maintenir les pointes bien chaudes, si l'on veut éviter les extinctions.

Le rôle du colombin devient aloi-s facile à expliquer : il s'oppose & la descente de l'arc et l'empêche d'abandonner trop longtemps les pointes, ce qui évite les extinctions. Nous avons va que, dans les bougies ordinaires, si l'arc creuse par hasard le colombin, il peut abandonner les pointes, et qu'alors les extinotions de\Tennent probables.

La bougie Jublochkoff a donc en elle-même une cause d'extinction qui n'est que l'exagération de celle qui produit les variations incessantes de la lumière el, pour combattre cotte cause d'extinction, il suflit d'employer une matière réfractuire non seulement à la chaleur ordinaire, mais aussi à l'usure produite par l'arc voltaïquc.

Page 1