‹ La lumière visibleChapitre 34 sur 89 · L'Œuvre des Six Jours · texte numérisé non relu

L'Œuvre des Six Jours

l'exactitude des chiffres transmis par les chronographes, et surtout où l'on connaît la mesure du temps employée par le peuple dont il s'agit de reconstituer les annales.

M. Ed. Lartet, éminent paléontologiste, disait avec raison, au sujet de toutes ces supputations différentes sur les origines de l'humanité : "On ne trouve dans la Genèse aucune date limitative du temps où a pu commencer l'humanité primitive : ce sont les chronologistes qui, depuis quinze siècles, s'efforcent de faire rentrer les faits bibliques dans la coordination de leurs systèmes. Aussi, voyons-nous qu'il s'est produit plus de cent quarante opinions sur la seule date de la création, et qu'entre les variations extrêmes, il y a désaccord de 3194 ans seulement pour la période entre le commencement du monde et la naissance de Jéeus-Christ . Cette différence porte principalement sur la partie de l'intervalle la plus proche de la création. Du moment donc qu'il est reconnu que la question des origines humaines se dégage de toute subordination au dogme, elle restera ce qu'elle doit être, une thèse scientifique accessible à ♦ ' ' - discussions, et, à tous les points de vue,

8u> . 1 de recevoir la solution la plus conforme aux faits et aux démonstrations expérimentales ^."

Enfin, ne cherchons point dans les Livres saints ee qui n'y est pas, ce qui ne saurait y être, une L\ •

I. Nouvfilt» recberehfw «ur Is cwiinfenr* de l'homme et de» grands manunifères foMil««, et'- »Ar<rmlo«i de* •cinnre* nsturallM, 2* «érie t. XV. p. 260.

chronologie fixe et certaine, répétait encore M. François Lenormant, célèbre orientaliste et catholique convaincu ; les dates que les commentateurs ont prétendu en tirer sont purement arbitraires et n'ont aucune autorité dogmatique. Elles rentrent dans le domaine de l'hypothèse historique.

Il est vrai qu'en présence des découvertes archéologiques faites en Egypte et en Asie, en Chaldée en particulier, depuis un demi-siècle, et de l'histoire telle que donnée par les écritures hiéroglyphiques et cunéiformes, que l'on a fini par interpréter, il a fallu reculer de plusieurs siècles la date communément convenue de la création. Mais de là à accepter des temps aussi incertains, aussi prématurés, que ceux qu'énoncent certains géologues contemporains comme un fait acquis indiscutable, il y a loin.

Au dire de quelques-uns de ces messieurs, les origines de l'humanité ne remonteraient pas à moins de cinquante, cent et même deux cent mille ans. Tout au plus peut-on dire que l'homme est d'une ancienneté relative ; voilà ce que nous apprennent les découvertes sérieusement contrôlées et la tradition. L'homme eût-il vécu cent, deux cent mille ans, on trouverait d'autres choses de lui que les maigres indices que nous livre la surface de la terre. Il n'aurait pas vécu cet espace de temps sans laisser des traces indéniables de son existence.

On trouve, dit-on, des silex, des ossements humains mêlés à ceux des mammouths, des mastodontes, des aurochs et d'une foule d'autres ani-

maux qui ont disparu. Or, que de siècles n'ont pas été nécessaires pour la destruction de ces espèces ? La disparition d'une espèce animale ou végétale dépend plutôt des circonstances, changement de climat, etc., que de la durée du temps. Plus de 40 espèces d'animaux, d'oiseaux, se sont éteintes depuis les temps historiques. Si les circonstances fussent demeurées les mêmes, ces espèces existeraient encore. On cite des espèces qui ont disparu depuis le commencement du siècle dernier. Les buflBes, qui parcouraient en troupeaux innombrables nos plaines de l'Ouest, ont été exterminés dans l'espace d'une cinquantaine d'années. Leurs ossements blanchissent aujourd'hui la prairie. On estimait en 1869 que, depuis 25 ans, pas moins d'un milhon de bisons avaient été tués annuellement. Si on entassait, non pas tous les ossements, mais les crânes seulement qui jonchent les prairies, je suis convaincu, dit un voyageur, qu'on en ferait une montagne plus haute que le Cap Tourmente. Comme on le voit, la disparition d'une espèce dépend plutôt des circonstances que de la durée des Siècles. Je ne dirai rien ici des causes du massacre des buffles, dont l'espèce serait aujourd'hui probablement éteinte si on n'avait pas rassemblé les derniers individus qui restaient dans ces provinces, et que l'on garde avec soin dans des parcs particuliers.

On insiste cependant : "Ces débris humains, ces silex, mêlés aux restes des plus anciens mammi-

fères, où les trouve-t-on ? Sous des couches de terrain qui se sont déposées lentement, pendant des milliers de siècles. Et dès lors, qui peut calculer la haute antiquité de l'homme ?

"Mais, d'abord, pour que ce raisonnement eût quelque valeur, il faudrait constater trois choses : lo l'objet trouvé est-il réellement un produit de l'industrie humaine ? 2o la couche où il gisait était-elle intacte, tant de la part des hommes que de la part des éléments ? 3o quel est l'âge de la couche en question ?"

Les deux premières de ces choses ont donné lieu à trop de discussions et d'inductions hâtives, d'assertions démenties par des découvertes subséquentes pour être acceptées comme une preuve irrécusable de la durée du temps.

"Ce raisonnement, ainsi que celui qu'on tire du soulèvement de certains rivages, de l'élévation des dunes, de la formation des tourbières, a une base défectueuse. Oui, aujourd'hui, il faudrait peut-être des milliers de siècles pour obtenir ces couches superposées de terrains ; et encore l'élévation et l'affaissement du sol n'ont nulle part un mode uniforme de se produire. Mais alors, dans ces temps anciens, qui peut dire ce qui s'est passé ? Quelles élévations subites ? Quels affaissements inattendus ? Quels refroidissements instantanés ? Quelles catastrophes de tout genre ? Est-il possible de conclure de ce qui est à ce qui a été ^ ? "

1. Ea 1838, toute la côte de Potuiolee, près Naples, a'éiera, de 20 pieds dans une seule nuit.

"Telle couche, épaisse de quatre pieds, dit le géologue Wagner, peut avoir été formée en autant de minutes que M. Morlot, professeur à l'Académie de Lausanne, demande de siècles \"

Relativement aux calculs chronométriques fondés sur les formes des deltas ou des alluvions locales, M. J. Fergusson, résidant aux Indes, a écrit ce qui suit :

"Voici, dit-il, ce que j'ai constaté moi-même : les briques qui formaient les fondements d'une maison que j'ai construite furent emportées par l'eau d'un fleuve et déposées dans son lit, à une profondeur de trente à quarante pieds ; depuis lors, le fleuve s'est retiré, et, à l'endroit où était ma maisonnette, mais à quarante pieds au-dessus de ses ruines, on trouve actuellement un nouveau village. En y faisant des fouilles, on y trouverait mes briques, et on pourrait calculer, d'après la profondeur où elles gisent, combien il y a de milliers d'années que je vivais ^"

En résumé, la formation des tourbières, le soulèvement des rivages, le creusement des vallées, les changements dans la configuration physique du globe, la superposition des végétations forestières, ne nous offrent pas d'éléments assez précis pour y établir l'antiquité de l'homme. Les calculs que l'on fait touchant la durée de ces phénomènes manquent de base, faute de connaître d'une ma-

Page 1