‹ La lumière électrique, son histoire, sa production et son emploi dans l'éclairage public ou privé, les phares, les théatres, l'industrie, les travaux publics, les opérations militaires et maritimesChapitre 69 sur 183 · LES LAMPES A FIL DE PLATINE · texte numérisé non relu

LES LAMPES A FIL DE PLATINE

Edison essaya d'abord le platine et les métaux très rare s qu'on appelle métaux de lamine de platine, parce qu'ils se rencontrent d'ordinaire avec lui dans les mêmes minerais. Le platine se réduit aisément en fils aussi minces que Ton veut, au

Fig. 86. Dessiu schématique de la première lampe d'Edison,

d'après soa brevet français.

point d'être invisibles ; même à cet état de fil capillaire, il a encore assez de consistance pour conserver la disposition qu'on lui donne, et sa souplesse permet de l'enrouler sans le briser suivant toutes les directions imaginables. Edison en fit une petite spirale qu'il enferma dans une ampoule de verre grosse comme une belle pomme d'api. Cette ampoule, qui avait, en effet, la forme d'une pomme, était fermée en bas par une masse de plâtre que traversaient deux conducteurs métalliques conduisant le courant dans la spirale de platine destinée à s'illuminer par incandescence (fig. 86).

LAMPE A SPIRALE DE PLATINE. Mo

Voilà dans saî physionomie première la lampe d'Edison parfaitement indépendante dans ses mouvements et capable de prendre toutes les formes et toutes les positions que Ton veut. Il suffit, en effet, pour faire fonctionner lappareil, de mettre les conducteurs métalliques en communication avec des iils quelconques amenant le courant électrique, peut-être de fort loin, et ces .fils flexibles sauront se glisser dans tous les coins, comme les fils des sonneries électriques déjà répandues partout. On ne peut donc rien imaginer de plus simple comme aspect général ; nous allons voir que cette simplicité apparente cachait beaucoup de complications réelles (fig. 87).

Dans ce petit globe de verre, où s'étendait horizontalement la légère spirale de platine, il fallait faire le vide, pour plusieurs raisons : d'abord, pour diminuer la déperdition d'électricité et surtout de chaleur, puis pour empêcher Toxydation du platine facilitée par sa haute température.

Pendant qu'on fait le vide par les procédés très perfectionnés que nous indiquerons tout à Theure, les divers gaz retenus dans les pores du platine s'échappent. Puis bientôt, sous l'action du passage du courant, ce métal présente des propriétés physiques toutes nouvelles, au point que certains physiciens l'avaient pris pour un métal différent. II devient dur comme de l'acier, se polit aussi bien que l'argent et acquiert une très grande élasticité, ce qui facilite beaucoup les torsions fantaisistes qu'on doit lui imposer. Mais surtout il prend une capacité calorifique beaucoup plus grande, et n'entre en fusion qu'à une température plus élevée, ce qui permet de le rendre beaucoup plus lumineux. Edfson prétend même qu'il parvenait ainsi à obtenir une lumière égale à 8 bougies avec un fil qui n'aurait pu fournir qu'une bougie dans les conditions ordinaires.

La forme de spirale donnée au fil de platine avait pour but de diminuer les pertes de chaleur par radiation. Chaque tour de spire ou d'héhce rayonne en effet sur les voisins, de sorte qu'une partie de la chaleur rayonnée est utilisée dans un

LA LAMPE EDISON, réchauiïeraenl mutuel dos spirua l'uoe par l'autre. Pour diminuer encore la perte de chaleur, on recouvrait le fil, au pÏDceau,

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Pig. S7. Lampe àspirnlc de platme incanlosCi d'Edison, avec eoq appnreïl de sûreté [hrevei français de IS79).

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d'une mince couclie d'un oxyde métallique; on essaya une foule d'oxydes , des métaux alcali no-terreux et on ^rand

LAMPE A SPIRALE MÉTALLIQUE. ill

nombre d'autres, depuis la magnésie, la chaux ci le zinc, jusqu'aux métaux les moins usuels, le glycenium, le zirconium et même le torium.

Ce n'est pas Edison qu'on accusera jamais de pécher par énumération incomplète. Grâce aux aides nombreux, savants et bien payés dont il dispose, il peut tout chercher, tout expérimenter, et il ne s'en fait pas faute, au risque de troubler dans leur nonchalance obligée des hommes de science moins bien pourvus d'ardeur et d'argent. Le torium en fournit un exemple assez piquant.

Edison, qui voulait essayer ce métal rarissime, s'adressa, pour en obtenir quelques fragments, au plus célèbre des minéralogistes américains, dont la réputation, — très justifiée, — n'est pas moins grande de ce côté de l'Atlantique qu'aux Etats- Unis. L'éminent professeur lui répondit, sur ce ton respectueusement sarcastique où les Yankees excellent, qu'il ne demanderait pas mieux que de lui en envoyer pour des milliers de lampes, mais qu'il n'y avait pas une demi-once de ce métal dans tous les Etats-Unis.

En recevant cette réponse, Edison fit venir aussitôt un de ses jeunes aides et lui dit : C'est dans la Caroline du Nord qu'on a trouvé quelques petits cristaux de monazite, minerai d'oxyde de torium d'où on extrait ce métal. Le hasard les a fait remarquer dans les mines d'or du pays au milieu d'une foule d'autres cailloux. Voici une lettre de crédit; partez tout de suite et rapportez-moi vite cent livres de monazite. Trois jours après, vingt ouvriers travaillaient aux placers de la Caroline, sous la direction du jeune homme ; il les payait largement et leur abandonnait en outre tout l'or qu'ils recueillaient, se réservant seulementles petits cristauxdelamystérieuse monazite. Au bout de quelques semaines, il revenait au laboratoire de Menlo- Park avec les cent livres demandées. Tout en commençant scîs essais le jour même, Edison s'empressait d'en adresser un paquet de quelques livres, avec ses compliments, au grand minéralogiste qui ne croyait pas en pouvoir trouver une demi-once.

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iTS LA LAMPE EDISON.

Cette anecdote montre bien qu'une fois lancés dans une entreprise scientifique, les Américains savent ne reculer devant aucun moyen, ne s'effrayer d'aucune dépense, même pour des objets en somme assez secondaires. C'est là très certainement une des grandes forces d'Edison.

Malgré tous ses efforts, Edison dut, comme bien d'autres avant lui. renoncer au platine et aux métaux ses congénères. Les fils fondaient quand le courant s*élevait à une trop forte tension, ou, s'ils ne fondaient pas, ils se désagrégeaient, ce qui les mettait rapidement hors de service.

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