‹ La lumière nataleChapitre 12 sur 23 · LA SOURCE · texte numérisé non relu

LA SOURCE

Sous les charmes légers aux fraîcheurs solitaires,

C'est moi qui fais chanter la douceur de la terre,

Et mon onde qu'habite un reflet immobile

Semble couler à fleur de hautains campaniles.

Tout le jour, sous l'arceau des feuilles, je dispense

L'appel du sol muet au cœur vert du silence.

Les Heures, aux sons d'or du sistre des cigales.

Passant dans le galop de leurs rousses cavales,

Ramènent la blancheur des nymphes dans mon lit,

Où le double sabot du faune retentit

Parmi les froissements de mes ondes souillées.

Sur mes bords, le soir goûte une fraîcheur mouillée

Qui monte avec le trille aimé du rossignol.

C'est l'heure où ma voix grave, insidieusement

S'insinue en l'écho d'un murmure dément

Qui fait battre plus fort les artères du sol.

Le maître qui m'apprit les claires sonatines

Et l'innombrable lied qui plaît aux amoureux

Est mort dans l'ombre errante aux desseins ténébreux.

Chuchotte, interrogeuse, ô ma voix clandestine î

Arcane inviolé qu'on n'interprète pas ;

Sois la plainte égarée au lointain ou le pas

Oui achoppe en fuyant au lacis des lianes ; Sois le soupir magicien de Viviane Ouïe frisson du crime à qui convient l'horreur D'aposter, dans le bois plein d'errances, la Peur !

LE SOIR (arrivant)

A rheure qui est mienne en marche vers la nuit, A la ville aux frontons de granit où s'inscrit, PJoribonde clarté, ton rayon lapidaire, Au dernier vol courbant son arc à Thorizon, A la flamme qui brûle aux vitres des maisons, Salut ! Je suis le Soir, vainqueur de la Lumière I

LE POÈTE

Les songes de la Vie ont dessiné ton nom,

0 Femme que j'attends, me viendras-tu aux sons

Des violons d'octobre ou des pipeaux d'avril ?

LE SOIR

Jour ! par qui le labeur geint dans l'effort viril, Je suis la paix qui vainc la force des machines. A la bielle éclatante et au puissant volant, Mon heure a retiré l'âme du Mouvement

Et rendu aux cités le sang* noir des usines.

Vois, au sein de la foule, en ses remous pressée,

Dans les yeux du passant palpiter la pensée

Qu'exclut la lourde tâche, en ton règne, entreprise.

Et que j'apporte ainsi qu'une terre promise

A la splendide éternité du rêve humain

Que conduit son tremblant essor jusqu'à Demain,

En attendant ta radieuse épiphanie,

Revanche du Réel d'airain et de la Vie.

LE POÈTE

Poème I ô gravité de voix intérieures,

Pour écouter ton chant j'ai rejoint ma demeure.

LE SOIR

Le dernier cri d'un char au détour de la route, L'herbe brune oij les yeux des fleurs sont pleins de doute. Les chiens, aux longs échos de leurs voix, aboyant. Et le charme fané des musiques du vent, Tout appelle la Nuit qui préside à la Mort.

LE JOUR

Qu'au cotyle de mes paumes, ô soleil d'or,

Je puise ta subtile essence, viatique

Oui tiédira ma lèvre. Ah ! sous mon blanc portique

Rêver, frais couronné d'iris ou de laurier !

LE SOIR

Ecoute. Au lent retour des pâtres chevriers,

Sous le dôme qui bombe, en ombre, sur la plaine,

La douleur de Byblis se lamente aux fontaines.

LE JOUR

0 demain radieux !

LE SOIR

Toi qui passes par bonds Lumineux, rampe aux murs en rayons moribonds, Ton règ-ne est terminé, ô tristesse commune ! Et je sens que ma main, tout humide de lune, A baissé ta paupière éclatante de dieu !

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