POLARITÉ ET STRUCTURE
il est probable que le progrès des sciences , en reliant les phénomènes du magnétisme à ceux de la lumière, prouvera que ces lignes de force , comme Faraday les appelle, représentent une des conditions de ce mystérieux support (. substratum ) de toute action rayonnante.
Mais ce 11e sont pas les courbes magnétiques elles-mêmes que nous avons à considérer : nous ne devons étudier ici que leurs relations avec les conceptions théoriques. Par l’action du barreau aimanté sur l’aiguille, nous arrivons à la notion d’une force polaire \ par la rupture d’une bande d’acier aimanté, nous ajoutons la notion que la polarité peut s’attacher d’elle-même aux dernières particules de la matière. L’expérience avec la limaille de fer introduit dans l’esprit une nouvelle idée, à savoir celle de Y arrangement structural. Chaque couple de brins de limaille possède quatre pôles, dont deux sont attractifs et deux répulsifs. Les pôles attractifs se rapprochent, les pôles répulsifs se fuient *, la conséquence qui en résulte est un certain arrangement défini des particules, l’une par rapport à l’autre.
A son tour, l’idée de structure, en tant que produite par la force polaire, ouvre l’entrée à l’intelligence dans une région entièrement nouvelle, et la raison pour laquelle je vous demande de m’accompagner dans cette région est que notre prochaine recherche aura pour objet l’action des cristaux sur la lumière. Avant de parler de cette action , je désire que vous réalisiez intellectuellement le mode de formation de la structure cristalline. Etudiez-le dans une carrière de granit-, consacrez quelques minutes à l’examen de cette roche : sa texture n’est pas parfaitement uniforme , c’est plutôt une agglomération de morceaux qui , examinés de près, présentent des formes définies curieuses. Vous avez là ce que les minéralogistes appellent quartz, vous avez
LEÇON III
le feldspath, vous avez le mica. Dans un cabinet minéralogique où ces substances sont gardées séparément, vous acquerrez même quelque idée de leurs formes. Vous y verrez aussi des échantillons de béryl, de topaze, d’émeraude, de tourmaline, de spath pesant, de spath-fluor, de spath d’Islande, et peut-être un diamant bien formé, tel qu’il sort des mains de la Nature, n’ayant pas encore passé par les doigts du lapidaire.
Ces cristaux, vous le remarquerez, sont formés suivant certaines lois; ils ne sont pas une production du hasard, et si vous prenez soin de les examiner plus minutieusement, vous trouverez que leur architecture est apte, jusqu’à un certain point, à se révéler elle-même. Ils se fendent souvent dans certaines directions sous l’action d’une lame de canif, présentant alors des faces unies et brillantes, que l’on appelle des plans de clivage *, et , en suivant ces plans, vous arrivez quelquefois à une forme intérieure qui se cachait sous la forme extérieure du cristal. Méditez sur ces beaux édifices de l’architecte caché. Vous ne pourrez pas manquer de vous demander à vous-même comment ils ont été bâtis et, familiarisés comme vous l’êtes avec la notion de la force polaire et de l’aptitude de cette force à produire des arrangements de structure , votre réponse sera inévitablement que ces cristaux sont dus au jeu des forces polaires dont les molécules sont elles-mêmes douées. En vertu de ces forces, la molécule se pose à côté de la molécule d’une manière parfaitement définie, et la forme visible dernière du cristal dépend de ce jeu des molécules.
Partout, dans la Nature, nous observons cette tendance à courir vers des formes définies, et rien de plus aisé que de donner essor à cette tendance par des arrangements artificiels. Dissolvez du nitre dans l’eau, et laissez l’eau s’éva-