L K Ç O N II
préparé à découvrir toutes les ressemblances qui pouvaient se révéler entre les phénomènes de la lumière et les phénomènes du mouvement ondulatoire. Il était, en effet, appelé à découvrir des ressemblances de ce genre, et, aiguillonné par cette découverte, il poursuivit ses spéculations et ses expériences jusqu’à ce qu’il réussit enfin à placer sur une base inébranlable la théorie ondulatoire de la lumière.
Le fondateur de cette théorie fut Thomas Young, un nom peut-être très-peu familier à beaucoup d’entre vous, mais qui devra désormais vous être familier à tous. Permettez-moi, par conséquent, d’essayer, par une sorte de construction géométrique que je me hasardai à employer à Londres, de vous donner une idée de la grandeur de cet homme. Représentez-vous Newton debout à son époque, et Young debout à la sienne. Menez de Newton à Young une tangente à la tête de tous deux. Cette ligne descendra inclinée de Newton à Young, parce que Newton est certainement le plus grand des deux-, mais la pente ne sera pas rapide, parce que la différence de taille n’est pas excessive. La ligne formera ce que les ingénieurs appellent une pente douce , un plan incliné lent. Placez au-dessous de cette ligne le plus haut de stature des hommes nés dans l’intervalle entre Newton et Young : il est douteux qu’il atteigne la ligne, car il faudrait pour cela qu’il lut plus grand intellectuellement que Young, et personne, probablement, n’est pins grand. Mais je ne veux pas que vous vous en teniez seulement au jugement de l’Angleterre : l’Allemand Helmholtz, un génie à la hauteur de Young, parle ainsi de lui : « C’était un des esprits les plus profonds que le monde ait jamais possédés, mais il eut la mauvaise fortune d’être par trop en avance sur son époque. 11
FRESNEL, ARAGO, BROUGH AAI. t)3
excita l’admiration de ses contemporains , qui cependant étaient incapables de le suivre dans les hauteurs où son intelligence audacieuse était habituée à planer. Ses idées les plus importantes devaient rester, par conséquent, enfouies et oubliées dans les in-folio de la Société royale, jusqu’à ce qu’une nouvelle génération fût arrivée graduellement et péniblement à faire les mêmes découvertes, et à prouver l’exactitude de ses assertions , la vérité de ses démonstrations. »
Il est très-vrai, comme Helmholtz le dit, que Young était en avance sur son époque 5 mais il faut ajouter quelque chose qui fasse comprendre quelle responsabilité pèse sur nos écrivains publics. Pendant vingt ans cet homme de génie fut étouffé, mis dans l’impossibilité d’être apprécié par l’intelligence de nos compatriotes, traité comme un rêveur, grâce aux vigoureux sarcasmes d’un écrivain qui avait alors le monopole de l’oreille du public, et qui, dans la Revue cl’ Edimbourg, jetait le ridicule sur Young et ses spéculations. Ce fut à deux Français célèbres, Fresnel et Arago, que Young fut redevable d’abord de la restitution de ses droits; tous deux, et spécialement Fresnel, refirent indépendamment , comme le dit Helmholtz , et étendirent grandement ses découvertes. Pour ceux qui étudiaient ses Ouvrages, Young se montra toujours en pleine lumière ; mais ces vingt années de critique injuste le mirent au ban de l’esprit public, qui, en échange, fut tour à tour plein de la réputation de Davy d’abord, le collègue de Young à l’Institution royale, et plus tard de Faraday. Carlyle fait allusion à cette remarque de Novalis, que la confiance qu’un homme a en lui-même est énormément accrue, du moment qu’il trouve que d’autres croient en lui. Si le contraire est vrai, si c’est un fait que la dé-
fiance du public amoindrit les forces d’un homme, on ne saurait calculer le dommage que ces vingt années d’abandon ont causé, surtout si l’on tient compte de la puissance de production de Young, en tant que chercheur. U me reste à rappeler que l’assaillant de Young était Henry Brougham, devenu plus tard lord chancelier d’Angleterre. Nous voici en présence de notre plus rude besogne 5 mais l’aptitude à une rude besogne dépend en grande partie de l’effort qu’011 a fait préalablement pour monter son esprit ou le mettre à la hauteur du travail. Je fais donc appel ci votre bonne volonté, et vous invite à ceindre vos reins pour la route que nous allons parcourir ensemble. Si nous réussissons à gravir ce soir la montagne qui se dresse devant nous, nos difficultés futures 11e seront pas insurmontables.
Nous trouvons dans les plus vieux livres des anciens l’idée que le son est propagé par l’air : Aristote formula le premier cette idée, et le grand architecte Vitruve compare, les ondes du son aux ondes de l’eau ; mais le mécanisme réel du mouvement ondulatoire était inconnu des anciens, et ne fut, en effet, conçu clairement qu’au temps de Newton. La difficulté capitale du sujet consistait à distinguer entre le mouvement des ondes elles-mêmes et le mouvement des particules qui à chaque moment constituent Fonde.
Debout sur le rivage de la mer, observez le mouvement en avant des vagues qui s’avancent en roulant avant qu’elles aient été brisées par le frottement contre le fond. Chaque vague a son arrière et son avant, et si vous saisissez bien la figure de la vague ou onde en mouvement, vous verrez que chaque particule d’eau, sur l’avant ou le front de Fonde, est en train de monter ; les particules du front atteignent successivement la crête de Fonde, et aussitôt