‹ La lumière visibleChapitre 29 sur 89 · Juy de Charoacé · texte numérisé non relu

Juy de Charoacé

de prestige qui pouvait encore lui rester : le premier en réduisant à néant la théorie de la génération spontanée, le second, en faisant voir, dans ses longues années de patientes observations des mœurs des insectes, la fragilité de la base sur laquelle repose l'œuvre entière de Darwin. Or, pour les transformistes décidés à se passer de l'intervention divine dans l'œuvre de la création, il leur fallait, outre la matière, qu'ils supposent éternelle, la génération spontanée comme première assise, comme point de départ. Cette dernière condition était de toute nécessité. Pasteur, en prouvant que nul être vivant n'a pu naître spontanément de la matière, en détruisant la légende de la génération spontanée, a porté au Transformisme un coup mortel. Je ne dis pas que le coup a atteint Darwin lui-même qui, ne pouvant se l'expliquer, était bien disposé à attribuer à l'intervention divine l'apparition de la vie sur la terre, mais pour les transformistes matérialistes, il a été fatal \

M. Henri Fabre, mort en 1915, est une des plus fortes autorités que nous puissions citer sur le sujet qui nous occupe. Dans ses Souvenirs eniomologiques, il cite quantité de faits, vus et observés

1. Le système de la génération spontanée a succombé sous les expériences de Pasteur, "expériences décisives, et sur lesquelles il n'y a pas à revenir", a dit l'illustre Flourens. Et le jugement de Floiarens est confirmé par l'Académie des Sciences. Un chimiste distingué, converti malgré lui, a été réduit à dire : "Encore un illusion qui s'en va." La génération spontanée est une théorie aujourd'hui définitivement condamnée par la science.

par lui, qui détruisent plus que ne pourrait le faire aucun raisonnement, les doctrines évolutionnistes. J'extrais d'une étude que j'ai déjà publiée sur les travaux de ce savant observateur, les lignes suivantes, à cause de leur étroite relation avec les données transformistes :

Les soixante années d'études entomologiques de M. J.-H. Fabre ne sont pas assurément de nature à faire revivre les hypothèses darwinistes. M. Fabre a résumé en dix volumes {Souvenirs Entomologiques), véritable monument scientifique, ces nombreuses et patientes recherches, et les conclusions qui en découlent vont toutes à l'encontre des principes exposés dans le retentissant ouvrage de Darwin sur l'origine des espèces. Bien que M. Fabre n'ait étudié qu'un coin très modeste de l'histoire naturelle, bien que ces souvenirs ne renferment point en la matière de corps de doctrines, qu'on n'y trouve que des études éparses sur lc8 mœurs d'insectes, les faits qu'il a recueillis, les expériences qu'il a notées, lui font rejeter toutes les causes que le darwinisme invoque pour expliquer la formation des espèces. "Les faits tels que je les observe, dit-il, m'éloignent des théories de Darwin." Le petit monde qu'il a pendant si longtemps et si patiemment étudié ne lui a pas apporté la moindre preuve que les conditions du climat, du milieu et du régime puissent infiuer but la formation de l'espèce. Sous ce rapport, cee influences, dont les transformistes font si grand cas, sont de nul effet. "Elles sont commodes.

dit M. Fabre, pour faire varier l'animal au gré de nos théories ; mais rien de plus vain que cette explication démentie par les faits." Que ces influences produisent des variations sur la taille, le pelage, la coloration, accessoires extérieurs de l'animal, donnant ainsi naissance à des races nouvelles, il le reconnaît volontiers, comme tous les naturalistes d'ailleurs. Ces variations ne changent point la nature des organes, soumis à des règles que rien ne fait fléchir. Jamais la charpente de la bête n'est modifiée par les conditions changeantes de la vie, qui n'atteignent tout au plus que la surface des êtres. De même si "le vertde-gris des siècles altère les médailles en les recouvrant d'une patine, il ne peut rien substituer à la légende première." Ce n'est donc pas le milieu qui fait l'animal, c'est l'animal qui est fait pour le milieu, et il le prouve par plusieurs exemples.

La théorie évolutionniste veut que V usage et le non-usage, la fonction, soit une cause de transformation de l'organe et de l'espèce. M. Fabre n'a rien vu qui puisse justifier cette assertion. Contrairement à un si grand nombre de transformistes lesquels, visant souvent un autre but que celui de la science, argumentent avant de s'assurer du fait, M. Fabre ne s'en tient qu'à la réalité des choses. "Voyez d'abord, vous argumenterez après." C'est ainsi qu'il a vu que l'organe ne dépend pas de la fonction, ni la fonction de l'organe.

