LA LUNE
Je suis celle qui vient, Sur ta nuque posée. Regarder dans la nuit fuir les fleuves d'argent,
Je rêve, et mon écharpe flotte indolemment Sur les balustres d'or des constellations.
l'heure
Chaste déesse I ô Diane ! âme d'Endymion I
Je suis la huitième heure, et je sors des bruyères
Où me tint tout le jour un Sylvain, prisonnière,
»Pour saluer ta double corne. Le jour meurt ;
Son bras n'élargit plus le geste du semeur
Sur l'Eté traversé de vives hirondelles ;
Seules encor l'ont vu les sources, autour d'elles,
Pâle, et les pieds souillés aux poudres du chemin,
Menant les elfes funambules par la main.
LE POÈTE
Mon âme, entends tomber dans l'ombra qui les blute Les doux chants que la Vie alterne sur sa flûte.
l'heure
J'accours, enjambant Ter dilué des éteules. Des confins violets où s'érigent les meules Sous le manteau flottant au vent des oliviers. Sur moi plane le ciel ainsi qu'un épervier
Qui guetterait le vol d'un rayon émeraude.
Aussitôt je revêts toute forme qui rôde
Du sayon de poil gris qui la fiance aux murs ;
Je tais l'éclat vibrant des nymphes aux cols purs,
La rêveuse blancheur des marbres qui s'embusquent
Sous les bouleaux ou sous la spire des lambrusques;
Et c'est moi qui, pareil au petit dieu, récrée
La vierge, abandonnant, dans l'odeur plus sucrée
Des tilleuls, sa pensée aux mains moites du vent,
De la forme illusoire et vaine de l'Amant
V^ers qui ses bras tremblants se lèvent et se tendent.
Douceur ! voici venir à moi la paix des brandes
Et des buissons profonds où je puis me tapir,
L'oreille attentive à Iharmonicux soupir
Qu'exhale le brin d'herbe aux approches de l'ombre.
Pareil à Salomon, vêtu de lourde gloire,
Le soir viendra, foulant, au chant de sa victoire.
Le décor dont l'Eté pleurera les décombres ;
Et debout, reverra, du faîte des maisons,
A la traîne du ciel qui tombe à l'horizon.
Son domaine tendu de mes nocturnes voiles
Sous mon capuce brun qui fourmille d'étoiles !