‹ La lumière électrique, son histoire, sa production et son emploi dans l'éclairage public ou privé, les phares, les théatres, l'industrie, les travaux publics, les opérations militaires et maritimesChapitre 64 sur 183 · TRAVAUX DE H. LEROUX · texte numérisé non relu

TRAVAUX DE H. LEROUX

Arrivé là, M. Clerc aurait pu trouver dans les leclierclies d« M. Leroux, répétiteur h l'École polytocbnique, recherches qu'il ne connaissait peut-être pas, l'indiculion do la voie dans laquelle devait se trouver la solution.

Dès 1868, c'est-à-dire bien avant lu bougie Jablochkoff, , Leroux avait remarqué les avantiiges des niiitières réfrac- 3 en pareil cas. Il annonçait que si on plaçait dans le voiîliDage de l'arc, du côté opposé à celui où on veut utiliser la mmière, un corps capable de renvoyer sous forme lumineuse ) flux énorme de radiations caloriliques que lui laucent tes barbons et l'arc lui-même, on pourrait mettre ces radiations à 'ofit plus avantageusement que par tout autre procédé. En Btèmc temps on protégerait l'arc par une sorte d'écran qui annulerait dans une région presque hémisphérique toutes les auses do dérangemenls produites par les sautes incessantes de l'arc, dont le point de départ est très mobile.

Pour remplir cette fonction il fallait choisir une substance

|Out à la fois mauvaise conductrice de la chaleur et douée d'un

:and pouvoir d'irradiation, condition que la chaux, la raagné-

I et en général les oxydes terreux remplissent â un haut

legré.

M. Leroux avait riîalisé tout d'abord l'expérience avec des wlindrcs de magnésie, comprimés suivant le proc(''dé du comlaudant Caron et disposés pour servir à l'éclairago oxyhydrijue. Si on place la base d'un de ces cylindres, dont le diamètre Ml d'environ 8 millimètres, à une très petite distance des lointes des charbons d'une lampe électrique, de manière que la BUtgnéBÏe soit comme léchée par l'arc voltaïque, celle-ci prend aussitôt DQQ iucaudosrenre comparable ficelle de la partie des charbons qui est la plus lumineuse.

En même temps, la lumière acquiert une constance remar-

[Uable qui provient do la fixité de l'arc. M. Leroux put même

jlors donner k celui-ci plus de longueur que dans le cas ordi-

kaire, parce que la masse de magnésie faisant écran et main-

Ltenant dans cette région l'élévaLion de la Lempéraluio , les

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chances de rupture de l'arc se trouvent do beaucoup diminuéf^s^

La magnésie peut être ainsi maintenue en présence de l'aro voltaïque pondant plus d'une heure sans r]u<^ l'usure vienne changer d'une manière apparente les conditions do l'expérience: sa surface se creuse pendiint les premiers inslanls ; mais i on laisse fixe le liflton de cette substanc«, l'action de l'arc s'affaibliasanl à une petite distance, elle cesse de s'user. Elle éprouve, il est vrai, une idtération d'un autre goure ; elle s'imbibe lies vupeura siliceuses que charrie Turc voltaïque et forme avec elles une sorte de verre, très légèrement verdâtre lorsqu'il est refroidi, ot d'une Irfes grande dureté.

Cette circonstance a l'inconvénient de diminuer beaucoup l pouvoir d'irradiation de la magnésie, et celte nouvelle expérience montrait ainsi une fois de plus combien on avait besoin d'une fabrication industrielle de carbone pur sous un étal convenable pour la production de lii lùmiiiro électrique,

il L'arc voltaïque, disait .M. Leroux en rendant compte i ses expériences, éclatant entre des crayous do charbon pur a sein d'une cavité de magnésie ou d'un autre oxyde terreux, serait certainement une des plus belles sources de lumière qu'il soit possible de réaliser. •>

Mais M. Leroux ne chercha point h utiliser piMliquemenl le résultat que la théorie lui faisait si bien prévoir, et c'est seulement onze ans plus tard que M. Clere y fut logiquement conduit de nouveau par l'ordre de recherches que nous venons d'indiquer.