Il en est de même de l'idée d'acquisitions graduelles dues au hasard. "Toutes les fois, dit-il,

que je veux appliquer la sélection à des faits observée, elle me laisse tournoyer dans le vide. C'est majestueux, mais stérile." Et les exemples sur lesquels il appuie ses conclusions sont disséminés en des pages tellement nombreuses de ses Sauve nirs que le lecteur, du moins celui qui croit que la science s'édifie par des constatations de faits bien prouvés et non par des hypothèses, reste convaincu que le darwinisme est mort, bon tout au plus pour alimenter la conversation des esprits superficiels ou peu renseignés. Les espèces ne se transforment pas les unes dans les autres. Chacune d'elles est "à l'effigie d'un prototyp)e immuable." Les modifications qui peuvent survenir sont de surface. L'animalité entière, y compris l'homme, ne provient pas d'un être unique, d'où seraient issus tous les êtres vivants dont on connaît l'exis-^ tence. "Le transformisme, dit encore M. Fabre, affirme dans le passé ; il affirme dans l'avenir, mais le moins possible il nous parle du présent. Des trois termes de la durée, un seul lui échappe, celui-là seul qui est affranchi des fantaisies de l'hypothèse.'' Ce serait par trop compromettant pour la théorie de parler du présent, d'explorer le domaine des faits actuels, de voir. '•»> '"> "><,t la nature telle qu'elle est.

La lecture attentive des dix voluuiea de Souvenirs du savant entomologiste laisse l'esprit dans la conviction que les idées transformistes ne sont que e résultat d'une théorie arbitraire, nuisible au progrès de la science.

Du reste, si M. Fabre ne croit pas à la traiisformation des espèces, il admet volontiers que cellesci ont apparu dans le temps à des époques différentes. Quant à leur origine, il faut la chercher, ajoute-t-il, dans l'Intelligence qui régit le monde. "Plus je vois, plus j'observe, et plus cette Intelligence rayonne derrière le mystère des choses."

En un mot, les résultats acquis par tous ceux qui 'ont voulu voir avant d'argumenter", c'est-à-dire les savants de bonne foi,nous prouvent que la théo- T e de l'évolution est en contradiction avec les faits les mieux constatés de l'histoire et de la paléontologie.

La vérité est donc que la nature reste immuable dans son admirable ordonnance ; que les espèces ne sont pas transmutables, c'est-à-dire qu'elles ne peuvent point passer d'un type à un autre ; que les variations n'affectent que les races ; que les différentes espèces ne s'unissent pas entre elles, que le lion reste lion, comme l'éléphant est resté et restera toujours éléphant. La vérité constante est que Moïse a dit vrai quand il a dit que Dieu créa les plantes et les animaux "selon leur espèce , et qu'il n'y a pas de désaccord entre les découvertes géologiques ou paléontologiques et la déclaration formelle de l'auteur sacré, que l'homme n'est apparu sur la terre que par voie de création, ne pouvant être l'effet d'aucune transformation.

La vérité la plus inébranlable est que "plus le champ de la science s'élargit, plus les démonstrations de l'existence éternelle d'une Intelligence

créatrice deviennent nombreuses et irrécusables. Géologues, mathématiciens, astronomes, naturalistes, tous ont apporté leur pierre à ce grand temple de la science, temple élevé à Dieu luimême." (William Herschel.)

J'aimerais à laisser le lecteur sous l'influence des belles paroles du noble et savant astronome anglais. Mais il y a un autre attribut particulier à l'homme et qui lui est exclusif : celui de la parole, attribut qu'il convient de signaler ici. De tous les êtres créés, en effet, l'homme est le seul qui parle à Dieu et qui a le pouvoir de communiquer avec ses semblables et de laisser par l'écriture ses pensées. Il me suffira de citer à ce sujet le fait suivant raconté par un chroniqueur humouristique (Fred Tomy) dans une de ses causeries. La manière plaisante dont il traite la question n'enlève rien à la valeur scientifique de sa thèse.

"J'ai connu naguère, dit-il, un vénérable naturaliste qui avait pris à la lettre les théories de Darwin. Il était allé au cœur de l'Afrique observer de près les mœurs des ancêtres de l' homme et, bien que désillusionné par son séjour, il avait ramené plusieurs couples de singes qu'il continua d'observer dans les cages du Muséum. Il notait, notait des traits d'intelligence, d'affectuosité, de malice, que sais-je? Et il épiait avec anxiété la manifestation, chez ses parents et amis, de la pensée formulée par quelque chose qui ressemblât

à la parole humaine. Un jour, exaspéré d'entendre ses pensionnaires s'obstiner à crier ou à parler singe, il se fâcha, saisit une trique et se mit à taper dans le tas . . . Ce fut un beau tapage et un joli scandale. Les cousins de Darwin, grands et petits, stupéfaits de cette fureur, se conduisirent comme de vrais poilus. Les gardiens -durent leur arracher le malheureux savant, mis «n piteux état, et la cervelle de plus en plus dérangée II traita Darwin d'imposteur, les singes de macaques et donna sa démission. Je le rencontrai deux ans après, plus rassis, mais adversaire déterminé du transformisme. Il ne cessait ■de me répéter: "Jamais, monsieur, jamais je n'ai pu leur faire dire deux mots de français ou d'anglais !" Et comme je lui faisais respectueusement observer qu'ils eussent peut-être été plus aptes à prononcer l'allemand ou le hongrois, il me traita d'orang-outang. Je n'insistai pas." J'imiterai sa sage réserve. Tout commentaire serait superflu, et je ne saurais mieux terminer ce grave et sérieux chapitre de Transformisme.

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