CHAPITRE IV De l'homme. — Son origine ; son antiquité
SON ÉTAT primitif. — L'hUMANITÉ EST SPIRITUALISTE
L'œuvre du sixième jour comprend deux opérations distinctes : la création des animaux terrestres et de l'homme.
Origine de l'homme. — L'homme est l'objet d'une création spéciale, ne procédant pas par voie de transformations d'aucune espèce antérieure, celle d'un singe par exemple, comme quelques-uns se plaisaient à le répéter aux jours où la nouvelle théorie se donnait des airs de triomphe.
D'abord, il répugne à la raison de penser que l'homme ait pu être formé du corps d'un animal, et les découvertes géologiques et paléontologiques n'autorisent pas, non plus, une telle supposition. Sans doute, il était aussi facile à Dieu de tirer du singe ou d'un collatéral, au moyen du transformisme, les éléments du corps de l'homme que de le créer de toute pièce, le singe provenant toujours, comme première origine, du limon de la terre. Mais il parait, d'après la raison, l'antique récit et les découvertes scientifiques, qu'il n'en fut pas ainsi : que Dieu forma l'homme d'un peu de matière à laquelle il insuffla une Ame créée à son
image. L'âme, en effet, souffle de Dieu, souffle d'intelligence, est bien la partie de l'homme qui est créée à l'image de Dieu et qui fait qu'il existe entre l'homme et l'animal une différence non de degré, mais de nature. C'est par l'âme, substance spiritueUe et immortelle, qui a, comme Dieu, la pouvoir et la faculté de connaître librement, d'aimer et de se déterminer que l'homme est homme et non une bête, comme toutes les autres. S'il ne s'agissait ici que d'une vie animale, l'honmie ne pourrait être déclaré image de Dieu, c'est-à-dire intelligence, volonté, liberté, attributs essentiels à Dieu, et dont l'essence spirituelle seule est capable. Cette substance spirituelle, l'âme, a été créée de rien par Dieu, comme tous les autres êtres. Son union avec le corps forme la personne humaine.
L'homme diffère encore du singe plus par sa psychologie que par sa physiologie. Celui-ci a bien de commun avec l'homme les facultés sensibles; comme lui, il connaît et poursuit les choses sensibles, mais il est incapable de percevoir les phénomènes intellectuels, de saisir les objets immatériels et abstraits, comme le vrai, le beau, l'infini, le fini, etc. Cet acte intellectuel révèle un principe en soi étranger à la matière, qui s'exerce indépendamment des organes du corps. Concevoir l'immatériel . . . cela seul établit un abîme infranchissable entre la connaissance par les sens et l'intelligence, la séparation radicale entre l'homme et tout le reste du règne animal. Cet abîme, seule
la souveraine puissance de Dieu était capaV>le de le combler.
Aussi, le célèbre politicien américain, M. Bryan, protestait-il avec énergie, il y a quelques années, en une circonstance particulière, contre la doctrine de l'origine simienne de l'homme :
"Je ne m'étonne pas, disait-il, que d'autres entretiennent la théorie de l'évolution, et si quelqu'un trouve du plaisir ou de l'orgueil à remonter au singe, je ne veux pas lui enlever cette satisfaction. Tout ce que je désire, c'est qu'il ne me fasse pas entrer dans sa famille. Qu'importe que l'homme ait quelques traits de ressemblance avec les animaux ! Il ne possède pas seulement un corps ; il a un esprit et une âme plus grande que son corps. Je ne veux pas que l'on base ma généalogie sur le tiers seulement de mes attributs." Il aurait pu ajouter que tant que "les orangs n'auront pas composé leur Illiade, écrit leur Discours sur la méthode et fondé des écoles Normales dans leurs forêts", il lui sera toujours permis de les répudier pour ses ancêtres, et de ne pas faire partie de leur ménagerie.
En effet, l'homme possède d'autres traits caractéristiques et supérieurs à ceux qui composent l'ensemble des facultés spéciales des animaux. C'est ce que fait ressortir le texte même du livre sacré lorsque, parlant de la revue passée par Adam des principaux animaux, il ne s'en rencontra pas un qui lui ressemblât.
"Adam, dit la Genèse, appela donc touM le» animaux d'un nom qui leur était propre, tant les
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oiseaux du ciel que les bêtes de la terre. Mais il ne se trouvait point d'aide pour Adam, qui lui fût semblable" . Le singe, cependant, existait alors, et il a dû figurer dans cette mémorable revue ; Adam, néanmoins, constate que parmi les êtres créés, il ne s'en trouve aucun qui lui ressemble.
"L'expérience a surabondamment prouvé que le sauvage est un homme, et, si abruti soit-il, un être susceptible de progrès, de civilisation ; qu'il n'est pas de domaine accessible à l'homme dans lequel, les circonstances aidant, il ne puisse être introduit et ne soit capable de se développer. En peut-on dire autant du singe ? Jusqu'à ce qu'on le puisse, l'hiatus qui sépare l'homme du singe demeure infranchissable, prit-on pour terme de comparaison le type le plus parfait du singe, rapproché du type humain le plus dégradé ^"
La théorie transformiste ne prétend pas, nous le savons déjà, que l'homme serait provenu du singe d'une manière instantanée, qu'un chimpanzé se soit, par exemple, endormi singe pour se réveiller homme ; mais que le passage a eu lieu par une suite longue et ininterrompue de perfectionnements successifs, ou plutôt que tous deux descendent d'un ancêtre commun, que l'on n'a pas encore retrouvé, il est vrai, mais qu'on pourra peut-être découvrir un jour. Ce n'est pas faute de n'avoir pas cherché cependant. Partout l'on trouve les restes d'êtres bien connus, entre autres des fossi-