‹ La lumière visibleChapitre 42 sur 89 · I. Guthlin. U* Doctrine* potitwitUê «» Fmmm, eh. XI · texte numérisé non relu

I. Guthlin. U* Doctrine* potitwitUê «» Fmmm, eh. XI

delà du trépas, ce n'est pas assurément l'humanité qui peut la satisfaire ; elle est elle-même sujette à la mort et de plus à une foule de misères. Ce désir me vient non d'une fatalité qui se jouerait odieusement de moi, mais de Dieu qui ne veut ni ne peut me tromper. Tout être intelligent n'agissant qu'en vue d'une fin, il est manifeste que Dieu m'a créé pour être heureux, heureux d'un bonheur qui réponde aux aspirations de mon âme. Voilà ce que ma raison me découvre pour peu que je veuille réfléchir. Aussi cette faim et cette soif que Dieu a allumées dans le cœur de ses enfants ne peuvent trouver qu'en lui leur rassasiement "Lorsque toutes les coupes sont vides et que l'âme toujours altérée, élève la voix pour dire : Donne-moi encore du bonheur, le sage se trouve enfin en face de Dieu, la bonté et la beauté essentielles ; et il comprend cette parole de saint Augustin : "Vous nous avez faits pour vous, ô mon Dieu et notre âme est en mouvement jusqu'à ce qu'elle se repose en vous" La vie animale et la vie raisonnable ne sont donc pas le tout de mon être et je constate qu'il y a en moi une vie supérieure, une vie surnaturelle, que Dieu enfin est pour ma raison et mon cœur l'être nécessaire. La science qui voudrait s'inscrire en faux contre ce sentiment aura toujours l'humanité contre elle. Elle serait en opposition radicale avec la dignité, avec la raison, avec le cœur, avec la moralité de l'homme.

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D'autre part, ii est évident que j'ai été créé libre. Tous les hommes le sont. Dieu ne peut violenter la liberté humaine, ayant fait l'homme à son image c'est-à-dire libre. Je puis donc, à mon choix, faire le bien ou le mal. Le sentiment que j'ai de ma liberté fait que je suis responsable de mes act«s devant Dieu. Je n'ai pas le droit de me reconnaître indépendant de mon créateur, de lui refuser mon obéissance, de ne pas l'adorer et le prier de la manière dont il veut être adoré et prié; mais je puis suivre mes penchants, ma volonté, sans m'inquiéter de ce que Dieu veut de moi, et de ne pas lui rendre mes devoirs, en un mot je puis me perdre ou me sauver, me rendre heureux ou malheureux ; à moi de choisir ce qui me plaira; je dispose absolument de mon sort. Aussi, l'Eîsprit-Saint, dans l'Ecclésiastique (chap. XXXI) déclare-t-il "Heureux Vhomme qui a pu violer le commandement de Dieu, et qui ne l'a pas violé ; qui a pu faire le mal et qui ne l'a pas fait." En attendant, je constate que je jouis même ici-bas, d'un bonheur d'autant plus sensible et profond que j'apporte de fidélité à observer la loi qu'il m'a donnée, et de l'empressement que je mets à lui témoigner mon dévouement. Ce bonheur n'est et ne peut être autre chose que la conséquence du devoir accompli et de la vertu pratiquée, de l'effort généreux.

Mais je sais également que, pour jouir de ce bonheur, il me faut le mériter ; qu'il y a en moi des désirs, des forces contraires qu'il me faut gouverner, mattriser ; que, par suite de la chute

originelle, je suis incliné au mal plutôt qu'au bien, que "le bien même ne sort de mon âme que par un enfantement douloureux, et que ne je l'opère souvent qu'en remontant à force de rames le torrent qui entraîne aux abîmes " ; que si, enfin, je cède à ces penchants de ma nature qui m 'éloignent de la voie que Dieu veut que je suive, au lieu de la paix, je tombe en proie au trouble, aux remords, à la honte, au mépris de moi-même, et, finalement, à une mort sans espérance, ou plutôt dans une angoisse qui commence le châtiment qui m'attend. Cette voix, que mes organes ne peuvent me donner ni m'ôter, qui récompense ou qui châtie après chacune de mes libres déterminations, se faisant douce et encourageante, si je fais le bien, menaçante et vengeresse, si je commets le mal, est la voix de ma conscience, laquelle ne peut venir aussi que de Dieu qui, seul, peut se faire entendre avec autorité au fond d'une âme humaine. Si cette voix m'appartenait, je la ferais parler à mon gré ; mais je sais trop bien que je ne puis lui imposer silence, ni lui faire dire que ce qu'il me conviendrait. Si tout en moi devait périr un jour, sans être tenu de n'avoir jamais à rendre compte de mes actes à un juge suprême, le remords ne me tourmenterait pas. Le remords, qui est un de mes attributs, proclame mon immortalité.

