‹ La lumière nataleChapitre 17 sur 23 · MORS · texte numérisé non relu

MORS

Troupeau passif et lent que le destin décime, Mes jours dans la clarté se traînaient lang-uissants ; La vie en moi baissait comme un soleil sanglant Oui tombe, avec le soir, sur l'épaule des cimes.

Des heures, j'avais vu, par la fenêtre ouverte, Battre, parmi l'azur plus bleu, Taile plus blonde Du fantastique oiseau de la Fièvre errabonde Et trembler la splendeur de l'Eté, rose et verte.

Depuis, unevig-ueur vint rafraîchir mon front. Surnaturelle et delà mort avant-courrière. Librement, je laissai mes sens dans la clairière Forcer la fuite d'or des jours à l'horizon.

D'an cri, je saluai les noires hirondelles, L'ang-elus qui gravit son escalier d'azur. Et, farouche, la Joie humaine, au regard pur. Oui passait en chantant, ivre, sous les tonnelles.

J'ouvris les yeux sur la clameur de la lumière Le parfum des lilas passait, sentimental. Et fluctuait au loin d'un rythme machinal. Selon la courbe de la brise aventurière.

Je reconnus la vie à Todeur de ses roses. La mort pourtant venait à moi, en flux puissants, M'apporter, en suivant le fleuve de mon sang. Le lotus éternel de la Métamorphose.

Je l'attendais, les yeux fixés, comme aux écoutes Sur l'image du monde ébloui de soleil.

Qui déployait devant mon beau désir vermeil, A rinfini, le long phylactère des routes.

Les routes 1 Elles offraient, servantes du mystère, La gourde de Téther et le manteau des cieux Au pèlerin qui part, gardant sous sa paupière Le paysage d'or qui mourut dans ses yeux.

Là-bas, elles allaient, sous les voiles de veuves Dont les hauts peupliers bruissants les ont couvertes, En regardant passer, dans leurs armures vertes. Silencieusement, leurs ancêtres les Fleuves.

Ah! fuir! Les suivre enfin, hors de ce monde étrange;

Fouler les paradis sous l'arche des clartés

Et faire flamboyer devant l'éternité

Son orgueil suscité comme un mauvais archange !

Partir I Boire un instant à l'urne où se décante Tout le vin des soleils que vendangent les dieux I Boire au sein d'une étoile, à la plaie éclatante Ouverte au flanc du ciel par l'éclair or et bleu.

Surg-ir dans le Mirag'e où trône la Chimère Aux pieds de qui fleurit la douce Illusion, Et sur elle penché, respirer son poison Pour écarter de soi toute splendeur amère.

Vaincre l'ombre qui croît et ferme les espaces Par où s'évade enfin mon être libre et fort Qui rêve dans la nuit assoupie aux terrasses D'atterrir au refug^e étoile du bon port.

Rêveur fou qu'agita le ciel de la grand'ville,

Je titubai, grisé dans un ravin d'étoile.

Les âmes, devant moi, glissaient comme des voiles.

Les longs chemins montaient en cohorte immobile.

Eveillé, j'eus la joie confuse du vertig-e. Des sœurs de charité, glissant leur pas serein. Inclinaient vers mon front leurs cornettes de lin Et je tombai, muet, des sommets du prestige.

J'avais vu se lever dans l'instant éphémère La mort que je berçais au nid de mon cerveau : Les yeux d'Argus de l'ombre ocellaient son manteau. Son geste avait le don d'espoir de ceux des mères.

Mais un rayon, au mur trop blanc de l'hôpital, Indiquait l'aube à ma stupeur désenchantée. Une douceur neigeait dans mon âme hantée Et le songe ferma ses transepts de métal.

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