Mivart, Leêtonêftvm nature
livre sur l'Origine des Espèces, fourni l'occasion de mettre en pleine lumière, par la réduction à l'absurde, la vanité de son système : car l'origine de l'homme ne peut se justifier par la sélection naturelle, et les causes mécaniques ne suffisent nullement à expliquer l'harmonie, la variété et la beauté de ce monde, où la vie court sous des formes sans nombre, et où l'homme se trouve placé pour en être à la fois l'observateur attentif et le souverain."
Ce qui a contribué à faire bénéficier, dès son apparition, son livre d'une certaine autorité, c'est que Darwin est un homme d'un véritable talent et d'un savoir incontestable. Les faits abondent dans son ouvrage et lui donnent tout d'abord l'apparence d'une solidité compacte, et souvent on ne découvre pas à première lecture la faiblesse de ses arguments, tant il sait exposer ses démonstrations avec prestige et donner aux produits de son imagination fantaisiste les formes sévères de la science.
Tout n'est pas faux cependant dans le système de Darwin, et toutes ses idées ne sont pas à rejeter. n existe une certaine évolution dans la nature : l'univers et notre terre elle-même résultent d'une longue série de transformations, Il y a évolution dans l'apparition des espèces en ce sens que chaque période géologique a marqué autant de degrés dans l'échelle progressive de l'ensemble des êtres, allant toujours du simple au composé, du moins parfait
au plus parfait. Des êtres sous-marins invertébrés aux poissons, des poissons aux reptiles, des reptiles aux oiseaux, des oiseaux aux mammifères et des mammifères à l'homme, il y a une progression réelle, continue, que personne ne conteste. Dans le règne végétal,comme dans le règne animal, la nature produit une création continue de variétés pour les plantes et de races pour les animaux, mîme pour l'homme, mais dans certaines limites, sans que l'espèce en soit affectée.
Qu'il se produise chez des individus d'une espèce un perfectionnement ou une détérioration, que certaines particularités accidentelles, sous l'influence du milieu, de l'alimentation, de la sélection naturelle ou artificielle, tendent à se perpétuer par la génération, c'est un fait que l'expérience nous démontre et que personne ne conteste. Mais ce qui est prouvé avec non moins d'évidence, c'est que ni ces variétés, ni ces perfectionnements ne vont jamais jusqu'à franchir les limites de l'espèce par la formation d'espèces nouvelles. La science est incapable de nous fournir un seul exemple de la transformation d'une espèce en une autre.
De nos jours, comme aux époques préhistoriques les plus éloignées, nous ne constatons aucune trace de l'évolution, c'est-à-dire aucune espèce, ni chez les végétaux ni chez les animaux, en voie de formation ; les espèces quaternaires dont on retrouve encore aujourd'hui des représentants, n'ont pas subi de modifications organiques qui
autorisent l'idée d'une transformation du type spécifique. Il n'y a pas aujourd'hui de vérité scientifique plus solidement établie que celle de la fixité des espèces. Depuis que le monde existe, les minéraux, les plantes, les êtres animés, se produisent et se perpétuent de la même manière, et chacun selon son espèce. "Depuis l'introduction première, en ce monde, des animaux, il n'apparaît pas le plus petit indice qu'une espèce se soit transformée en une autre", dit Agassiz, dont la grande autorité ne peut être ici discutée.
A remarquer également que l'évolution ne cherche à expliquer que les développements, qu'elle ne dit rien et ne peut rien dire des commencements.
"Le mot si commode d'"évolution universelle" pourrait bien être un de ces mots mal définis qui, de temps en temps, surgissent dans la langue des savants pour soulager leur perplexité et marquer leur ignorance", disait le marquis de Salisbury, alors premier ministre d'Angleterre.
Inutile d'ajouter que l'adepte du transformisme sans l'intervention du Créateur, tel qu'enseigné par les savants de l'école de Hseckel, ne croit pas en la spiritualité de l'homme ni à la vie future ; qu'il n'attend point d'autre félicité que celle qu'il peut se procurer ici-bas. L'homme étant rangé dans la catégorie des animaux, dont il n'est distingué que par un degré et une étape d'évolution, U n'est pas tenu à avoir plus de devoirs qu'eux. Pas besoin pour lui, dans ces conditions, de se
surveiller, de dominer ses impulsions, de supporter avec patience les épreuves de la vie en vue d'une récompense future, de régler ses appétits, de maîtriser ses instincts ; il n'a qu'à se repaître comme l'animal. Aussi, cette théorie, qui rapporte tout à la matière, fausse à la fois notre origine, la notion de nos obligations en ce monde et de notre destinée dans l'autre.
L'idée fondamentale du transformisme est donc la variabilité des espèces. Si la fixité des espèces n'est pas un fait originel et voulu par Dieu, mais un effet de la nature opérant dans le temps, la géologie, qui a dressé le catalogue des êtres qui ont apparu sur notre globe pendant un si grand nombre de siècles, doit être en état de nous indiquer la trace des modifications graduelles qu'ils auraient subies. Or cette science constate que les espèces sont toujours demeurées invariables et qu'elles sont aujourd'hui ce qu'elles ont toujours été, malgré que les milieux où elles vécurent aient parfois éprouvé des changements considérables.
"Nous ;iv..ii.-> beau fouiller les entrailles de la terre, parcourir toute la série des couches fossilières, pour y trouver la trace de ces transformations graduelles qui seraient l'origine des espèces, nous ne l'y découvrons nulle part. Ce que ces espèces étaient au début de leur existence, elles l'ont toujours été, aussi longtemps qu'a duré leur vie. Cette vie n'a pas été la même pour tou-
tes. Les unes n'ont vécu qu'un temps limité, tandis que les autres se sont conservées depuis les âges les plus reculés jusqu'à nos jours, comme les lingules, par exemple, qui peuplaient déjà les océans cambriens et siluriens, et qu'on retrouve encore dans nos mers actuelles. Mais que leur apparition sur la terre ait été longue ou courte, toujours est-il qu'elles se présentent à nous sous les mêmes formes et revêtues des mêmes caractères \"
Donc, depuis que le monde existe, les espèces que nous voyons aujourd'hui se sont conservées dans leur type primitif. Certaines espèces ont disparu, mais aucune n'a varié. Voilà ce que prouvent, sans doute possible, les documents les plus anciens. Tous attestent la permanence des formes animales et végétales. Nous voyons, d'après les squelettes retrouvés dans les cavernes, que certains animaux ont disparu dans le cours des âges ; mais jamais nous ne voyons qu'à un moment donné ces espèces se transforment en d'autres espèces. Jamais un bœuf ne deviendra cheval ou mouton, et on ne verra pas les carpes devenir oiseaux. Il est possible que la girafe, déjà fort rare, disparaisse, mais elle ne deviendra jamais une autre bête. Comparez les chauvessouris des grottes actuelles : elles sont exactement les mêmes que celles qui y vivaient aux époques