M. Clerc lit buter sur un bloc de chaux les deux baguettes de charbon qui constituent essentiellement la bougie Jahlochkoff, et l'arc qui léchait ce bloc de chaux ne s'éteignit plus.

Mais l'arc voyageait toujours et continuait à donner uirt lumière papillotante. Pour le fixer, M. Clerc cullidéedo pb cer contre les charbons, et perpcniliculairement au bloc, deux

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liimes minces en chnux, munies seulemenl d'une petite échanciTiro par laquelle l'arc devait passer. L'arc se laissa guider en eiïel et. comme conséquence, la lumière prit aussitôt une fixité absolue.

Cependant elle n'était point parfaite encore, car elle avait toujours les teintes violacées dues à la présence des vapeurs d'osj'de de'carbone, teintes que le rayonnement du bloc de chaux ne parvenait pas h blanchir, parce qu'il n'était pas encore suffisiimment chauiré. En enveloppant les deux pointes dans un rercle de matière réfractaire qui ménageait seulement les deux écduncrures destinées au passage de l'arc voltaïque, M. Clerc par\'inl à concentrer la chaleur des charbons polaires, et en diminuant leur usure, à élever encore la température du bloc ; lii lumière changea de teinte aussitôt cl prît une couleur légèromenl dorée, comme celle du soleil. ''*> qui a valu a la lampe le ■BOin qu'elle porte aujourd'hui.

B Malgré l'importimce de ces résuit its, la bimpe-soleil manquait encore d'une conditioa plus iudispensable que toutes les autres. Si belle qu'elle piH i'irp, sa lumière ne durait pas. Au bout d'une heure l'arc voltaïque s'engouiïrait dans la matière réfractaire. et la lumière allait se perdre avec lui au fond de la faveme qu'il avait creusée. Les autres substances essayées à la place do lu chaux ne résistèrent pas mieux, et le malheur semblait irréparable. Voici quelle était sa cause : Lorsque l'arc voltaïque s'établit entre deux pointes de char- bon horizontales ou inclinées l'une vers l'autre, il s'infléchit l prend, sous l'inlluence du mouvement ascensionnel de l'air ^haufTé, la forme courbe qui lui'a valu son nom. Si on approbe alors le bloc réfractaire, qui est froid, l'arc est d'abord rect s'inUéchit en sens contraire : mais la matière s'é- ^ chauffe rapidement et, au bout d'un certain temps, l'arc reprend sa courbure primitive, en se creusant uu passage ii travers lu bloc de matière réfractaire. La lumière disparaît alors presque iDtièrement.

Il fallait donc chercher une disposition qui lenipèchAt de

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s'enfouir dans cette cachette. M. Clerc y parvint en glissant les deux baguettes do charbon duns deux trous creusés au milieu de la matière réfractaire, do manière h faire dépasser seulement leurs pointes. L'arc voltaïque produit entre ces deux pointes léchait alors la matière réfractairo avec sa face intérieure, au lieu do le faire comme auparavant avec sa face extérieure, et le papillon avait toute liberté pour se développer librement.

En même temps, la chaleur de la vapeur bleue de carbone continuait à s'utiliser en échaulTanl la matière réfractaire. oii elle produisait une surface vitrifiée comme colle indiquée par M. Leroux. Enfin, l'appareil, qui auparavant regardait vers le haut, jetait maintenant toute sa lumière vers le bas, qui est d'ordinaire laseulepartic.^ éclairer ; dans tous les cas. il la jetait tout entièro dans une direction unique, que rien n'empêchait d'orienter autrement.

Il restait k choisir une matière réfi'uctairo convenable , ce qui exigea un grand nombre de recherches et d'essais divers. Pour les exécuter, M. Clerc, qui venait d'installer des éclairages électriques à bougies dans plusieurs villes de Belgique, s'associa un de ses amis, M. Bureau, ingénieur des ateliers de construction de M. Cai-ets, à Gund, qui donna enfiu fi la lampe une organisation et une forme tout h fait pratiques.

