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VIE ET FORCES MOLÉCULAIRES

il faut donc accepter la seconde. Considérons à ce point de vue l’expérience de cette année i855. Pendant des semaines plus longues qu’à l’ordinaire, une basse température a empêché le monde végétal de donner aucun signe de vie ; mais enfin le Soleil a pris de la force, la vie s’est par conséquent éveillée, et elle travaille encore à embellir ce qui nous entoure.

» Mais quelle est la chose qui ici a fait appel à la vie, et comment se fait-il que la lumière et la chaleur puissent l’affecter à ce point? La réponse à cette question exige que l’on ait d’abord répondu à cette autre : Que sont la lumière et la chaleur? A coté de l’ormeau se dresse un bouleau, avec ses feuilles tremblantes, agitées par la brise du matin. Il y avait là du mouvement, mais non pas le mouvement auquel nous donnons le nom de vie : chaque feuille dans ce cas se meut comme une masse, tandis que la vie exige un mouvement intérieur et individuel des molécules. Comment pourrons-nous nous le figurer? Supposons que les molécules sont douées de forces attractives et répulsives ; supposons en outre qu’elles sont soustraites à l’action de la gravité et abandonnées à leurs propres actions mutuelles. Pour mieux fixer nos idées, supposons que la pointe de chaque feuille repousse les pointes de toutes les autres feuilles, et que la racine ou base de chaque feuille repousse les bases de toutes les autres. Un nombre de semblables feuilles prises ensemble et abandonnées à leurs actions mutuelles s’arrangeront d’une manière particulière, et prendront finalement une position dans laquelle les forces se feront équilibre. Lorsque les feuilles sont ainsi au repos, supposons que la brise qui en ce moment les fait trembler agisse sur elles et les dérange, ou vienne en un mot troubler l’équilibre préexistant. Il y aura de la part des feuilles un effort constant pour le rétablir, et en exerçant cet effort elles passeront par divers arrangements, la masse entière des feuilles prenant diverses formes dans le passage d’un arrangement à l’autre. Cette grossière image nous aidera à nous former une idée des procédés auxquels nous donnons le nom de vie.

APPENDICE

» Les dernières particules ou molécules de matière sont douées de forces analogues à celles que nous venons d’attribuer aux feuilles; sous l’opération de ces forces, les molécules de la semence prennent des positions de repos, dans lesquelles elles resteraient pour toujours, si elles n’étaient pas troublées par des forces extérieures. Mais il est dans la lumière et la chaleur solaire une source de perturbations, qui nous arrivent sous forme d’ondulations à travers l’éther qui remplit l’espace. Ces vibrations tombant essentiellement sur les molécules de la semence placées en présence les unes des autres, les molécules et la matière environnante sont mises en mouvement; les actions mutuelles entrent enjeu; il s’exerce immédiatement un effort tendant à rétablir l’équilibre troublé; mais il est incessamment défait, et le résultat de ce conflit moléculaire est la formation de l’arbre. La vie est donc scientifiquement définie un effort incessant pour rétablir V équilibre troublé.

» Ces spéculations ne naissent pas d’une curiosité profane; elles nous sont inévitablement imposées par notre esprit naturellement et profondément pensant. Laissons-nous aller à elle avec respect, mais avec courage; car, quoiqu’en agissant ainsi la pensée puisse faire évanouir plusieurs des idoles de notre jeunesse et ramener plusieurs mystères aux lois de la Mécanique, en définitive, les miracles de la nature n’en seront pas amoindris. Je le sais, il n’est pas d’issue possible pour des pensées analogues à celles-ci ; à moins que nous n’assignions à chaque plante un architecte qui soulève les molécules et les mette en position, les propriétés physiques de la vie doivent être dues au travail des forces dont les molécules sont douées.

» Quel est T architecte, dans le cas d’un cristal (des plumes, par exemple), de notre frontispice? Ou un architecte détaché a fait ce travail ou ces structures merveilleuses se sont érigées elles-mêmes, en vertu des forces qui leur sont inhérentes. En bâtissant un cristal, la nature exerce son premier effort comme architecte. Nous avons là le premier effort de ce qu’on appelle force vitale; mais les plus merveilleuses manifestations de cette force, quoique résultant de

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