Que si je suis de ces âmes faibles, pour qui le tempérament, le caractère, les circonstances sont regardés comme des nécessités insurmontables,

et qui se laissent aller en disant : "C'est ma nature, je n'y puis rien," je ne fais que m'en tenir aux privilèges de l'animal ; j'abdique ma dignité d'homme libre ; je renonce aux nobles luttes du devoir, et je me résigne à être l'esclave des plus vils tyrans. Je reconnais, toutefois, que je ne puis pratiquer les vertus surnaturelles sans le secours de la grâce de Dieu. Réduit à mes propres forces, je pourrai peut^tre me montrer loyal et tempérant ; mais j'aurai toujours besoin d'une force surhumaine pour être humble, pur et charitable, résigné dans les épreuves, comme Dieu le veut. La grâce ne détruit pas ma liberté, mais elle l'aide. Elle éclaire l'intelligence d'une lumière plus vive ; elle complète et fortifie singulièrement la volonté ; elle rend les sacrifices moins durs. Cette grâce est toujours à ma disposition ; je n'ai qu'à la désirer et à la demander : elle répond toujours aux appels de la prière.

Ces vérités sont encore des vérités d'expérience, de bon sens et accessibles à tous. Elles sont en nous. Le sentiment instinctif ne trompe jamais. Si la nature humaine, qui constate ces vérités, n'était pas vraie, rien ne serait vrai.

" Nous avons en nous "la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde" (Joan., 1, 9.) Ces prétendus savants (car dans aucun ordre de science, ce sont des hommes vraiment éminents) n'en savent pas plus que nous ; ou plutôt ils en savent moins ; car l'homme qui a aiguisé son esprit, mais en le faussant, en sait moins que

l'homme qui l'a conservé dans sa simplicité, mais dans sa rectitude première. Leurs livres, leurs cornues, leurs alambics, leurs scalpels ne font rien à l'affaire. Quand j'éprouve dans mon cœur le besoin de prier Dieu, que m'importe qu'au nom de l'angle facial du singe ou d'un tibia fossile trouvé dans un terrain tertiaire, on me défende de prier ^"

Ma raison me démontre encore que Dieu étant le principe et la fin de ma vie, il est indéniable que je lui dois la soumission, et, bien que libre, le culte qu'il réclame ; que je n'ai pas le droit de le servir suivant mes caprices, de me choisir une religion ; que je ne puis manquer à mes devoirs de piété sans me déclarer ouvertement contre toutes les lumières de mon esprit, contre tous les mouvements de mon cœur, contre tous les sentiments les plus intimes de mon âme et contre les témoignages de ma conscience. "Cette tendance de quelques esprits à réduire tout l'homme à son être corporel, toutes ses idées aux idées qu'il se fait des corps, sa conception du monde à la con-

1. Savantu de nêRation auxquels l'auteur (lo Comte de Cliampagiiy) fait allusion et dont il est question dans les pa^es de son livre (Le Chemin de la Vérifâ) qui précèdent la citation ci-dessus, lesquels, dit-il, s'évertuent à prouver au monde qu'il s'esi fait tout seul, à 1 hcmme qu'il est tout puissant, à l'âme qu'elle n'existe pas, à l'intelligence qu'elle est matérielle, accommodant cette conclusion nécessaire et désirée avec des faits scientifiques pltis ou moins liés avec elle, avec im style plus lourd ou plus léiter, mais toujours a\ ec ces quelques mots inévitables et décisifs, si propre à cacher le vide de la pensée, et à amener une conclusion que l'on serait embarras&é d'amener autrement : le proKrè.'^, la raison humaine, la société moderne, l'avenir.

ception absurde de l'intelligence produite par la matière, ce système qui consiste à couper l'une après l'autre, autour de nous, toutes les racines et tous les rameaux de notre vie, la pensée de Dieu, le sens de l'idéal, la croyance à une loi morale, les affections du cœur, afin qu'il ne reste plus qu'un tronc grossier, sec et dépouillé : tout cela sera en lutte éternelle avec la nature humaine. Quoi que puissent faire la presse, la pédagogie et la politique, l'âme humaine, niée, étouffée, anéantie, se remuera encore sous le pied de son tyran, et ses mouvements comme ses plaintes attesteront son existence et ses besoins '."

De son côté. Dieu est tenu, puisqu'il m'a donné l'être, de me fournir toutes les lumières nécessaires pour parvenir à ma fin, une règle de vie, et, au besoin, de me servir d'appui, ce qui faisait dire au Psalmiste : "Enseignez-moi, Seigneur, à faire votre volonté, parce que vous êtes mon Dieu." Cette règle de vie doit correspondre aux aspirations de mon intelligence et de mon cœur. Elle doit s'appliquer à ma vie intérieure, à ma conduite extérieure. Je dois la professer publiquement et elle doit être l'objet d'une pratique commune, devant régir la société tout entière. Elle doit régler, inspirer tous les éléments de mon être, leur donner un emploi et un but. Mon intelligence, ma volonté, mon cœur, mes sens, l'âme enfin et toutes mes facultés trouvent dans cette religion la

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