Au commencement de l'année I H80, la lampe-soleil était donc constituée dans toutes ses parties essentielles, tollo que nous la voyons aujourd'hui (lig. 81). 11 serait difflcile d'en trouver une plus simple et plus robuste.

Elle comprend deux baguettes de charbon demi-cylindriques, larges de 2 centimètres, inclinées l'une sur l'autre d'environ 15 degrés et séparées par un petit bloc de marbre ou de magnésie comprimée, où elles s'enfoncent jusqu'à une petite cavité pratiquée en dessous dans le bloc, cavité of^ l'arc voltaï-

SA CONSTITUTTON. (39

que doit se produire. Quelques pierres, les premières venues, enserrées elles-mfimes dans une boîle de fonte, forment autour do l'appareil une g'uine protectrice, aussi grossière que possible, et qui ne peut avoir aucun inconvénient, car elle ne projette aucune ombre en bas. Enfin, un filet de plombagine relie les deux pointes des baguettes de charbon pour en faire passer le courant au début et allumer ainsi la lampe. I La Bxité, qui est le grand écueil de toutes tes lumières vol- I laïques, se trouve obtenue ici d'une manière ft pou près parfaite.

Fig. 81 Lamfe soleil

B d< plorr

Kn effet, la piincipale cause des variations de la lumièie elertrique, c'est l'instabilité de l'arc, qui change à chaque mstant Bon point de départ sur les électrodes de charbon, et pai ron séquenl son trajet dans l'air. De là viennent ces alleniali\es d'éclat et d'aflVtissement. en même temps que des ^a^atlons dt

■coloration passant du rouge im bleu. Dans la lampe-soleil l'arc lehoisit aussi libcement son point d'origine sur les deux charions ; mais il n'en est pas moins obligé de suivre le seul trajet

Iqui lui a été laissé à travera k matij-re réfractaire. Il a donc

\ nne situation absolument déterminée et qui ne peut varier. Une seconde cause de fixité tient à ce que la majeure partie

[ de }a lumière est donnée par le corps réfractaire porté k l'incau-

<eo

LA LAMPE-SOLEIL

descence sous l'influence de l'éiiormo tompéralure de l'arc. Or, si l'iutensilé du couraut vient à varier pour une cause quelconque, ces variations ne se manifestent pas rapidement ni d*une manière trfcs sensible, car la température du milieu incandescent ne peut varier d'une manière brusque, et c'est elle qui produit l'éckirement. Il fait volant, comme on dit en mécanique, et régularise l'émission de la lumière par ta quantité de chaleur qu'il emmagasine pour In restituer ensuite au moment opportun.

A un autre point do vue, dims tous les systèmes à arc, la lumière est donnée par les pointes des charbons et elle contient beaucoup do rayons bleus et violets. Ce sont ces rayons et la variation continuelle et brusque de Tinlensilé qui sont la cause de l'action dolosive sur l'œil, action tant et parfois si justement reprochée à la lumière électrique. Dans la lampe-soleil les charbons étant complètement noyés au milieu de la matlëre réfractaire, leurs pointes sont invisibles; en revanche, le bloc, en s'usant, laisse détacher des poussières qui salissent au bout d'un certain temps le globe de la lampe et constituent son principal défaut. Ce défaut disparait d'ailleurs d'une manière toute naturelle si on supprime li; globe do verre qui le révèle seul, et cela peut se faire dans beaucoup de cas.

La source lumineuse, au lieu d'être réduite à un point éblouissant, présente un certain volume ; la lumière possède une Hxilé presque absolue et une couleur jaunâtre, très douce à la rétine, qui est tiu contraire si sensible pour les rayons violets ; l'œil n'a donc plus aucune cause de souflrance à craindre, même quand il est en présence do foyers très intenses. On peut constater alors ce que les opbtlialmologistos affirment d'ailleurs depuis très longtemps c'est que les lumières artificielles dont nous disposons, bien plus faibles toujours que celle du soleil ne blessent point par leur inlonsité, mais seulement par leiii nat ure particulière.

Le fonctionnement de la lampe-soleil est aussi simple quo

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